La République démocratique du Congo et l’Union européenne poursuivent leur rapprochement autour du Corridor de Lobito, vaste projet d’infrastructures appelé à redessiner les routes commerciales et minières d’Afrique centrale. Reçu à Bruxelles par le commissaire européen aux Partenariats internationaux, Jozef Síkela, le vice-Premier ministre congolais chargé de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a discuté des investissements européens destinés à soutenir le corridor ainsi que du partenariat stratégique autour des minerais critiques.
Dans un message publié à l’issue de la rencontre, Jozef Síkela a présenté le projet comme « une opportunité majeure pour des dizaines de milliers de personnes », insistant sur la création d’emplois et de valeur locale le long de cet axe reliant l’Angola, la RDC et la Zambie.
Au cœur des discussions figurait le Corridor de Lobito, infrastructure ferroviaire et logistique destinée à relier le port angolais de Lobito aux régions minières du sud de la RDC et de la Copperbelt zambienne.
Soutenu par l’Union européenne dans le cadre de la stratégie Global Gateway, le projet est devenu l’un des principaux chantiers géoéconomiques occidentaux sur le continent africain.
Pour Bruxelles, l’enjeu dépasse largement les infrastructures de transport. Il s’agit également de sécuriser l’accès européen aux minerais stratégiques — cobalt, cuivre, lithium ou manganèse — indispensables à la transition énergétique mondiale, aux batteries électriques et aux technologies numériques.
La RDC, premier producteur mondial de cobalt, occupe dès lors une place centrale dans cette nouvelle diplomatie des matières premières. Les Européens cherchent désormais à renforcer leurs partenariats avec Kinshasa afin de réduire leur dépendance vis-à-vis des chaînes d’approvisionnement dominées par la Chine.
De son côté, le gouvernement congolais tente d’imposer une autre lecture du projet. Daniel Mukoko Samba défend depuis plusieurs mois une approche fondée sur la transformation locale des ressources et la création de chaînes de valeur industrielles en RDC.
Kinshasa souhaite éviter que le Corridor de Lobito ne se limite à une simple voie d’exportation minière vers les marchés occidentaux.
Selon plusieurs documents officiels européens et congolais, les investissements envisagés concernent non seulement les infrastructures ferroviaires, mais également les plateformes logistiques, l’énergie, les projets agricoles, la formation technique, et les industries de transformation liées aux minerais critiques.
Cette rencontre intervient dans un contexte de compétition internationale croissante autour des ressources stratégiques africaines. Washington soutient également le Corridor de Lobito, considéré comme un levier clé du partenariat économique américano-congolais conclu ces derniers mois.
Pour la RDC, l’objectif est double : attirer des investissements structurants tout en obtenant davantage de retombées locales en matière d’industrialisation, d’emplois et de transfert de technologies.
Pour l’Union européenne, le corridor constitue l’un des projets emblématiques de sa stratégie Global Gateway, conçue comme une alternative occidentale aux Nouvelles Routes de la soie chinoises.
À Bruxelles, la rencontre entre Daniel Mukoko Samba et Jozef Síkela confirme ainsi l’intensification des relations économiques entre Kinshasa et l’Union européenne, dans un moment où la bataille mondiale pour les minerais critiques redéfinit progressivement les équilibres géopolitiques en Afrique centrale.
JEK

