Forum RDC-Canada : Julien Paluku plaide pour une relance stratégique des relations économiques entre Kinshasa et Ottawa

La République démocratique du Congo et le Canada amorcent une nouvelle phase de leur coopération économique après plusieurs décennies de faible intensité des échanges bilatéraux. Réuni à Gatineau, au Québec, le Forum international RDC-Canada a servi de cadre à un plaidoyer soutenu du ministre congolais du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, en faveur d’un partenariat économique rénové, articulé autour de l’industrialisation, des investissements structurants et de l’innovation.

Organisé conjointement par Conseil Canadien de Représentation des Communautés Congolaises et l’Ambassade de la RDC au Canada, le forum s’est tenu les 22 et 23 mai 2026 à l’Université du Québec en Outaouais. Il a réuni des représentants gouvernementaux, des membres de la diaspora congolaise, des investisseurs ainsi que plusieurs acteurs économiques canadiens.

Intervenant au cours des travaux, Julien Paluku a développé un argumentaire structuré autour de sept axes stratégiques destinés à repositionner la RDC comme destination prioritaire des investissements canadiens.

Le ministre a notamment insisté sur les réalités géostratégiques de la RDC, la nécessité de déconstruire les perceptions négatives persistantes autour du pays, les réformes engagées pour améliorer le climat des affaires ainsi que les opportunités offertes dans les secteurs des mines, de l’énergie, de l’agriculture, des infrastructures et du numérique.

Dans son exposé, le ministre du Commerce extérieur a également présenté le modèle de coopération commerciale entre la RDC et les États-Unis dans le cadre de l’African Growth and Opportunity Act comme une source d’inspiration pour bâtir un partenariat plus ambitieux avec le Canada.

Au terme de la deuxième journée du forum, les deux parties ont officiellement annoncé la mise en place d’une équipe de travail conjointe pilotée par les ministères congolais des Affaires étrangères et du Commerce extérieur. Cette « Task Force » aura pour mission de préparer une future commission mixte RDC-Canada destinée à encadrer les accords commerciaux et économiques entre les deux pays.Selon Julien Paluku, cette initiative marque la fin d’une longue période d’atonie diplomatique et commerciale entre Kinshasa et Ottawa, caractérisée par l’absence de commission mixte depuis 1986 et par des échanges commerciaux demeurés limités à quelques dizaines de millions de dollars ces dernières années.

Le ministre a rappelé que la coopération entre les deux pays avait pourtant constitué, dans les années 1980, un modèle de partenariat pragmatique, notamment dans le secteur agricole. Il a cité l’expérience des Centres d’Adaptation et de Production des Semences Améliorées (CAPSA), qui avaient contribué à la sécurité alimentaire et à l’encadrement des producteurs agricoles congolais.

Aujourd’hui, a-t-il soutenu, la RDC entend élargir cette coopération vers des secteurs stratégiques liés aux transformations économiques mondiales. Kinshasa souhaite notamment attirer les investisseurs canadiens dans les chaînes de valeur des batteries et des véhicules électriques, le développement des Zones économiques spéciales (ZES), les infrastructures logistiques ainsi que les technologies numériques. « La RDC de 2026 ne se limite plus à l’agriculture. Nous voulons bâtir une coopération tournée vers l’industrialisation, la transition énergétique et l’économie du futur », a expliqué le ministre congolais, inscrivant cette démarche dans la vision du président Félix Tshisekedi, qui fait de la diplomatie économique l’un des piliers de son action gouvernementale.

Pour les autorités congolaises, le forum de Gatineau constitue ainsi la première étape d’un processus visant à repositionner les relations RDC-Canada sur des bases économiques plus ambitieuses, après près de quarante années de « sécheresse » économico-diplomatique.

JDW

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