Hydrocarbures : en une année, Acacia Bandubola change la trajectoire du secteur et accroît les recettes de 1.700%

Il y a un an, son arrivée à la tête du ministère des Hydrocarbures était déjà un événement institutionnel : Acacia Bandubola Mbongo devenait la première femme à prendre les commandes de ce département stratégique de la République démocratique du Congo. Douze mois plus tard, son bilan dessine une ligne directrice assez nette : reprendre le contrôle d’une chaîne pétrolière minée par la fraude, moderniser des infrastructures vieillissantes, sécuriser l’approvisionnement et tenter de transformer un potentiel encore largement inexploité en véritable levier économique. Au bout du compte, la révision de la trajectoire du secteur a permis un accroissement des recettes de 1.700%. Historique.

Nommée le 13 août 2025, en remplacement d’Aimé Sakombi Molendo, la Ministre d’État s’est vu confier une mission qui dépasse la seule gestion quotidienne du marché des carburants. Dans la lettre de mission de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka figurent quatre priorités : renforcer l’administration des hydrocarbures, intensifier la recherche géologique et pétrolière, améliorer l’attractivité de la RDC pour les investisseurs et sécuriser l’approvisionnement du marché national.

Un an plus tard, Acacia Bandubola revendique une méthode fondée sur le contrôle du terrain, la réforme administrative et la recherche de partenariats, avec un indicateur qui résume à lui seul l’enjeu : selon les données communiquées par le ministère des Finances en janvier 2026, les recettes pétrolières ont progressé de plus de 1 700 %.

Le premier front : reprendre le contrôle d’un marché gangrené par la fraude

Pendant longtemps, le secteur pétrolier congolais a fonctionné avec une contradiction majeure : un pays doté d’un potentiel important en hydrocarbures mais dépendant des importations de produits raffinés, avec des capacités de stockage limitées, des infrastructures vieillissantes et des mécanismes de contrôle insuffisants.

La lutte contre la fraude est devenue l’un des premiers marqueurs de la nouvelle administration. Le ministère a renforcé la brigade mixte d’inspection et engagé le déploiement national du marquage moléculaire des carburants, confié au prestataire Authentix, afin de permettre une meilleure traçabilité des produits commercialisés sur le territoire.

Les contrôles ont également permis, selon les données présentées par le ministère, de mettre au jour des circuits parallèles dans le sud du pays.

Les pertes attribuées à ces pratiques dans le Haut-Katanga et le Lualaba pour la période 2024-2025 sont estimées à plus de 800 millions de dollars.

Le spectaculaire bond des recettes pétrolières annoncé par le ministère des Finances apparaît dès lors comme l’un des résultats les plus significatifs de cette politique de contrôle. Une surveillance est désormais assurée pour que cette progression s’inscrive dans la durée et résiste aux pratiques frauduleuses qui ont longtemps fragilisé la chaîne de commercialisation.

C’est ce qui, entre autres, justifie la méthode Bandubola qui tient à une présence accrue sur le terrain. À Kinshasa, dans le Kongo Central ou au Kasaï oriental, les inspections se sont multipliées, donnant lieu à des mises en demeure et, dans certains cas, à des suspensions temporaires d’autorisations.

Une politique qui a également touché les infrastructures de stockage installées dans les zones résidentielles de Kinshasa, avec la volonté ferme de les déplacer vers des sites mieux adaptés aux impératifs de sécurité.

Réformer les règles avant de développer les investissements

L’autre chantier est moins visible mais tout aussi déterminant : celui de la gouvernance.

Le ministère a engagé la révision du cadre réglementaire applicable aux stations-service et aux dépôts pétroliers. Un projet d’arrêté fixant les conditions d’installation de ces infrastructures a été finalisé, tandis qu’une commission mixte de vérification des documents a été mise en place au sein du Cabinet et du Secrétariat général pour examiner les demandes de titres selon une grille commune.

Après plusieurs incendies enregistrés en 2025 et 2026, la sécurité est devenue un des critères centraux dans l’octroi et le renouvellement des autorisations. La note circulaire n°002 du 16 février 2026 a ainsi renforcé les exigences en matière d’hygiène, de sécurité et de protection de l’environnement.

Derrière ces mesures se trouve une ambition plus large : rendre le secteur suffisamment lisible et prévisible pour attirer des capitaux, sans pour autant relâcher le contrôle de l’État.

Cette équation est au cœur de la stratégie de la Ministre d’État, car le potentiel congolais est considérable : les ressources identifiées s’étendent notamment au bassin côtier, à la Cuvette centrale et à la branche occidentale du Rift est-africain, notamment les grabens Albertine, Kivu et Tanganyika. Mais entre l’existence d’une ressource dans le sous-sol et sa transformation en recettes publiques, emplois et infrastructures, le chemin reste long.

De la dépendance aux importations à la bataille des infrastructures

C’est probablement sur ce terrain que se mesure le mieux l’ampleur du défi. La RDC ne dispose toujours pas d’une capacité de raffinage opérationnelle permettant de couvrir ses besoins. Elle dépend donc largement des importations de produits finis alors même qu’elle entend développer sa production de brut.

Le ministère travaille ainsi sur plusieurs corridors et infrastructures destinés à sécuriser l’approvisionnement national. Parmi les projets structurants figure le futur pipeline multiproduits Matadi-Kinshasa, long de 332 kilomètres et d’un diamètre de 12 pouces, dont l’objectif annoncé est de tripler le débit d’acheminement vers la capitale.

Au sud, le raccordement au pipeline de Ndola, en Zambie, est envisagé à travers le projet KPS Log.

Dans le Grand Kasaï et le Grand Équateur, le Gouvernement entend développer ou réhabiliter des capacités de stockage, notamment à Ndomba, Businga et Akoula.

Dans l’est et le nord-est du pays, la stratégie mise davantage sur la diversification des corridors logistiques, notamment en direction de l’Ituri, du Haut-Uélé, du Bas-Uélé et de la Tshopo.

L’objectif est double : éviter qu’une perturbation sur un seul corridor ne puisse désorganiser l’ensemble du marché et rapprocher les produits pétroliers des zones de consommation.

La gestion de crise comme test grandeur nature

La vulnérabilité de ce système est apparue avec les tensions géopolitiques ayant affecté le marché mondial du pétrole.

Face aux risques de perturbation des approvisionnements, le ministère a mobilisé plusieurs leviers : suspension ou réduction de certaines redevances et frais d’inspection, achats stratégiques d’urgence et anticipation du paiement des manques à gagner dus aux sociétés commerciales.

Les volumes d’urgence annoncés atteignent 13.000 tonnes métriques d’essence, 15.000 tonnes de gasoil, 6.000 tonnes de Jet A1 et 1 500 tonnes de GPL.

Cette politique vise moins à résoudre la dépendance structurelle du pays qu’à éviter que les chocs internationaux ne se transforment immédiatement en pénurie sur le marché congolais.

Le défi demeure considérable : la vétusté des infrastructures de transport et de stockage, les capacités limitées et la fraude douanière continuent de peser sur la sécurité énergétique du pays. Acacia Bandubola, qui a su identifier ces goulots d’étrenglement, est pleinement consciente de leurs méfaits et travaille à en réduire les effets néfastes autant que possible.

Sonatrach, Angola, Ouganda, Tanzanie : la diplomatie au service du pétrole

Acacia Bandubola a également inscrit son action dans une diplomatie énergétique plus offensive.

La coopération avec l’Algérie s’est notamment traduite par un accord destiné à renforcer les échanges d’expertise et les capacités congolaises dans l’amont comme dans l’aval pétrolier, avec Sonatrach comme référence industrielle.

Avec l’Angola, le dossier de la Zone maritime d’intérêt commun a atteint l’étape décisive de sa conclusion. Le 22 juillet 2026, à Luanda, la RDC et l’Angola ont signé un avenant au contrat de partage de production encadrant la gouvernance de cette zone commune, ouvrant ainsi la voie à la phase d’exploitation pétrolière.

Acacia Bandubola a également travaillé à la redynamisation des relations énergétiques avec l’Ouganda et la Tanzanie, notamment autour des questions de transit et de coopération transfrontalière.

Ce corpus diplomatique répond à une réalité économique : dans un secteur où les investissements, les infrastructures et les marchés dépassent largement les frontières nationales, la RDC, avec un territoire vaste presque entièrement enclavé, ne peut développer son industrie pétrolière sans s’insérer dans les réseaux énergétiques régionaux.

La Sonahydroc au centre de la stratégie

La transformation de la Société nationale des hydrocarbures du Congo, Sonahydroc, constitue un autre enjeu majeur du bilan de Bandubola.

La stratégie défendue par le ministère consiste à renforcer les capacités opérationnelles, managériales et stratégiques de la société nationale, notamment à travers des partenariats et des échanges d’expertise avec des groupes pétroliers étrangers.

La coopération avec Sonatrach doit notamment permettre à la RDC de tirer les enseignements du modèle algérien, fondé sur une maîtrise beaucoup plus large de la chaîne de valeur, de l’exploration à la commercialisation. L’enjeu est de sortir progressivement d’un modèle où l’État congolais perçoit principalement des revenus liés aux titres et à la production, pour construire une capacité nationale davantage intégrée.

La donnée devient une ressource stratégique

L’une des réalisations les plus emblématiques de cette première année est moins spectaculaire qu’un pipeline ou qu’une raffinerie, mais elle pourrait avoir des effets durables : la création de la première Banque nationale de données pétrolières et gazières.

Inaugurée le 2 juillet 2026, cette infrastructure dispose de trois serveurs d’une capacité globale de 15.000 gigaoctets pour l’amont pétrolier et d’un serveur dédié à l’aval, avec un système de sauvegarde destiné à sécuriser les données stratégiques de l’État.

La création de cette banque répond à une faiblesse ancienne : l’absence d’un système centralisé et sécurisé permettant de conserver, analyser et valoriser les données géologiques et géophysiques.

Dans l’industrie pétrolière, la donnée n’est pas un simple outil administratif. Elle détermine la connaissance du sous-sol, la qualité des appels d’offres et, in fine, la capacité de l’État à négocier avec les investisseurs.

C’est dans cette logique que le ministère a également conclu un protocole d’accord avec GEOSIGMOID pour la mise à disposition de données techniques et géopétrolières portant sur les principaux bassins sédimentaires congolais.

Former l’administration, préparer la prochaine génération

La modernisation engagée ne concerne pas seulement les infrastructures. Pendant l’année sous examen, le ministère a également lancé plusieurs programmes de renforcement des capacités de son personnel : audit et inspection des installations pétrolières en mars, analyse des coûts opérationnels dans l’exploration et la production en juin, puis initiation à l’utilisation de l’intelligence artificielle en août.

Le chantier touche également aux conditions de travail. Deux bus Toyota Coaster ont été remis aux agents, tandis que des démarches sont engagées pour récupérer la parcelle du Secrétariat général, avec en perspective la construction d’une « Tour des Hydrocarbures ».

Ces initiatives peuvent sembler secondaires face aux enjeux pétroliers, mais elles répondent à l’un des quatre piliers de la lettre de mission : renforcer l’administration chargée de gérer le secteur.

Le GPL et la transition énergétique : le pari d’un combustible plus propre

L’autre volet de la stratégie concerne l’aval et la transition énergétique.

Le ministère prépare un projet de loi sur le Gaz de pétrole liquéfié (GPL), destiné notamment à favoriser l’utilisation de modes de cuisson plus propres et à réduire la pression exercée sur les forêts par la consommation de charbon de bois.

Pour la RDC, le sujet est loin d’être marginal. Il touche à la fois à l’énergie domestique, à la protection des forêts, à la santé environnementale et aux engagements climatiques internationaux.

2030 en ligne de mire : raffiner, stocker, transporter

Le véritable test du bilan d’Acacia Bandubola se jouera toutefois au-delà de cette première année. Le ministère fixe désormais plusieurs rendez-vous à l’horizon 2030 : une raffinerie modulaire de 30.000 barils par jour alimentée par le brut de PERENCO, la réalisation du pipeline Matadi-Kinshasa et la modernisation du terminal de Kuntuala et d’autres dépôts afin de porter les capacités nationales de stockage à 1,8 million de mètres cubes.

À cela doit s’ajouter la généralisation du marquage moléculaire des carburants sur l’ensemble du territoire.

Ces projets représentent des investissements considérables et surtout une rupture avec les faiblesses historiques du système pétrolier congolais. Leur réalisation permettra de mesurer la capacité de l’État à transformer les annonces et les réformes administratives en actifs industriels effectivement opérationnels.

Un premier bilan, mais pas encore une révolution

Au terme de sa première année, Acacia Bandubola Mbongo affiche un ministère qui a engagé plusieurs chantiers simultanément : lutte contre la fraude, hausse des recettes, réforme réglementaire, sécurisation des approvisionnements, développement des infrastructures, digitalisation des données, coopération régionale et internationale, renforcement de l’administration et préparation d’une nouvelle politique du GPL.

Le bilan est substantiel, mais il ne saurait être confondu avec l’aboutissement de la transformation annoncée. La RDC reste confrontée à ses handicaps structurels : absence de raffinage opérationnel, dépendance aux importations, faiblesse des réseaux logistiques, capacités de stockage encore insuffisantes, fraude persistante et besoin massif d’investissements.

C’est précisément là que se situe le principal enjeu de la deuxième année : passer de la réforme à l’exécution industrielle, car le paradoxe congolais demeure intact : le pays possède du pétrole et du gaz, mais ne maîtrise pas encore suffisamment la chaîne qui permet de transformer ces ressources en sécurité énergétique, en recettes publiques et en développement.

Un an après sa nomination, Acacia Bandubola a commencé à s’attaquer à ce paradoxe. La suite de son mandat dira si cette première année aura constitué le début d’un redressement durable ou seulement une parenthèse de réformes dans l’histoire mouvementée du secteur des hydrocarbures congolais.

JEK

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