Deadline de Washington pour le retrait des troupes rwandaises de la RDC : Kigali dit niet !

Le Rwanda a opposé une fin de non-recevoir à la nouvelle pression exercée par Washington pour obtenir le retrait de ses forces de l’est de la République démocratique du Congo avant la mi-juillet 2026. Dans une déclaration publiée vendredi 5 juin à Kigali, le gouvernement rwandais a réaffirmé que la mise en œuvre des Accords de Washington ne pouvait être interprétée de manière unilatérale et a conditionné tout retrait à l’exécution des engagements sécuritaires de la RDC, notamment contre les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

Cette prise de position intervient au lendemain des déclarations du secrétaire d’État américain Marco Rubio devant la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants. Le chef de la diplomatie américaine avait alors fixé un délai de six semaines pour le retrait des Forces de défense rwandaises (RDF) du territoire congolais, avec une échéance située autour du 15 juillet 2026.

Kigali refuse une lecture unilatérale des Accords de Washington

Dans son communiqué, le gouvernement rwandais affirme avoir pris note des propos de Marco Rubio, tout en soulignant que les Accords de Washington « lient à la fois le Rwanda et la RDC » et exigent que « toutes les parties rendent compte de leurs obligations ».

Pour Kigali, les engagements conclus sous médiation américaine ne peuvent être appliqués de manière sélective. « Les obligations à remplir par une partie ne peuvent être séparées de celles qui doivent être remplies par l’autre », soutiennent les autorités rwandaises, qui estiment que les problèmes sécuritaires de la région ne sauraient être résolus par une approche jugée partiale.

Cette réaction constitue la réponse la plus explicite apportée jusqu’à présent au calendrier imposé par Washington. Alors que les États-Unis espèrent voir les troupes rwandaises quitter l’est de la RDC avant la fin de juillet, Kigali réaffirme que toute évolution sur ce dossier reste indissociable de la neutralisation des FDLR, considérées par le Rwanda comme une menace directe à sa sécurité nationale.

Les FDLR au cœur du désaccord

Le gouvernement rwandais affirme poursuivre la mise en œuvre de ses engagements dans le cadre des Accords de Washington, mais accuse simultanément Kinshasa de ne pas respecter les siens.Selon Kigali, la RDC continue d’apporter un soutien aux FDLR, mouvement armé fondé par d’anciens responsables impliqués dans le génocide des Tutsi de 1994 et présent depuis plusieurs décennies sur le territoire congolais. Le communiqué évoque également l’utilisation persistante de drones armés dans des zones civiles, un autre sujet régulièrement dénoncé par les autorités rwandaises.

Ces accusations reprennent l’un des principaux arguments avancés par Kigali depuis le début des discussions diplomatiques : le retrait des troupes rwandaises ne pourra intervenir durablement que si la menace sécuritaire représentée par les FDLR est effectivement éliminée.

Or, le chronogramme défendu par Washington repose précisément sur un principe de réciprocité simultanée. Selon les modalités présentées par Marco Rubio, le Rwanda doit retirer ses forces estimées entre 4 000 et 5 000 soldats des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu et favoriser le retrait du M23 des territoires occupés, tandis que la RDC est tenue de mener des opérations ciblées et limitées dans le temps contre les FDLR.

Un premier test pour la stratégie américaine

La réaction rwandaise apparaît comme le premier véritable test du calendrier imposé par les États-Unis. Jusqu’ici, l’administration américaine affirmait observer des signes encourageants sur le terrain, évoquant un début de retrait de certaines positions occupées par la coalition AFC/M23 et les RDF.

Mais le communiqué publié à Kigali montre que les divergences d’interprétation demeurent profondes quant à la séquence de mise en œuvre des engagements.

Tout en réaffirmant son attachement aux Accords de Washington et sa volonté de travailler avec les États-Unis, les partenaires régionaux et les autres acteurs impliqués dans le processus de paix, le Rwanda refuse donc, à ce stade, de souscrire publiquement à l’échéance du 15 juillet fixée par Washington.

Cette position place désormais la diplomatie américaine face à un défi majeur : convaincre Kigali d’accepter le calendrier de retrait qu’elle a elle-même établi, tout en obtenant de Kinshasa des avancées tangibles sur la question sensible des FDLR.

À moins de six semaines de la date butoir annoncée par Marco Rubio, l’application des Accords de Washington entre ainsi dans sa phase la plus délicate.

Congo Guardian

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