De la machette à la truelle : à Tshangu, la seconde chance des ex-Kuluna

Anciens délinquants violents dans la ville de Kinshasa, plus de 5000, formés au service national à Kanyama Kasese ont été déployés pour la salubrité, dans un premier temps le long du boulevard Lumumba, principale entrée internationale de la ville et du pays, dans le bouillant district de Tshangu qui revêt désormais sa robe d’antan.

Le contraste est saisissant, presque irréel. Là où régnait jadis la terreur des agressions à la sauvette et des affrontements à l’arme blanche, résonnent désormais le tintement des pelles et le vrombissement des camions-bennes.

Ce mercredi, la mythique et tumultueuse Place Pascal, point névralgique du district de la Tshangu, a vécu une métamorphose spectaculaire en l’espace de quelques heures. Sous un soleil doux, des centaines de jeunes hommes vêtus de combinaisons bleues et de bottes jaunes se sont rués sur les immondices qui étouffaient ce carrefour stratégique de Kinshasa.

Ces hommes ne sont autres que des « ex-kulunas ». Hier marginaux redoutés par la population, ils reviennent aujourd’hui dans leur ville d’origine avec un tout autre statut : celui de « bâtisseurs de la nation ».

Après avoir suivi une formation civique, morale et professionnelle rigoureuse au centre de Kanyama Kasese sous l’égide du Service National, ils forment désormais une légion disciplinée au service de la collectivité.

Un déploiement stratégique à la Tshangu

Pour cette entrée en matière, le choix du district de la Tshangu ne doit rien au hasard. Véritable porte d’entrée de la capitale et principal axe d’accès pour les visiteurs internationaux depuis l’aéroport international de Ndjili, le long du boulevard Lumumba subissait depuis des années une dégradation environnementale critique.

En s’attaquant à ce secteur ultra-sensible, la Task Force présidentielle envoie un signal fort. L’impact visuel est immédiat : curage intensif des caniveaux obstrués, évacuation rapide de tonnes de déchets accumulés et réorganisation complète des abords de la chaussée.

L’énergie déployée sur le terrain a d’ailleurs suscité un élan de ferveur populaire inattendu. Contaminés par cette dynamique de changement, des dizaines d’habitants du quartier se sont spontanément joints à l’opération, balais et pelles à la main, pour prêter main-forte à ceux qu’ils fuyaient autrefois.

Une communion citoyenne qui marque le début d’une réconciliation sociale par l’action constructive.

Une Task Force aux grands moyens

Cette offensive d’envergure contre l’insalubrité est pilotée d’une main de fer par la Task Force spéciale mise en place par le président de la République, Félix Tshisekedi. À sa tête, le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik veille à la discipline militaire qui caractérise désormais ces ex-délinquants réhabilités.

Pour garantir le succès de cette première phase, l’État n’a pas lésiné sur les moyens logistiques. Une impressionnante armada a été déployée sur le terrain : 34 camions de 30 tonnes pour l’évacuation des déchets ; 20 véhicules de liaison 4×4 ; 50 motos neuves pour assurer la mobilité et le suivi des équipes sur ce très long axe routier.

Sensibilisation avant le temps des sanctions

Mais au-delà du nettoyage physique, c’est un véritable changement de mentalité qui est visé. Les autorités ont annoncé l’ouverture immédiate d’une phase de sensibilisation citoyenne de 10 jours.

À l’issue de ce sursis pédagogique, la tolérance zéro sera appliquée. Les occupations illicites de l’espace public, les garages pirates qui encombrent les trottoirs et les commerces de fortune installés au mépris des règles d’hygiène les plus élémentaires feront l’objet de sanctions sévères et de démantèlements systématiques.

Kinshasa entame sa mue, et sa jeunesse autrefois perdue en est aujourd’hui le principal moteur.

JEK

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