Au Conseil de sécurité de l’ONU, Judith Suminwa accuse le viol d’être un instrument de contrôle des territoires et met le Rwanda en cause

La République démocratique du Congo a porté, mercredi, la question des violences sexuelles liées aux conflits au plus haut niveau diplomatique. Présidant le débat public du Conseil de sécurité des Nations unies consacré à ce fléau, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a dénoncé une stratégie de guerre fondée sur le viol, qu’elle a reliée aux groupes armés opérant dans l’Est du pays, aux économies illicites et à « l’occupation de certaines zones par des forces étrangères, dont le Rwanda ».

Dans un discours à la tonalité grave, la cheffe du Gouvernement a rejeté l’idée selon laquelle les violences sexuelles constitueraient de simples conséquences des combats. « Elles ne sont pas toujours un effet collatéral de la guerre. Trop souvent, elles en sont une méthode », a-t-elle lancé devant les quinze membres du Conseil de sécurité, appelant la communauté internationale à s’attaquer aux mécanismes qui rendent ces crimes possibles.

Son intervention s’est appuyée sur le dernier rapport de Pramila Patten, Représentante spéciale des Nations unies chargée de la question des violences sexuelles en période de conflit, qui fait état d’une hausse préoccupante des cas vérifiés dans plusieurs zones de guerre à travers le monde.

Le viol, instrument de contrôle des territoires

Pour Judith Suminwa, les violences sexuelles sont devenues un outil stratégique de domination des populations. « Elles visent à terroriser, humilier, déplacer, dominer, briser les familles et déstructurer les communautés », a-t-elle déclaré, décrivant un mode opératoire qui accompagne la conquête de villages, de routes, de sites miniers ou de corridors commerciaux.

Cette réalité, a-t-elle poursuivi, est particulièrement visible dans l’Est de la RDC, où les violences sexuelles s’inscrivent dans une logique plus vaste de prédation économique alimentant la poursuite du conflit.

Elle a établi un lien direct entre ces crimes, les déplacements forcés de populations et les réseaux illicites qui prospèrent dans les territoires sous contrôle de groupes armés, évoquant également la présence de « forces étrangères dont le Rwanda ».

Kinshasa revendique une réponse institutionnelle

Face à cette situation, Judith Suminwa a défendu la stratégie engagée par les autorités congolaises sous l’impulsion du président Félix Tshisekedi, affirmant que la RDC avait choisi de renforcer ses institutions plutôt que de se résigner au statut de victime. Elle a notamment mis en avant le Fonds national de réparation des victimes de violences sexuelles liées aux conflits et d’autres crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité (FONAREV), chargé d’identifier les victimes, de faciliter leur accès à la justice et d’organiser des réparations individuelles et collectives.

La Première ministre a également cité les centres intégrés de services multisectoriels, qui assurent une prise en charge médicale, psychologique, juridique et socio-économique des survivantes et survivants.

Pour la RDC, ces dispositifs ne constituent pas seulement des mécanismes d’assistance sociale, mais des instruments destinés à restaurer la justice, reconstruire les communautés et rétablir la confiance dans l’État.

Un appel à rompre avec l’impunité

Au-delà du cas congolais, Judith Suminwa a appelé le Conseil de sécurité à transformer les principes du droit international en réponses concrètes pour les victimes.

Rappelant que les violences sexuelles peuvent constituer des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, voire des actes de génocide, elle a insisté sur la responsabilité non seulement des auteurs directs, mais aussi de ceux qui ordonnent, facilitent ou tolèrent ces crimes.

La cheffe du Gouvernement a également alerté sur les conséquences des réductions des financements internationaux destinés aux services de santé, de protection, d’assistance psychosociale, d’aide juridique et de documentation des violations. « Lorsque les cliniques ferment, les soins disparaissent. Lorsque les abris ferment, la protection disparaît. Lorsque les organisations de femmes ne sont plus soutenues, la première ligne de confiance disparaît », a-t-elle averti.

Pour la Première ministre congolaise, la lutte contre les violences sexuelles en période de conflit ne pourra être gagnée sans un engagement durable en faveur de la justice, de la réparation des victimes et du financement des mécanismes de protection, faute de quoi « l’impunité continuera d’avancer ».

JEK

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