Au Sankuru, Mukoko Samba veut ressusciter les anciens greniers agricoles du centre de la RDC

Derrière les pistes dégradées, les longues heures de route et l’isolement géographique du Sankuru, le gouvernement congolais voit surtout un immense potentiel agricole en sommeil. C’est avec cette conviction que le Vice-Premier ministre et ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a poursuivi lundi sa mission dans cette province du centre de la RDC, en mettant l’accent sur la renaissance des bassins de production qui faisaient autrefois la réputation économique de l’espace Kasaï.

Après une inspection des travaux de réhabilitation de l’aéroport national de Lodja, le ministre a parcouru près de 150 kilomètres jusqu’au territoire de Lomela pour visiter la station de l’Institut National pour l’Étude et la Recherche Agronomiques (INERA) de Mukumari, un site emblématique du potentiel agricole de la région.

Le choix de cette étape n’est pas anodin. Longtemps considéré comme l’un des principaux centres de production agricole de l’ancien espace Kasaï, Mukumari symbolise aujourd’hui le contraste entre les richesses naturelles du Sankuru et les difficultés économiques qui empêchent leur pleine valorisation.

Un géant agricole en attente de relance

Une vue des semences de l’INERA de Mukumari

Sur ses 2.445 hectares de superficie, la station conserve près de 1.000 hectares de plantations d’hévéa encore exploitables. Un patrimoine agricole considérable qui témoigne du rôle que jouait autrefois cette région dans l’économie congolaise.

Mais comme de nombreux sites agricoles du centre du pays, Mukumari a progressivement perdu son influence économique en raison des difficultés d’évacuation des récoltes, du manque d’investissements et de la dégradation des infrastructures de transport.

« Nous pensons que la visite du Vice-Premier Ministre va davantage dynamiser cette station afin qu’elle joue pleinement son rôle dans le développement socio-économique de la province », a déclaré le chef de la station de l’INERA.

Pour les autorités économiques, le défi n’est pas seulement de produire davantage, mais surtout de reconnecter les zones de production aux marchés de consommation nationaux.

Le Sankuru, une réserve de croissance sous-exploitée

La province dispose pourtant d’atouts considérables. Outre l’hévéa, elle produit du manioc, du maïs, du riz, de l’arachide, de l’huile de palme et diverses cultures vivrières susceptibles d’alimenter les grands centres urbains du pays.

Ses vastes espaces agricoles, ses ressources forestières et son importante disponibilité foncière lui confèrent un potentiel rare dans une région où les questions de sécurité alimentaire deviennent de plus en plus stratégiques.

Pour Kinshasa, la relance du Sankuru s’inscrit dans une politique plus large visant à réduire la dépendance du pays aux importations alimentaires tout en stimulant les économies provinciales.

Miser sur les communautés rurales

Au village Ekuka, dans le secteur de Watambolo, Daniel Mukoko Samba a également rencontré des agriculteurs organisés en coopératives et exploitant des champs communautaires.

Le ministre a salué ces initiatives locales, qu’il considère comme des modèles de développement à encourager dans les zones rurales.

Dans un contexte où le gouvernement cherche à diversifier l’économie nationale au-delà du secteur minier, les coopératives agricoles apparaissent comme des instruments capables de stimuler la production, créer des revenus et renforcer la sécurité alimentaire.

Depuis son arrivée à Lodja dimanche, le patron de l’Économie nationale multiplie les consultations avec les autorités locales, les producteurs et les acteurs économiques de terrain. L’objectif est d’identifier les obstacles qui empêchent le Sankuru de transformer son potentiel en croissance réelle.

Au-delà des infrastructures et du désenclavement, la mission met en lumière une question centrale pour le développement du pays : comment faire renaître les grands bassins agricoles historiques capables d’alimenter les marchés nationaux et de créer de la richesse au cœur du territoire congolais.

À Mukumari comme dans d’autres zones du Sankuru, le gouvernement semble vouloir répondre à cette question en partant du terrain, là où subsistent encore les vestiges d’une économie agricole autrefois prospère et dont la relance pourrait constituer l’un des leviers de la diversification économique de la RDC.

JEK

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