Kasumbalesa : le Gouvernement serre la vis contre la fraude et lance la restauration de l’autorité de l’État à la frontière

Le Gouvernement congolais veut reprendre le contrôle de l’un des principaux poumons économiques du pays. En mission dans le Haut-Katanga, les ministres du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, et de l’Entrepreneuriat et Développement des PME, Justin Kalumba Mwana Ngongo, assurant l’intérim du ministère de l’Industrie, se sont rendus mardi au poste frontalier de Kasumbalesa afin d’évaluer les dysfonctionnements qui affectent le commerce transfrontalier avec la Zambie et d’annoncer une série de mesures destinées à restaurer l’autorité de l’État.

Principal corridor commercial reliant la RDC à l’Afrique australe, Kasumbalesa constitue un point stratégique pour les exportations minières congolaises ainsi que pour l’importation de produits manufacturés. Mais ce carrefour économique est également confronté depuis plusieurs années à des réseaux de fraude, de contrebande et de sous-évaluation des marchandises, qui privent le Trésor public de recettes importantes tout en fragilisant les entreprises opérant dans le circuit formel.

Accompagnés du Gouverneur de province et des responsables des différents services présents à la frontière, les membres du Gouvernement ont procédé à un diagnostic de terrain mettant en évidence trois principaux mécanismes de fraude.

Le premier, communément appelé « BAMBA ROHO », consiste à faire transiter des marchandises à bord de véhicules hors gabarit transportant des cargaisons fractionnées grâce à des complicités de part et d’autre de la frontière.

Le deuxième phénomène, baptisé « BILANGA », repose sur l’utilisation détournée de passages piétonniers transformés en véritables circuits parallèles d’importation frauduleuse.

Enfin, les autorités ont dénoncé les pratiques de sous-évaluation et de dénaturation des marchandises, impliquant certains agents chargés des contrôles, qui modifient la nature ou la valeur déclarée des produits afin de réduire artificiellement les droits et taxes dus à l’État.

Face à ces dérives, Julien Paluku Kahongya a réuni l’ensemble des services opérant à Kasumbalesa pour leur signifier la fin de toute tolérance envers les pratiques irrégulières, affirmant que la restauration de l’autorité de l’État constitue désormais une priorité.

Au-delà des mesures répressives, le Gouvernement entend accélérer la modernisation de cette frontière stratégique. Quatre projets structurants ont été réaffirmés : le déploiement du Régime Commercial Simplifié (RECOS) destiné à formaliser le petit commerce transfrontalier, la construction d’un Poste Frontalier à Arrêt Unique (PFAU) avec la Zambie, la réalisation d’un port sec moderne pour améliorer la gestion logistique des flux commerciaux, ainsi que la modernisation complète des infrastructures routières afin de transformer Kasumbalesa en un véritable pôle économique régional.

Plusieurs décisions d’application immédiate ont également été annoncées. Elles portent notamment sur l’obligation de recourir au Guichet Unique Intégral du Commerce Extérieur (GUICE) pour la dématérialisation des procédures, l’installation d’un portique destiné à empêcher l’accès des véhicules impliqués dans le système « BAMBA ROHO », ainsi que le renforcement du contrôle technologique grâce à des dispositifs de vidéosurveillance en temps réel et à l’optimisation des scanners douaniers.

Ces mesures s’inscrivent dans la stratégie plus large engagée par le Gouvernement pour digitaliser les frontières commerciales de la RDC, améliorer la traçabilité des opérations douanières, réduire les délais de dédouanement et accroître les recettes publiques. Elles complètent les réformes déjà mises en œuvre, notamment l’interconnexion du système GUCE/S-One avec SYDONIA World de la Direction générale des douanes et accises (DGDA), ainsi que le projet de digitalisation du poste frontalier de Kasumbalesa conduit en partenariat avec le Secrétariat de la ZLECAf et DP World.

Le Gouvernement prévoit désormais un mécanisme d’évaluation trimestrielle afin de mesurer l’impact des réformes, corriger les insuffisances éventuelles et garantir une meilleure fluidité des échanges.

À travers cette mission, l’Exécutif entend faire de Kasumbalesa non plus un symbole de fraude et de tracasseries, mais une vitrine de la modernisation du commerce extérieur congolais et un levier majeur de l’intégration économique régionale.

JDW

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