À l’heure où les États africains cherchent à reprendre le contrôle de leurs ressources stratégiques et à renforcer les intégrations régionales, la République démocratique du Congo et la Tanzanie affichent leur volonté d’accélérer leur rapprochement énergétique. Réunis jeudi 7 mai à Dodoma, les responsables des deux pays ont esquissé les contours d’une coopération appelée à dépasser le simple cadre diplomatique pour toucher à des enjeux économiques, pétroliers et budgétaires majeurs.
La délégation congolaise, conduite par la ministre d’État en charge des Hydrocarbures, Acacia Bandubola Mbongo, a rencontré son homologue tanzanien, Deogratius Ndejembi, dans un contexte marqué par la montée des besoins énergétiques dans la région des Grands Lacs et la nécessité, pour les deux États, de transformer leurs ressources naturelles en leviers de croissance.

Au centre des échanges : l’approfondissement du partenariat énergétique entre Kinshasa et Dodoma, aussi bien dans l’expertise technique que dans l’exploitation pétrolière.
Les deux gouvernements entendent moderniser leurs infrastructures, harmoniser leurs mécanismes de gestion et renforcer la coopération sur toute la chaîne des hydrocarbures, de l’amont à l’aval pétrolier.
Le lac Tanganyika, nouvel espace stratégique partagé
L’un des dossiers les plus sensibles abordés lors de cette rencontre concerne l’exploitation du Lac Tanganyika, vaste espace frontalier aux importantes perspectives pétrolières. Pour Kinshasa comme pour Dodoma, ce bassin représente un potentiel énergétique considérable, mais aussi un défi de gouvernance commune.
Les deux pays souhaitent désormais coordonner davantage leurs politiques d’exploitation afin d’éviter les tensions liées aux ressources transfrontalières et de bâtir un modèle de gestion concertée.
Pour Acacia Bandubola Mbongo, cette dynamique s’inscrit dans le prolongement des relations politiques jugées excellentes entre les présidents congolais et tanzanien. « Nos deux Chefs d’État entretiennent de très bonnes relations. C’est ce socle qui doit nous permettre de consolider notre relation de fraternité et de coopération, que ce soit en amont ou en aval pétrolier. Il est crucial que nos deux États sortent gagnant-gagnant de cette exploitation commune », a déclaré la ministre congolaise.
La lutte contre la fraude pétrolière au cœur des priorités
Mais au-delà des ambitions géostratégiques, les discussions ont également mis en lumière une urgence budgétaire pour la RDC : celle de la fraude sur les produits pétroliers en transit.
Selon les autorités congolaises, les pertes liées aux circuits illicites atteindraient près de 800 millions de dollars par an, un manque à gagner colossal pour les finances publiques d’un pays confronté à d’importants besoins en infrastructures et en services sociaux.
Face à cette situation, Kinshasa et Dodoma veulent mettre en place des mécanismes de contrôle plus stricts afin de sécuriser les flux pétroliers et améliorer la traçabilité des produits transitant entre les deux pays.
L’objectif affiché par les deux ministres est de récupérer ces ressources perdues pour les réinjecter dans des projets de développement capables d’avoir un impact tangible sur les populations.
Dans cette perspective, la coopération énergétique entre la RDC et la Tanzanie apparaît désormais comme bien plus qu’un partenariat sectoriel. Elle s’affirme comme un instrument de souveraineté économique, de stabilité régionale et de consolidation des finances publiques dans une région où les ressources naturelles demeurent au cœur des rapports de puissance.
JEK

