La République démocratique du Congo et le Rwanda se dirigent vers une nouvelle bataille diplomatique, cette fois autour de la direction de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), alors que les tensions sécuritaires persistent dans l’Est congolais. Les deux pays présentent des candidatures rivales pour le poste stratégique de secrétaire général de l’organisation.
Ce vendredi 15 mai marquait la date limite de dépôt des candidatures pour la succession à la tête de l’OIF, une organisation qui rassemble plus de 320 millions de francophones à travers le monde ainsi que 90 États et gouvernements membres.
Cette compétition diplomatique intervient dans un climat régional particulièrement tendu, marqué par les affrontements persistants entre les Forces armées de la RDC et les rebelles de l’AFC/M23, soutenus par Kigali. Les insurgés contrôlent notamment les villes de Goma et Bukavu depuis le début de l’année 2025. Le Rwanda continue cependant de nier toute implication militaire directe, malgré les accusations formulées par la RDC, plusieurs puissances occidentales et des experts des Nations unies.
Les différentes médiations entreprises par les États-Unis, le Qatar et l’Union africaine n’ont jusqu’ici pas permis de mettre fin aux combats dans l’Est du Congo.
Une bataille symbolique et stratégique
Au-delà de sa dimension culturelle, le poste de secrétaire général de l’OIF revêt une forte portée diplomatique. L’organisation intervient notamment dans les domaines de l’éducation, des politiques culturelles, des droits humains et de la coopération économique.
La secrétaire générale sortante, Louise Mushikiwabo, brigue un troisième mandat. Élue une première fois en 2018 avec le soutien de la France, puis reconduite en 2022, elle défend un bilan axé sur la modernisation et le renforcement institutionnel de l’organisation.
Face à elle, Kinshasa a choisi de soutenir Juliana Lumumba, dont la candidature avait été annoncée fin février. Figure politique et culturelle connue en RDC, elle est également la fille du héros de l’indépendance congolaise et premier Premier ministre du pays, Patrice Lumumba.
Deux autres personnalités sont également en lice : Coumba Ba et Dacian Cioloș.
Kinshasa mise sur le poids démographique du Congo francophone
La RDC entend capitaliser sur son statut de plus grand pays francophone au monde. Avec près de 100 millions d’habitants, le pays représente aujourd’hui un poids démographique majeur dans l’espace francophone.
La candidature de Juliana Lumumba bénéficie d’un important appui diplomatique de Kinshasa. La candidate a récemment effectué plusieurs déplacements dans différents pays africains ainsi qu’au Canada, deuxième contributeur financier de l’OIF.
Le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, a affirmé que la RDC abordait cette élection « dans un esprit positif et constructif », mettant en avant l’importance croissante de l’Afrique francophone sur les plans démographique et culturel.
« Pour nous, cette élection ne concerne pas une rivalité entre États ou des tensions bilatérales », a déclaré Patrick Muyaya, estimant que l’OIF devait dépasser « les différends politiques de court terme ».
Kigali appelle à préserver l’OIF des tensions politiques
De son côté, Kigali défend une candidature placée sous le signe de la continuité institutionnelle. Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a déclaré que la candidature de Louise Mushikiwabo reposait sur « son bilan dans le renforcement et la modernisation de l’OIF ».
« Les tensions qui peuvent exister entre les pays ne devraient pas être exportées dans une organisation qui ne traite pas de ces questions », a-t-il soutenu.
Alors que la Francophonie s’apprête à choisir sa prochaine direction, cette élection pourrait ainsi devenir un nouveau terrain d’expression des rivalités géopolitiques qui traversent la région des Grands Lacs.
Albert Osako

