RDC–RCA : Le pétrole congolais, levier d’une nouvelle puissance régionale !

Par Rolain Mena Sakameso / Président de LISANGA pour la Refondation du Congo (LRC)

J’aurais pu intituler cette publication, « Quand l’énergie devient un instrument de solidarité régionale. » Mais la diplomatie ne se résume pas aux grands sommets, aux poignées de main officielles ou aux communiqués soigneusement rédigés. Elle se mesure aussi à la capacité des États voisins à résoudre ensemble des problèmes très concrets qui touchent directement leurs populations.

Je m’explique pour toi, ami lecteur.

La rencontre, à Kinshasa, entre la Ministre d’État, Ministre des Hydrocarbures, Acacia Bandubola Mbongo, et son homologue centrafricaine, Edwige Opportune POUNINGUIZA-NGUELEBE, en constitue une illustration particulièrement intéressante.

Au-delà du caractère protocolaire de cette visite, il faut surtout retenir une réalité géopolitique et économique, la République démocratique du Congo occupe une place déterminante dans l’approvisionnement énergétique de la République centrafricaine. Pour un pays enclavé comme la RCA, les voies d’acheminement des produits pétroliers constituent une question stratégique qui dépasse largement les considérations commerciales.

C’est précisément là que la coopération entre les deux pays prend tout son sens.Kinshasa ne doit pas seulement être perçue comme un territoire de transit. Elle peut devenir un véritable partenaire énergétique de Bangui, en contribuant à sécuriser les circuits d’approvisionnement, à améliorer leur prévisibilité et, surtout, à inscrire cette relation dans une logique durable de bénéfices réciproques.

La démarche engagée par la Ministre d’État Acacia Bandubola Mbongo mérite, à cet égard, d’être relevée. En recevant son homologue centrafricaine et en associant aux discussions les responsables des structures congolaises concernées, elle a donné à cette rencontre une dimension opérationnelle en ce que « L’énergie ne se gère pas uniquement dans les bureaux des ministères : Elle implique toute une chaîne d’acteurs, depuis la logistique jusqu’au stockage et au transport. »

Cette approche pragmatique est d’autant plus pertinente que les relations entre Kinshasa et Bangui ne peuvent être réduites à une simple relation de fournisseur à client. Nous sommes en présence de deux pays liés par l’histoire, la géographie, les réalités économiques et les intérêts communs de leurs populations.

Il faut donc avoir l’intelligence de transformer cette proximité en opportunité.

La République démocratique du Congo dispose d’atouts considérables dans le domaine énergétique. Mais disposer de ressources ne suffit pas. Encore faut-il construire autour de celles-ci des mécanismes de coopération capables de produire de la valeur, de renforcer notre influence régionale et de faire de notre pays un acteur incontournable dans son environnement.

La question du transit des produits pétroliers vers la Centrafrique ouvre justement cette perspective. Elle nous rappelle également une vérité souvent oubliée, la souveraineté énergétique ne signifie pas l’isolement.

Un État souverain est aussi celui qui sait utiliser intelligemment ses capacités pour bâtir des partenariats solides, défendre ses intérêts et, dans le même temps, contribuer au développement de ses voisins. La satisfaction exprimée par la partie centrafricaine à l’issue des échanges est, de ce point de vue, un signal encourageant.

Elle traduit la nécessité d’un dialogue régulier entre les deux administrations afin d’anticiper les difficultés plutôt que de les subir. C’est cette culture de la concertation, de la prévisibilité et de la confiance qu’il faut désormais consolider. Voilà la griffe Acacia Bandubola.

Je considère donc que cette rencontre dépasse largement le cadre d’une simple réunion ministérielle. Elle participe à la construction progressive d’un espace de coopération énergétique autour de la République démocratique du Congo.

Et lorsque notre pays peut aider un voisin à surmonter les contraintes liées à son enclavement tout en défendant ses propres intérêts économiques, il n’y a ni faiblesse ni concession inutile : Il y a de la diplomatie intelligente !

La RDC doit apprendre à convertir ses ressources, ses infrastructures et sa position géographique en véritables instruments d’influence et de développement. C’est ainsi que se construit une puissance régionale responsable, non pas en parlant plus fort que les autres, mais en devenant indispensable là où les intérêts se rencontrent.

La coopération énergétique RDC–RCA mérite donc d’être encouragée, structurée et approfondie. Car derrière chaque camion-citerne qui traverse notre territoire, il y a une réalité beaucoup plus grande, celle d’un Congo qui peut, lorsqu’il le décide, devenir un partenaire stratégique au cœur de l’Afrique.

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