RDC – Environnement : Marie Nyange accélère la mutation verte et veut faire du capital naturel le moteur de croissance

Longtemps considérées comme des richesses à préserver avant tout, les immenses ressources naturelles de la RDC sont appelées à devenir un véritable levier de développement économique. C’est le cap qu’a défendu la ministre de l’Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle Économie du Climat, Marie Nyange Ndambo, lors du Briefing spécial coanimé mardi 7 juillet avec le ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya.

Pendant plus d’une heure, la ministre a déroulé une stratégie qui ambitionne de repositionner la RDC comme une puissance environnementale capable de transformer ses atouts écologiques en instruments de souveraineté, de création de richesses et de lutte contre la pauvreté.

Au cœur de cette nouvelle doctrine figurent plusieurs réformes structurantes qui redessinent la gouvernance de l’eau, des forêts et du carbone, tout en préparant le pays aux nouveaux marchés mondiaux de l’économie verte.

Faire de l’eau un actif stratégique

L’une des principales annonces concerne la création de l’Office congolais de l’eau, nouvel établissement public placé sous la tutelle du ministère de l’Environnement. Marie Nyange a fait savoir qu’il s’agit, avec cet office, de rompre avec une gestion essentiellement patrimoniale d’une ressource dont la RDC détient plus de la moitié des réserves d’eau douce du continent africain.

« L’eau est aujourd’hui un véritable or bleu. Elle peut générer une économie entière. Mais elle n’est pas inépuisable », a souligné Marie Nyange Ndambo. Au-delà de la préservation de la ressource, l’ambition consiste à structurer une véritable économie de l’eau et à renforcer le poids diplomatique de la RDC dans les discussions africaines sur la sécurité hydrique, devenue un enjeu majeur face aux effets du changement climatique.

Reprendre la main sur la valeur des forêts

L’autre pilier de cette stratégie concerne la réforme de la gouvernance forestière. Avec près de 60 % des forêts du Bassin du Congo, la RDC entend désormais mieux contrôler la valeur économique générée par ses écosystèmes.

La ministre a confirmé la mise en place prochaine d’un registre national du carbone ainsi que d’un système de Mesure, Rapportage et Vérification (MRV), destiné à certifier les crédits carbone produits sur le territoire national. L’objectif est de sécuriser un marché carbone souverain et d’éviter que les bénéfices liés aux services environnementaux des forêts ne soient captés par des intermédiaires.

« Nous sommes un pays-solution. Mais ce statut ne peut produire des effets concrets sans une stratégie nationale », a insisté la ministre qui a également fait savoir qu’une nouvelle architecture devra permettre de financer aussi bien la conservation des forêts que les barrages hydroélectriques, les projets solaires, les foyers améliorés ou encore les initiatives de restauration des paysages, tout en garantissant une meilleure implication des communautés locales.

Une vaste réforme du secteur forestier

Marie Nyange Ndambo a également confirmé que la politique forestière nationale ainsi que la révision du Code forestier entrent dans une nouvelle phase de consultations provinciales. Ces concertations associeront administrations publiques, secteur privé, organisations de la société civile, communautés locales et peuples autochtones afin d’aboutir à un texte consensuel.

Selon la ministre, ces réformes répondent également aux engagements pris par la RDC dans le cadre de son programme avec le Fonds monétaire international (FMI), tout en renforçant la crédibilité du pays sur la scène internationale.

Le Couloir vert Kivu-Kinshasa en quête d’investisseurs

Autre priorité du gouvernement : le projet du Couloir vert Kivu-Kinshasa, présenté comme l’un des plus vastes projets africains de développement fondé sur la nature. S’étendant sur près de 540 000 km², cette aire protégée communautaire ambitionne de concilier protection de la biodiversité, développement des infrastructures et amélioration des conditions de vie des populations.

La ministre a lancé un appel direct aux investisseurs congolais, estimant que ce projet représente une nouvelle frontière économique. Elle a précisé que plusieurs mécanismes de réduction des risques d’investissement sont en préparation avec l’appui de partenaires internationaux, notamment l’Union européenne.

L’épisode de la baleine comme révélateur

Interrogée sur l’échouage exceptionnel d’une baleine à Muanda, dans la province du Kongo Central, Marie Nyange Ndambo a indiqué que l’animal mort avait été enfoui afin d’écarter tout risque sanitaire. Elle a reconnu que le pays ne dispose pas encore des équipements nécessaires pour remettre ce type de mammifère marin à l’eau, tout en annonçant que cette expérience servira de base à l’élaboration d’un premier protocole national d’intervention.

La ministre a également révélé que des investigations scientifiques se poursuivent afin d’établir les causes exactes de ce phénomène. « Ce n’est pas complètement fini. Le moment venu, nous dirons pourquoi la baleine avait échoué puisque les études scientifiques seront menées avec les experts dont dispose la RDC », a-t-elle déclaré.

Une nouvelle doctrine économique

Au-delà des annonces sectorielles, ce briefing a mis en lumière un changement profond de paradigme. Le gouvernement congolais entend désormais faire du capital naturel un véritable moteur de croissance, capable de financer le développement tout en renforçant la souveraineté nationale sur les ressources stratégiques.

Marie Nyange Ndambo a inscrit cette transformation dans la vision du président Félix-Antoine Tshisekedi, saluant également l’accompagnement de la Première ministre Judith Suminwa dans la conduite des réformes.

Un message : dans un contexte où la transition écologique redéfinit les rapports de puissance, Kinshasa entend faire de ses forêts, de son eau et de sa biodiversité non plus seulement des patrimoines à protéger, mais les piliers d’une nouvelle économie capable de conjuguer conservation, prospérité et influence internationale.

Yanel Manu

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