Donner une existence légale aux entreprises de jeunes ne suffit plus. Le Gouvernement congolais veut désormais transformer cette formalisation en véritable tremplin vers le financement, les marchés et la création d’emplois. C’est le sens des orientations données dimanche par le Président Félix-Antoine Tshisekedi à l’issue de la cérémonie de remise des documents officiels à des jeunes entrepreneurs, organisée à Kinshasa par le Fonds spécial pour la promotion, l’entrepreneuriat et l’emploi des jeunes (FSPEEJ).
Présente à cette cérémonie tenue au Centre culturel et artistique pour les pays d’Afrique centrale, la Première Ministre Judith Suminwa s’est retrouvée au cœur d’une initiative qui traduit concrètement l’un des axes de la politique gouvernementale en faveur de l’emploi.
Près de 1.127 entreprises de jeunes, réparties dans quatre provinces, ont déjà été accompagnées dans leur processus de formalisation.
L’opération prend de l’ampleur. Après une première cohorte concentrée à Kinshasa et dans le Kongo Central, la deuxième phase concerne 780 entreprises : 537 à Kinshasa, 129 dans le Haut-Katanga et 114 au Kasaï-Oriental.
Pour ces jeunes entrepreneurs, l’enjeu dépasse largement l’obtention d’un paquet de documents administratifs. Il s’agit d’accéder enfin à l’économie formelle et, potentiellement, aux dispositifs de financement et aux marchés auxquels l’informalité ferme souvent l’accès.
Une identité juridique avant le financement
Registre de commerce, identification nationale, certifications de l’ONEM et de l’INPP, affiliation à la CNSS, numéro d’impôt ou encore démarches liées à l’environnement : la formalisation constitue le socle administratif sur lequel ces entreprises peuvent désormais construire leur développement.
Pour les bénéficiaires, cette étape vient surtout lever un obstacle ancien. « Recevoir les documents officiels de son entreprise, ce n’est pas recevoir de simples papiers, c’est recevoir une identité juridique, une reconnaissance et surtout une porte ouverte vers de nouvelles opportunités », a souligné Jeef Makobi Kwete, représentant des jeunes entrepreneurs.
Le Gouvernement entend précisément éviter que cette porte ne reste symbolique. Car l’objectif de « Debout Jeunes Congolais », programme inscrit dans la vision présidentielle, est de faire de la jeunesse non seulement une relève, mais une force productive capable de contribuer dès aujourd’hui à la transformation de l’économie congolaise.
Tshisekedi veut aller au-delà de la formalisation
C’est sur ce point que le Président de la République a voulu déplacer le curseur. Pour Félix-Antoine Tshisekedi, la formalisation doit être le début du parcours entrepreneurial, et non son aboutissement.
Il a ainsi demandé à Judith Suminwa de renforcer substantiellement le FSPEEJ et d’adapter ses instruments aux différentes phases de développement d’une entreprise. Le Chef de l’État souhaite également que les jeunes bénéficient d’un accompagnement après leur formalisation et que leurs entreprises puissent établir des passerelles avec les marchés publics, le secteur privé, les dispositifs de formation, les chaînes de souveraineté ainsi que les opportunités du commerce régional.
Cette approche traduit une préoccupation centrale : transformer la légalisation des activités économiques en capacité réelle de produire, d’investir et d’embaucher.
« L’État ne peut à lui seul absorber toute la demande d’emploi, mais il ne peut pas davantage abandonner la jeunesse à elle-même », a rappelé le Président, pour qui la puissance publique doit créer les conditions permettant à chaque jeune de valoriser ses compétences et de construire son avenir.
Le risque d’une formalisation sans débouchés
Le Chef de l’État a parallèlement mis en garde contre un effet pervers : celui d’une formalisation qui se traduirait pour les jeunes entrepreneurs par davantage de tracasseries ou une pression fiscale excessive.
La logique, a-t-il insisté, doit être inversée : l’entreprise formalisée doit trouver dans son nouveau statut davantage de possibilités que de contraintes. Autrement dit, l’État doit rendre la formalisation économiquement rentable.
Cette exigence donne une portée plus large à l’intervention du FSPEEJ. Une entreprise officiellement reconnue mais privée de financement, de débouchés commerciaux ou d’accompagnement technique risque de rester fragile malgré son statut légal.
Le programme Vunga, mis en place par le Gouvernement pour faciliter l’accès des PME au crédit grâce à des lignes supervisées par le FOGEC, constitue à cet égard l’un des dispositifs appelés à compléter cette politique.
Faire de la jeunesse un moteur de croissance
Pour le Gouvernement Suminwa, l’enjeu est donc désormais de connecter les différents maillons : formalisation, financement, formation, accès aux marchés et création d’emplois.
Cette articulation répond directement au premier pilier du Programme d’actions du Gouvernement 2024-2028, consacré à la création d’emplois. Elle rejoint également le discours de la ministre de la Jeunesse, Grâce Emie Kutino, pour qui la jeunesse congolaise représente déjà une capacité de création, d’innovation et de transformation.
Avec les 1.127 entreprises déjà formalisées, le dispositif change progressivement d’échelle. Reste désormais au Gouvernement à faire en sorte que ces entreprises ne soient pas seulement légalement constituées, mais qu’elles deviennent suffisamment solides pour accéder au financement, conquérir des marchés, créer des emplois et participer durablement à la croissance nationale.
C’est à cette condition que « Debout Jeunes Congolais » pourra dépasser le stade d’un programme de formalisation pour devenir un véritable instrument de transformation économique.

