Éthique, étiquette, morale, pouvoir et République » : Antoine Ghonda explore Fabien Kalala et interpelle sa société

Quelques jours après avoir recadré publiquement le débat sur la dernière sortie médiatique du président Félix Tshisekedi face aux critiques de l’opposition sur la question constitutionnelle et sécuritaire, Antoine Ghonda Mangalibi revient avec une nouvelle tribune audiovisuelle au ton plus philosophique, plus introspectif et résolument moral.

Cette fois, le diplomate délaisse les controverses immédiates autour du troisième mandat, des élections ou de la guerre dans l’Est pour déplacer le débat sur un terrain plus vaste : celui de la crise de conscience des élites et du rapport entre morale, pouvoir et société.

Au cœur de sa réflexion : un ouvrage, peu connu mais chargé de sens, intitulé Éthique et étiquette : essai sur la morale, le pouvoir et la société, signé par Fabien Kalala Cimankinda.

À travers une longue méditation nourrie de récits africains, de références littéraires et de considérations éthiques, Antoine Ghonda Mangalibi pose une interrogation centrale : « Que devient une nation lorsque le prestige prend la place de la probité ? »

Le baobab silencieux et « les consciences qui s’endorment »

Comme dans sa précédente sortie, le diplomate, qui est Ambassadeur itinérant du chef de l’Etat de la RDC, choisit l’allégorie pour introduire sa réflexion.

Il raconte l’histoire d’un village africain frappé par la sécheresse, les querelles et le délitement collectif, malgré la présence d’un immense baobab autrefois consacré à la transmission de la sagesse.

« Un village ne meurt pas quand ses murs tombent », cite-t-il en reprenant les paroles du vieux sage de son récit. « Un village meurt quand ses consciences s’endorment. »

À travers cette image, Antoine Ghonda Mangalibi veut élargir son diagnostic au-delà de la seule RDC pour évoquer une crise plus profonde touchant les sociétés africaines contemporaines : celle de l’affaiblissement de la conscience morale au profit de l’apparence et du prestige.

Une réflexion née « dans une salle d’attente de l’Union africaine »

Le diplomate situe ensuite sa découverte du livre de Fabien Kalala Cimankinda. « Je suis tombé sur cet essai presque par hasard dans une salle d’attente à la Cité de l’Union africaine », raconte-t-il, évoquant « cet espace où se croisent les diplomates, les technocrates, les ministres, les hommes d’État, mais aussi les désillusions du continent ».

Ce décor diplomatique sert de point de départ à une réflexion sur le contraste entre les apparences institutionnelles et les fragilités morales des États.

Ce qui frappe immédiatement Antoine Ghonda, dit-il, c’est « la modestie de l’auteur », Kalala Cimankinda, qui « refuse presque le titre d’écrivain » et préfère se définir comme « un homme qui devient simplement auteur de ses pensées ».

Le diplomate voit dans cette posture « une humilité rare dans une époque dominée par la recherche permanente de visibilité ». Il souligne également chez Fabien Kalala Cimankinda « une sincérité intellectuelle » et « une inquiétude morale authentique », loin, selon lui, des discours fabriqués « pour séduire des savants intellectuels ou flatter les modes idéologiques du moment ».

Pour le diplomate, cette humilité donne au texte « une telle sincérité », loin des ouvrages « fabriqués pour flatter les modes idéologiques du moment ».

« L’éthique est la profondeur, l’étiquette est la façade »

Le cœur de la tribune repose sur la distinction conceptuelle entre les deux notions qui structurent l’ouvrage. « L’éthique, c’est la profondeur. L’étiquette, c’est la façade », résume Ghonda, qui précise : « L’éthique, c’est ce qui construit intérieurement un homme. L’étiquette, c’est ce que les autres voient de lui. »

Selon lui, les sociétés contemporaines — et particulièrement certaines réalités africaines — auraient progressivement inversé cette hiérarchie morale. « Nous respectons le titre avant de regarder la vertu. Nous applaudissons la fonction avant d’examiner la responsabilité. Nous célébrons parfois le protocole pendant que la morale s’effondre silencieusement », déplore-t-il.

À travers cette critique, le diplomate semble interpeller autant la classe politique que les élites administratives et sociales du continent.

La grenouille de La Fontaine comme métaphore des élites africaines

Dans l’une des séquences les plus marquantes de son intervention, l’Ambassadeur Antoine Ghonda convoque Jean de La Fontaine pour illustrer ce qu’il considère comme l’un des travers majeurs des sociétés modernes. Il cite la célèbre fable de « la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf ».

« Quelle image extraordinaire de notre époque ! », lance-t-il. « Des sociétés qui veulent donner l’apparence de la puissance sans en construire les fondations morales ! »

Le diplomate poursuit : « Des hommes qui accumulent les titres, les honneurs, les décorations, mais qui parfois oublient l’essentiel : la maîtrise de soi, le sens du devoir, la fidélité à une parole donnée. »

Derrière cette réflexion littéraire prospère soyeusement une critique plus large du rapport contemporain au pouvoir et au prestige social.

« La corruption peut être intellectuelle, spirituelle et morale »

L’intervention prend ensuite un tour plus grave. Pour Antoine Ghonda, la crise africaine ne saurait être réduite qu’à ses dimensions économiques ou institutionnelles. « La corruption n’est pas seulement financière », affirme-t-il. « Elle peut être intellectuelle, elle peut être spirituelle et elle peut être morale. »

Selon lui, cette dégradation commence souvent dans « les petites concessions silencieuses » et « les compromis acceptés par confort ou par peur ».

Le diplomate évoque alors « une crise de la conscience » que « très peu osent encore nommer ».

« Aujourd’hui, nous parlons beaucoup de développement, beaucoup d’investissements, beaucoup de croissance, beaucoup de chiffres. Mais nous parlons peu de dignité intérieure, peu de responsabilité, peu d’honneur », regrette-t-il.

Une interpellation sur la parole publique et privée

En filigrane, cette nouvelle sortie prolonge le discours qu’Antoine Ghonda Mangalibi avait déjà développé lors de sa précédente intervention consacrée à la conférence de presse présidentielle.

Lire, à ce sujet, note précédent article en cliquant sur ce lien : https://congoguardian.com/2026/05/14/felix-tshisekedi-la-constitution-les-elections-2028-antoine-ghonda-contre-attaque-sur-le-proces-du-troisieme-mandat/

Déjà, il opposait le « politicien » à « l’homme d’État », appelant les acteurs publics à davantage de responsabilité dans leurs paroles et leurs postures publiques.

Cette fois, le diplomate pousse plus loin sa réflexion sur la cohérence morale des élites. « Une société ne tombe pas seulement parce qu’elle est pauvre », affirme-t-il. « Elle tombe surtout lorsqu’elle cesse de croire à l’exigence morale. »

Dans un paysage politique congolais souvent dominé par les affrontements partisans, les controverses institutionnelles et les accusations croisées, cette tentative de déplacer le débat vers le terrain éthique apparaît comme une démarche singulière, vers une philosophie politique de la « renaissance morale ».

Une philosophie politique de la « renaissance morale »

Au-delà du livre de Fabien Kalala Cimankinda, c’est finalement une certaine vision de la renaissance africaine, et congolaise au passage, qu’esquisse le diplomate congolais.

« La grandeur d’une nation ne dépend pas seulement de ses richesses naturelles ou de ses institutions visibles », soutient-il avant de conseiller : « Elle dépend aussi de la qualité morale de ses citoyens, de ses élites et de ses consciences. »

Puis cette conclusion, à la fois sobre et sévère : « Peut-être que la véritable renaissance africaine commencera le jour où nous cesserons de vouloir paraître plus grands que nous sommes pour devenir enfin pleinement responsables de ce que nous devons être. »

Dans une RDC traversée par les tensions politiques, les débats constitutionnels et les fractures sécuritaires, cette nouvelle tribune d’Antoine Ghonda Mangalibi marque une tentative rare : replacer le débat public non plus seulement sur le terrain du pouvoir, mais sur celui de la conscience.

Jonas Eugène Kota

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