Le ministre John Banza Lunda poursuit inlassablement la vaste réforme d’automatisation des péages engagée dans le cadre de la modernisation du secteur routier et de la sécurisation des recettes destinées à l’entretien, à la réhabilitation et au développement des infrastructures nationales. Cette réforme vise à renforcer la traçabilité des paiements, lutter contre la fraude, améliorer la gouvernance des recettes routières et mobiliser davantage de ressources pour accompagner la vision du Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, en matière de développement des infrastructures.
Depuis quelques semaines, cependant, une campagne d’attaques médiatiques et numériques visant le ministre John Banza Lunda s’est intensifiée autour de la question des routes de contournement du Haut-Katanga et de la gestion des recettes de péage qui y sont générées.
Derrière cette agitation se cache une réalité souvent passée sous silence : le ministre est aujourd’hui pris pour cible non pas pour avoir créé une nouvelle classification routière, mais pour avoir entrepris l’application et la mise en œuvre d’un arrêté signé par son prédécesseur à la tête des ITP, Alexis Gisaro.
En effet, l’Arrêté ministériel n° CAB/MIN-ETAT/ITP/AGM/056/2025 du 05 août 2025 portant révision de la classification routière en République démocratique du Congo, signé par Alexis Gisaro Muvunyi, classe les routes de contournement dans la catégorie des Routes Nationales de Contournement (RNC). Cette disposition constitue aujourd’hui le cœur de la controverse.
En sa qualité d’autorité de régulation des infrastructures routières de la République, John Banza Lunda ne fait que mettre en œuvre les dispositions de cet arrêté et veiller à leur application sur l’ensemble du territoire national, et pas seulement dans le grand Katanga.
Il s’emploie ainsi à remettre de l’ordre dans tout ce qui a pu être entrepris en contradiction avec la législation nationale en matière routière.
Une réforme qui touche des intérêts sensibles
La mise en œuvre de cette classification entraîne mécaniquement l’intégration des routes de contournement dans un dispositif national de gestion, de contrôle et de sécurisation des recettes de péage. Or, c’est précisément sur ce terrain que la réforme semble heurter certains intérêts établis.
L’automatisation des péages, la traçabilité des paiements, la remontée en temps réel des données et la sécurisation des recettes réduisent progressivement les zones d’ombre qui entouraient traditionnellement la perception de certains revenus routiers. Là où les recettes pouvaient difficilement être suivies de manière rigoureuse, le nouveau système impose désormais des mécanismes de contrôle, de transparence et de reddition des comptes.
Pour les bénéficiaires de l’ancien système, une telle évolution ne peut être anodine. Elle remet en cause des habitudes de gestion qui prospéraient dans un environnement où la traçabilité des recettes demeurait imparfaite.
C’est donc dans ce contexte qu’il convient d’analyser les attaques dirigées contre John Banza Lunda.
La bataille juridique derrière la bataille politique
La question fondamentale demeure celle de la nature juridique des routes de contournement. L’arrêté signé le 05 août 2025 par Alexis Gisaro les classe clairement parmi les Routes Nationales de Contournement (RNC). Dès lors, la logique administrative défendue par le ministère des ITP est simple : ces infrastructures doivent intégrer un mécanisme national de gestion permettant la comptabilisation, la sécurisation et le réinvestissement des recettes générées dans l’entretien et l’amélioration du patrimoine routier national.
Le débat dépasse donc largement la question des compétences respectives entre le pouvoir central et la province. La véritable interrogation concerne le contrôle des péages et des recettes qu’ils génèrent Cmcar, en matière d’infrastructures, celui qui contrôle la route contrôle également le péage, et celui qui contrôle le péage dispose d’une influence considérable sur les ressources qui en découlent.
L’ombre des anciens réseaux de gestion
Selon plusieurs observateurs et des sources proches du dossier, les résistances enregistrées aujourd’hui ne relèveraient pas exclusivement d’un débat juridique ou administratif. Elles traduiraient également l’inquiétude de certains réseaux issus d’anciennes administrations provinciales qui ont longtemps exercé une influence sur la gestion des infrastructures concernées et sur les mécanismes de perception des recettes qui les accompagnent.
Plusieurs acteurs politiques locaux considèrent que le retour des routes de contournement sous une gestion exclusivement provinciale permettrait à certains groupes de retrouver des marges d’influence importantes sur des ressources financières stratégiques. D’anciens responsables provinciaux et certains membres de leurs anciennes équipes gouvernementales sont ainsi régulièrement cités dans les débats publics comme faisant partie des milieux hostiles à la réforme actuellement conduite par le ministère des ITP.
Si ces affirmations relèvent pour l’heure du débat politique, elles contribuent néanmoins à éclairer le contexte dans lequel se développe la contestation actuelle.
La « main noire » de Kazembe
C’est dans ce climat que certaines sources proches du dossier évoquent l’existence de relais politiques et médiatiques agissant dans l’ombre pour alimenter les attaques visant le ministre. De manière persistante, plusieurs observateurs y voient la manifestation de ce qu’ils qualifient de « main noire » gravitant autour d’intérêts politiques provinciaux opposés à la réforme engagée par le ministère des ITP.
Le nom du gouverneur Martin Kazembe revient régulièrement dans ces commentaires politiques, même si, à ce stade, des éléments factuels au-delà des coïncidences politiques et des attitudes observées ne permettent pas d’établir formellement une implication quelconque du gouverneur dans les campagnes médiatiques dirigées contre le ministre.
Il n’en demeure pas moins que la convergence apparente entre les intérêts de certains opposants à la réforme et les discours développés dans plusieurs plateformes numériques continue d’alimenter les interrogations au sein de l’opinion. Le dénominateur commun est que les faisceaux de la fronde convergent vers une plateforme de manipulation identifié au Gouverneur, celui-ci se livrant lui-même à du trafic d’influence avec le nom du Président de la République.
John Banza Lunda, victime de l’application d’un arrêté qu’il n’a pas signé ?
Qu’à cela ne tienne, le paradoxe demeure frappant. Le ministre John Banza Lunda se retrouve aujourd’hui au centre d’une controverse dont l’origine juridique remonte à un arrêté signé par son prédécesseur Alexis Gisaro Livunyi.
La contestation actuelle ne vise donc pas seulement une réforme technologique ou administrative. Elle porte également sur les conséquences concrètes de l’application d’une classification routière désormais en vigueur et sur le nouveau modèle de contrôle des recettes qu’elle implique.
En poursuivant l’automatisation des péages, la sécurisation des recettes et l’application stricte de la classification des Routes Nationales de Contournement, John Banza Lunda s’attaque à des mécanismes qui, selon les défenseurs de la réforme, ont longtemps favorisé l’opacité au détriment des intérêts de l’État. Au Ministère des Infrastructures et Travaux Publics on se garde de tout commentaire, mais la question demeure simple : les recettes issues des infrastructures routières doivent-elles continuer à échapper à un contrôle rigoureux ou doivent-elles être mobilisées au profit du développement national ?
En français facile elle serait : à qui profiterait le régime de prédation que d’aucuns s’efforcent à vouloir maintenir dans le giron de la province ?La réponse ne souffre d’aucune ambiguïté.
Les réformes engagées visent à garantir que les ressources générées par les péages servent effectivement à construire, réhabiliter et entretenir les routes au bénéfice de tous les Congolais. Et comme le répète régulièrement le ministre John Banza Lunda : « Fatshi bâtit, et il bâtit réellement. »
Cette ambition exige une mobilisation accrue des moyens légaux, une gouvernance rigoureuse des ressources publiques et une sécurisation durable des recettes destinées aux infrastructures. C’est à ce prix que la République démocratique du Congo pourra se doter d’infrastructures à la hauteur de sa dimension géographique, de ses ambitions économiques et des aspirations de son peuple.
JDW

