Fonds FRIVAO : le DG Chancard Bolukola confirme un décaissement de 1,6 million en faveur de DIVO sur instruction verbale de Constant Mutamba

L’affaire FRIVAO prend un tournant spectaculaire. Ce vendredi 24 avril, devant la juridiction saisie du dossier du présumé détournement de fonds au sein du Fonds de réparation des victimes des activités illicites de l’Ouganda, l’ancien directeur général du FRIVAO, Chançard Bolukola, a livré une déclaration aux conséquences potentiellement explosives.

À la barre, l’ancien gestionnaire, aujourd’hui en détention, a affirmé que le décaissement controversé en faveur de la société DIVO avait été effectué sur instruction verbale de l’ancien ministre de la Justice, Constant Mutamba.

Selon Chançard Bolukola, l’ordre portait sur le paiement d’une somme de 1,6 million de dollars au profit de DIVO pour la production d’un film consacré à la guerre de six jours à Kisangani. Une opération qui, d’après ses déclarations, aurait été exécutée en dehors des procédures légales encadrant les marchés publics, sans avis de non-objection ni autorisation spéciale préalable.

L’audience de ce vendredi rebat considérablement les cartes. Car après les dénonciations formulées début avril par le ministre d’État en charge de la Justice, Guillaume Ngefa, sur ce qu’il avait qualifié de décaissement exorbitant, l’affaire avait déclenché une vive polémique dans l’opinion. Dans la foulée, le directeur général de DIVO, Déo Kasongo, avait choisi de contre-attaquer en annonçant une action en justice pour diffamation contre les auteurs de ces accusations.

Mais les déclarations de Chançard Bolukola viennent désormais déplacer le centre de gravité du dossier, en faisant remonter la chaîne des responsabilités jusqu’au sommet de l’ancien appareil décisionnel.

Le ministère public n’a pas tardé à réagir. À la suite de ces affirmations, il a sollicité la comparution de Constant Mutamba afin qu’il s’explique sur les accusations portées à son encontre. Une initiative qui pourrait considérablement élargir le périmètre de l’instruction et redéfinir les responsabilités dans ce dossier aux ramifications politiques et institutionnelles majeures.

Le 8 avril dernier, à Kisangani, Guillaume Ngefa avait déclaré devant les victimes du FRIVAO que cette somme avait été engagée pour la réalisation d’un film de seulement six minutes sur la guerre de six jours. Une révélation qui avait suscité l’indignation.

Depuis sa cellule, Chançard Bolukola avait vivement contesté cette version dans une lettre ouverte datée du 19 avril. Selon lui, le contrat conclu avec DIVO s’élevait en réalité à 640 000 dollars hors taxes, pour un documentaire d’une durée de 1 heure et 14 minutes. Il dénonçait alors des informations « biaisées » et destinées, selon ses termes, à lui nuire.

Au-delà de la bataille des chiffres, cette affaire met en lumière les failles profondes dans la gouvernance du FRIVAO, un mécanisme crucial destiné à réparer les préjudices subis par les victimes des activités illicites de l’Ouganda en RDC. Face aux nombreuses irrégularités relevées, notamment dans les procédures de décaissement et dans l’identification des bénéficiaires, le gouvernement a déjà suspendu le processus d’indemnisation afin d’en renforcer la transparence.

Cette suspension n’est pas anodine. Sur les 194 millions de dollars mobilisés pour le fonds, près de 28 millions avaient déjà été décaissés avant l’arrêt des opérations. Des anomalies significatives ont également été relevées dans les listes des bénéficiaires, alimentant les inquiétudes quant à la crédibilité du mécanisme.

Ce qui se joue désormais dépasse largement le seul cas du contrat DIVO. C’est la question de la gestion des fonds publics, de la redevabilité des décideurs et de la protection des droits des victimes qui se trouve au centre de ce procès. L’audience de ce vendredi marque ainsi un tournant décisif : d’un dossier de gestion contestée, l’affaire FRIVAO pourrait bien évoluer en une vaste séquence de clarification politique et judiciaire.

JDW

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