RDC : Judith Suminwa lance une croisade sur dix ans contre les érosions et les inondations

À l’approche de la saison des pluies, le Gouvernement congolais veut changer d’échelle dans sa lutte contre les érosions et les inondations. La Première ministre Judith Suminwa Tuluka a réuni autour d’elle les principaux responsables économiques, budgétaires et techniques du Gouvernement pour arrêter une stratégie nationale destinée à répondre à l’urgence, mais aussi à s’attaquer aux causes structurelles d’un phénomène qui menace désormais plusieurs villes du pays.

La réunion, à laquelle ont notamment pris part les vice-Premiers ministres de l’Économie, Daniel Mukoko Samba, et du Budget, Adolphe Muzito, ainsi que les ministres des Infrastructures et Travaux publics, John Banza, et des Finances, Doudou Fwamba, intervient après l’alerte lancée par la Cheffe du Gouvernement au Conseil des ministres du 28 août.

L’enjeu est immédiat : protéger les populations et les infrastructures avant les premières fortes pluies, alors que la rentrée scolaire approche et que de nombreuses têtes d’érosion fragilisent déjà des quartiers, des routes et des équipements publics.

De l’urgence à la transformation urbaine

Le Gouvernement entend désormais sortir de la logique des interventions ponctuelles. Le plan présenté par John Banza repose sur trois horizons : un an, cinq ans et dix ans.

À très court terme, sur une période allant de zéro à douze mois, les interventions cibleront les sites présentant les risques les plus élevés. L’objectif est de traiter les urgences identifiées avant que les pluies ne transforment les foyers d’érosion en catastrophes.

La deuxième étape, comprise entre un et cinq ans, sera consacrée notamment aux études techniques et à l’élaboration ou à l’actualisation des plans directeurs de plusieurs grandes villes.

La troisième, qui s’étend jusqu’à dix ans, doit permettre de s’attaquer au mal à la racine : meilleure planification urbaine, occupation rationnelle des sols et mise en place d’ouvrages capables de résister durablement aux effets des précipitations. « Nous avons un schéma très clair maintenant et nous allons le mettre en œuvre », a assuré John Banza.

Un phénomène qui n’épargne plus les villes congolaises

Kinshasa concentre une partie importante des préoccupations, mais elle n’est pas seule face au phénomène. Kikwit et plusieurs autres villes et cités sont également confrontées à la multiplication des têtes d’érosion.

Cette extension géographique impose, selon le Gouvernement, une réponse nationale tenant compte des particularités de chaque territoire. Dans certaines zones, les pluies, la topographie et la nature des sols aggravent les risques ; ailleurs, l’urbanisation non maîtrisée et l’occupation des espaces exposés contribuent à fragiliser davantage les milieux urbains.

La difficulté est également financière et technique. Les travaux anti-érosifs nécessitent souvent des investissements importants et ne peuvent être interrompus une fois engagés, au risque de voir les ouvrages se dégrader ou être emportés par les eaux.

« La question de la lutte anti-érosive est complexe. Effectivement, le Gouvernement a mobilisé des montants, des moyens importants », a reconnu le ministre des ITP.

Judith Suminwa veut garder la main

Face à l’ampleur du défi, la Première ministre entend assurer elle-même la coordination de cette offensive. Une implication qui, selon John Banza, doit permettre de mieux hiérarchiser les interventions en fonction des risques et des ressources disponibles.

« Comme Son Excellence Madame la Première Ministre pilote en personne ces travaux, je crois que nous allons arriver à trouver la meilleure approche possible pour protéger notre population », a-t-il déclaré.

L’objectif affiché est de ne plus attendre que les catastrophes surviennent pour intervenir. La stratégie doit progressivement intégrer la prévention dans l’aménagement du territoire et les politiques urbaines.

À Kinshasa, le chantier Bolikango donne déjà le ton

Cette nouvelle stratégie s’appuie sur des travaux déjà engagés dans la capitale. Dans la commune de Ngaliema, le Gouvernement finance notamment la construction d’un collecteur destiné à maîtriser les eaux provenant de la zone de l’érosion Bolikango.

Une délégation de la Primature conduite par Gérard Ntumba, directeur de cabinet adjoint de la Première ministre chargé des Infrastructures, a récemment inspecté le chantier. L’ouvrage doit canaliser les eaux sur environ six kilomètres, depuis la zone sinistrée jusqu’à la baie de Ngaliema, avant leur évacuation vers le fleuve Congo.

Entièrement financé par le Gouvernement central et exécuté par l’Entreprise Aaron Sefu (EAS), le projet dispose d’un délai contractuel de quatre ans.

Protéger les quartiers, mais aussi l’économie

Derrière la bataille technique contre les eaux et les ravins, le Gouvernement voit un enjeu social et économique majeur. Chaque route coupée, chaque habitation détruite ou chaque équipement public endommagé alourdit le coût des catastrophes et perturbe la circulation des personnes et des marchandises.

La stratégie décennale portée par Judith Suminwa vise donc à faire évoluer la réponse congolaise : de la réparation après catastrophe vers la prévention, de l’intervention isolée vers la planification, et de la gestion des urgences vers une politique durable d’aménagement urbain.

À quelques semaines des grandes pluies, le premier test sera toutefois immédiat. Il s’agira de transformer ce schéma national en chantiers suffisamment rapides pour protéger les populations exposées. Le pari des dix prochaines années commence, lui, dès maintenant.

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