ZLECAf : l’Afrique centrale mise sur les femmes et les jeunes pour accélérer l’intégration économique

Réunis à Brazzaville du 21 au 23 octobre, les ministres du Commerce et chefs de délégation d’Afrique centrale ont adopté une déclaration en 16 points pour renforcer la participation des femmes et des jeunes au commerce intra-africain. Financement, formalisation du commerce transfrontalier, transformation locale et compétences numériques figurent parmi les priorités de l’initiative « SaZLECAf », destinée à concrétiser le protocole continental adopté en février 2024.

L’ambition est affichée : faire de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) un instrument d’autonomisation économique, plutôt qu’un marché dont les opportunités resteraient difficiles d’accès pour une grande partie des entrepreneurs. À l’issue de trois jours de travaux dans la capitale congolaise, les représentants des États d’Afrique centrale ont pris 16 engagements visant à lever les obstacles qui freinent encore l’insertion des femmes et des jeunes dans les échanges régionaux.

La déclaration reconnaît plusieurs difficultés persistantes : accès limité au financement et à l’information commerciale, insuffisance des infrastructures, difficultés d’accès aux marchés et aux outils numériques. Ces contraintes pèsent particulièrement sur les petites entreprises et les commerçants transfrontaliers, pourtant essentiels à la vitalité des économies locales.

Faciliter le commerce et ouvrir l’accès au financement

Parmi les priorités retenues figure la mise en œuvre effective du Régime commercial simplifié (RECOS) aux frontières des pays de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC). Ce dispositif doit faciliter les échanges des petits commerçants, notamment des femmes et des jeunes, et favoriser leur intégration progressive dans le secteur formel.

Les ministres se sont également engagés à accélérer la ratification et l’application nationale et régionale du protocole de la ZLECAf sur les femmes et les jeunes dans le commerce, adopté le 18 février 2024. Ils entendent poursuivre la mise en œuvre des concessions tarifaires afin de faciliter les échanges entre pays africains.

L’accès au financement constitue un autre chantier majeur. La déclaration appelle au renforcement des mécanismes de financement du commerce et de l’investissement, à l’élargissement des garanties et des dispositifs de partage des risques, ainsi qu’à un meilleur accompagnement des projets susceptibles d’obtenir des financements bancaires.

En parallèle, les États soutiennent la création rapide du Réseau SaZLECAf Afrique centrale. Celui-ci doit servir de plateforme de mise en relation, de mentorat, de partage d’expériences et de dialogue entre les pouvoirs publics et le secteur privé, avec une représentation effective des femmes et des jeunes dans sa gouvernance.

Production locale, numérique et corridors commerciaux

Au-delà de la facilitation des échanges, les signataires veulent renforcer la capacité des entreprises à produire et à exporter. Ils préconisent le développement de la transformation locale, l’amélioration des infrastructures de qualité, la normalisation et la certification des produits, ainsi que la protection des marques.

Le développement des corridors socio-économiques figure également parmi les engagements. L’objectif est de mieux relier les zones de production aux marchés frontaliers et aux plateformes logistiques, tout en tenant compte des besoins des petites et moyennes entreprises et industries dirigées par des femmes et des jeunes.

La déclaration prévoit par ailleurs une cartographie régionale régulièrement actualisée des femmes exportatrices, des commerçantes transfrontalières, des entreprises dirigées par des femmes et des chaînes de valeur à fort potentiel. Ventilée par pays, filière et corridor, cette cartographie doit aider à mieux orienter les politiques publiques et les financements, tout en tenant compte des risques spécifiques auxquels certaines entrepreneures sont exposées, notamment les violences basées sur le genre.

Le commerce numérique fait aussi partie des leviers identifiés : les États entendent accompagner les femmes et les jeunes dans l’acquisition de compétences permettant d’améliorer la visibilité de leurs produits, de développer leurs ventes en ligne et d’accéder à des solutions de paiement adaptées et sécurisées.

Un engagement annuel pour mesurer les progrès

Pour éviter que les engagements ne restent déclaratifs, les ministres ont adopté la feuille de route régionale SaZLECAf comme cadre de mise en œuvre, de suivi et d’évaluation. Ils prévoient de tenir les assises régionales chaque année, selon un principe de rotation entre les États membres, afin d’évaluer les progrès et de maintenir la pression sur les engagements pris.

La déclaration appelle les États de la CEEAC, les organisations régionales et internationales, les partenaires techniques et financiers, le secteur privé et la société civile à conjuguer leurs efforts pour traduire les décisions en actions concrètes. Elle souligne également que la conformité doit constituer un préalable à l’inclusion commerciale des femmes.

Derrière cette feuille de route, l’enjeu dépasse la seule participation des femmes et des jeunes aux échanges. Il s’agit de leur permettre de tirer effectivement profit de l’intégration continentale, en passant du petit commerce souvent informel à des entreprises capables de produire, de transformer et d’accéder durablement aux marchés africains.

La portée de l’initiative SaZLECAf dépendra désormais des moyens mobilisés, de l’application des mesures aux frontières et de la capacité des États à rendre compte des résultats. C’est à cette épreuve de la mise en œuvre que se mesurera l’ambition affichée à Brazzaville.

JEK

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