Kinshasa : Impressionnant dispositif policier et militaire autour du Palais du peuple contre le sit-in de l’opposition, les opposants crient à l’injustice

Le Palais du peuple est une forteresse imprenable ce vendredi 12 juin. Jamais ou presque ces derniers mois l’esplanade du siège du Parlement n’avait affiché un tel visage sécuritaire.

Plus de 200 policiers, appuyés par des éléments des forces de défense et de sécurité, quadrillent l’ensemble du périmètre du Palais du peuple pour empêcher tout rassemblement à l’endroit où une partie de l’opposition entendait organiser un sit-in contre la proposition de loi portant organisation d’un référendum.

Dès l’aube, un impressionnant déploiement des forces de l’ordre a transformé les environs de l’institution en véritable zone sous contrôle. Des barrières métalliques ont été installées sur les différentes artères menant à l’entrée principale du Palais du peuple.

Des policiers sont positionnés à chaque point stratégique, filtrant les déplacements et contrôlant l’accès aux abords du site.

L’ensemble des voies conduisant à l’esplanade parlementaire est étroitement surveillé. Les taxis-motos, principal moyen de déplacement de nombreux Kinois, ont été interdits d’accès dans tout le périmètre, et les usagers sont contraints de rebrousser chemin ou d’emprunter des itinéraires alternatifs.

Des patrouilles mobiles sillonnent également les alentours afin de prévenir tout regroupement spontané.

Ce dispositif exceptionnel intervient après la décision du gouvernement provincial de Kinshasa de délocaliser vers le terrain Assossa, dans la commune de Kasa-Vubu, le sit-in annoncé par plusieurs figures de l’opposition.

Les autorités provinciales justifient cette mesure par la « neutralité » et le « l’inviolabilité » du Palais du peuple, ainsi que la nécessité de préserver l’ordre public et de garantir la sécurité autour des institutions de la République. Mais cette démonstration de force suscite l’incompréhension et la colère dans les rangs de l’opposition.

Plusieurs responsables politiques dénoncent une mesure discriminatoire et s’interrogent sur les motivations réelles d’un tel verrouillage du Palais du peuple intervenu la veille de la manif de l’opposition.

« Pourquoi un tel déploiement lorsqu’il s’agit de l’opposition ? », s’interrogent plusieurs acteurs politiques qui rappellent que l’esplanade du Palais du peuple a accueilli, au cours des dernières semaines, de nombreuses manifestations politiques, citoyennes et corporatives sans faire l’objet d’un encadrement aussi rigoureux.

Ils citent les cas des rassemblements de militants de l’UDPS venus soutenir les initiatives du Chef de l’État, ainsi que la dernière manifestation conduite par le mouvement d’Ejiba Yamapia, qui avaient mobilisé des centaines de participants sans qu’un dispositif sécuritaire comparable à celui déployé ce vendredi ne soit observé.

Les organisateurs du sit-in estiment que le caractère exceptionnel du dispositif sécuritaire déployé ce vendredi traduit une volonté d’empêcher l’expression d’une opinion divergente sur un sujet sensible du débat politique national.

Alors que les autorités invoquent des impératifs sécuritaires, les opposants dénoncent une restriction de leurs libertés constitutionnelles et parlent ouvertement d’une « injustice politique ».

Au-delà du débat sur le référendum, c’est désormais la question de l’égalité de traitement des acteurs politiques dans l’exercice du droit de manifester qui se retrouve au centre des discussions. Et ce vendredi, l’impressionnant dispositif policier et militaire déployé autour du Palais du peuple risque d’alimenter davantage encore cette controverse.

Congo Guardian

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