RDC : le riz Bumba de nouveau dans nos assiettes, l’historique signature de Mukoko Samba

En moins d’une année, le Gouvernement est passé du diagnostic de terrain au lancement d’un ambitieux programme destiné à remettre la RDC sur la voie de l’autosuffisance rizicole et pas n’importe laquelle. Le pays de Lumumba revit désormais la mémorable expérience gastronomique du succulent riz de Bumba. Assurément, la RDC vit le retour d’une marque nationale mais sans tomber dans la nostalgie lyrique.q

Il est des produits qui racontent à eux seuls une partie de l’histoire économique et même culturelle d’un pays. Pendant des décennies, le riz de Bumba a nourri des milliers de familles congolaises et symbolisé le potentiel agricole et gastronomique exceptionnel de la cuvette centrale. Puis vinrent les années de déclin : infrastructures abandonnées, plantations en sommeil, logistique défaillante et dépendance croissante aux importations.

Le jeudi 16 juillet 2026, cette page semble commencer à se tourner. En lançant officiellement le projet « Riz Bumba, Loso na Biso », le Vice-Premier ministre, ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, n’a pas seulement inauguré un nouveau programme agricole. Il a matérialisé une méthode de gouvernance qui privilégie les réalités du terrain aux promesses de circonstance : écouter, diagnostiquer, planifier, puis agir.

Car l’histoire de ce projet ne commence pas ce 16 juillet. Elle remonte à octobre 2025, lorsque le patron de l’Économie nationale décide de quitter Kinshasa pour parcourir les provinces de la Mongala et du Sud-Ubangi, deux anciens greniers agricoles dont le potentiel est progressivement tombé dans l’oubli.

De Bumba aux décisions gouvernementales

À Bumba, Daniel Mukoko Samba rencontre producteurs, opérateurs économiques, responsables de la Société Rizicole de Bumba (SRB) et autorités provinciales. Tous dressent le même constat : le potentiel est intact, mais la filière est paralysée.

Les terres demeurent fertiles, les conditions climatiques favorables et le savoir-faire agricole toujours présent. Pourtant, les rendements restent faibles, les infrastructures de transformation se sont dégradées et les difficultés de transport rendent les coûts de commercialisation prohibitifs.

Cette mission met également en lumière un paradoxe devenu récurrent dans l’économie congolaise : un pays doté de millions d’hectares de terres arables continue d’importer massivement une denrée qu’il produisait autrefois en abondance.

Pour le ministre, le problème ne réside donc pas dans l’absence de potentiel, mais dans la rupture des chaînes de valeur qui reliaient jadis les bassins de production aux grands centres de consommation.

Une nouvelle doctrine économique

À l’issue de cette mission, le ministère de l’Économie nationale adopte une approche différente de celle qui a longtemps prévalu.

Il ne s’agit plus uniquement d’encourager la production agricole, mais de reconstruire l’ensemble de l’écosystème économique : accès aux semences, accompagnement technique, mécanisation, transformation industrielle, infrastructures logistiques et accès aux marchés.

Cette philosophie inspirera ensuite plusieurs autres missions économiques dans le Sud-Ubangi, le Sankuru et la Tshuapa, où Daniel Mukoko Samba défendra le même principe : les provinces ne manquent pas de ressources, elles souffrent avant tout d’une déconnexion progressive de l’économie nationale en raison, principalement d’un grave déficit logistique et énergétique.

Une ambition industrielle

Le projet « Riz Bumba, Loso na Biso », lancé ce jeudi, traduit cette vision en chiffres.

Porté par le ministère de l’Économie nationale, avec l’appui du Fonds de Régulation Économique (FOREC) et mis en œuvre par la Société Rizicole de Bumba (SRB), le programme accompagnera près de 30 000 producteurs agricoles, développera sept unités de transformation et vise une production annuelle de 250 000 tonnes de riz à l’horizon 2030.

Au-delà des volumes, l’objectif est de reconstruire une véritable filière industrielle capable de créer des milliers d’emplois, d’augmenter les revenus des producteurs et de substituer progressivement les importations.

La souveraineté alimentaire comme politique économique

La relance de la riziculture s’inscrit dans une stratégie nationale plus large engagée depuis plusieurs mois par le Gouvernement. Le partenariat de 7,76 millions de dollars conclu avec CDI-Bwamanda pour le Programme de Relance Agricole du Sud-Ubangi (PRASUB), la relance de la culture de la pomme de terre au Kongo Central, les mécanismes de stabilisation du marché de la farine de maïs dans le Grand Katanga ou encore les missions économiques menées dans le Congo profond répondent tous à une même logique : produire davantage sur le territoire national afin de réduire la dépendance extérieure, stabiliser les prix alimentaires et renforcer le pouvoir d’achat des ménages.

Dans un contexte où les chocs internationaux — de la pandémie de Covid-19 aux tensions géopolitiques ayant affecté les marchés mondiaux des céréales et de l’énergie — ont rappelé la vulnérabilité des pays fortement dépendants des importations, cette stratégie apparaît également comme un enjeu de sécurité économique.

Le retour d’une marque nationale

Pour plusieurs générations de Congolais, le riz de Bumba évoque le souvenir d’une époque où certaines filières agricoles nationales constituaient encore des références. Le lancement du projet « Riz Bumba, Loso na Biso » ambitionne précisément de redonner vie à cette marque historique.

Mais au-delà de la nostalgie, l’enjeu est désormais économique : faire renaître une production nationale compétitive capable d’alimenter durablement les marchés congolais.

La méthode Mukoko Samba

Le projet lancé à Bumba est aussi révélateur d’une manière de gouverner qui s’est progressivement imposée au ministère de l’Économie nationale. Plutôt que de concevoir les politiques publiques depuis les bureaux de Kinshasa, Daniel Mukoko Samba a fait du terrain son principal laboratoire.

Dans la Mongala, le Sud-Ubangi, le Sankuru ou encore la Tshuapa, ses missions économiques suivent le même schéma : écouter les communautés, observer les réalités, identifier les blocages, puis transformer les diagnostics en programmes d’investissement.

Cette méthode a permis de faire émerger une conviction simple : le défi n’est pas seulement de produire davantage, mais de reconnecter durablement les territoires productifs aux marchés nationaux.

À Bumba, cette approche prend aujourd’hui une dimension hautement symbolique. En moins d’un an, une mission d’écoute s’est transformée en un projet structurant.

Pour le Gouvernement, c’est la démonstration qu’une politique publique n’a de valeur que lorsqu’elle produit des résultats tangibles.

Pour les producteurs de la Mongala, c’est surtout l’espoir de voir, après de longues années d’effacement, le riz de Bumba retrouver sa place dans les assiettes des Congolais. Et cette prouesse porte une signature : Daniel Mukoko Samba.

Jonas Eugène Kota

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