RDC : Pitié pour Félix Tshisekedi, la Constitution déchire sa majorité !

À défaut d’une opposition suffisamment solide pour inquiéter le pouvoir, c’est désormais la majorité présidentielle elle-même qui semble avoir décidé d’assurer le spectacle. Et dans cette nouvelle saison de la série politique congolaise, le scénario est plutôt anecdotique : pendant que le président Félix Tshisekedi tente de gouverner, ses propres alliés se livrent une guerre de leadership où chacun se proclame plus tshisekediste que l’autre.

Dernier épisode en date, ou plutôt dans la nouvelle version du même épisode : les tensions ouvertes entre le Professeur Mbata et le secrétaire général de l’UDPS Augustin Kabuya autour de la très controversée coalition C4. Une structure politique qui, officiellement, serait destinée à renforcer la majorité.

Officieusement ? À écouter certains cadres de l’Union sacrée, elle servirait surtout à compter les muscles, mesurer les ambitions et réserver les meilleures places avant les prochaines batailles politiques.

Le C4, pour Coalition des Congolais pour le Changement de la Constitution, affiche pourtant un objectif clair : soutenir le projet politique de changement ou de modification de la Constitution. Mais même parmi les partisans de cette démarche, des interrogations persistent sur la méthode, le timing et surtout le leadership chargé de porter cette initiative.

Ironie du sort : c’est précisément cette Constitution que certains veulent “déchirer” politiquement qui est aujourd’hui en train de déchirer ceux qui veulent la déchirer.

Dans les couloirs feutrés du pouvoir, le mot “cohésion” est d’ailleurs devenu une sorte de blague institutionnelle. Chacun parle d’unité pendant qu’il aiguise discrètement ses couteaux politiques derrière le dos du voisin.

Le Professeur Mbata, présenté par ses proches comme un gardien de la ligne doctrinale, regarderait avec une méfiance glaciale l’initiative portée par Kabuya. Pour ses partisans, la coalition C4 ne serait pas un outil de consolidation politique mais plutôt une machine destinée à fabriquer une nouvelle hiérarchie interne au sein de la majorité présidentielle.

Et là réside tout le paradoxe congolais : dans un pays confronté à la guerre à l’Est, à la crise sociale, aux tensions économiques et aux défis institutionnels, certains caciques de la majorité semblent avoir trouvé une priorité plus urgente : savoir qui contrôle l’ombre du pouvoir. Résultat : l’Union sacrée ressemble de plus en plus à une copropriété politique où chaque occupant revendique le droit exclusif d’utiliser l’ascenseur présidentiel.

Pendant ce temps, Félix Tshisekedi observe probablement cette agitation avec le calme forcé d’un chef de famille assistant à une dispute d’héritage… alors qu’il est encore vivant.

Car au fond, ce qui se joue actuellement n’est pas seulement une querelle d’ego : c’est une bataille de succession – ou du devenir – politique anticipée, une compétition de positionnement avant l’heure.

Dans les salons politiques de Kinshasa, certains analystes ironisent déjà : la majorité présidentielle est devenue la seule coalition au monde capable de produire davantage d’opposition interne que l’opposition officielle elle-même.

Le plus fascinant reste toutefois cette étrange invocation permanente de la Constitution. Chacun s’en réclame, chacun prétend défendre les institutions, chacun affirme être du “bon côté de l’histoire”. Mais à force d’utiliser la Constitution comme gourdin politique contre leurs propres alliés, les membres de la majorité donnent tristement l’impression que le texte fondamental du pays n’est plus un pacte républicain… mais un terrain de règlement de comptes.

Et au milieu de cette mêlée, le citoyen congolais continue de regarder ce théâtre politique avec un mélange d’amusement, de lassitude et de résignation. Car pendant que les stratèges de l’Union sacrée se disputent le contrôle du navire, une partie du pays se demande encore où va réellement le bateau.

Une chose paraît néanmoins certaine : en RDC, la majorité présidentielle n’a plus besoin d’ennemis. Elle s’occupe très bien d’elle-même.

Jonas Eugène Kota

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