Le débat sur les violences visant les Banyamulenge, communauté tutsie congolaise établie dans le Sud-Kivu, précisément dans le territoire d’Uvira, prend un tournant tranché. En conférence de presse tenue en Belgique, Muhamiriza Jean Scohier a livré un message sans ambiguïté : « Ce n’est pas le président Félix Tshisekedi qui tue les Banyamulenge, c’est le Rwanda ».
Devant un auditoire composé notamment de membres de la diaspora congolaise, le responsable communautaire a déroulé une lecture historique des violences qui frappent cette population du Sud-Kivu. Selon lui, « depuis 1996, une stratégie d’extermination progressive » viserait les Banyamulenge, dans un contexte régional marqué par des conflits récurrents à l’est de la République démocratique du Congo.

1996–2002 : premières tensions et refus d’un “transfert”
Dans son intervention, Muhamiriza Jean Scohier évoque un moment charnière en 2002, lorsqu’une tentative de déplacement forcé des Banyamulenge vers le Rwanda aurait été envisagée. Une initiative à laquelle se serait opposé le général Masunzu, présenté comme ayant « combattu pour empêcher ce transfert ».
Cet épisode, selon lui, illustre déjà des pressions extérieures visant à redéfinir la présence de cette communauté sur le territoire congolais.
2017 : Minembwe, théâtre d’attaques meurtrières
Le président des Banyamulenge à Kinshasa pointe également l’année 2017 comme un tournant dramatique. Il accuse le Rwanda d’avoir soutenu l’envoi de la milice Red Tabara dans la région de Minembwe. Résultat, selon ses déclarations : « des centaines de morts, des villages incendiés, et plus de 500 000 têtes de bétail emportées ».
Ces accusations, qui restent à vérifier de manière indépendante, s’inscrivent néanmoins dans un climat de violence chronique dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, où plusieurs groupes armés locaux et étrangers s’affrontent depuis des années.
2018 : retour des réfugiés et nouvelles violences
Autre épisode évoqué : 2018, lorsque des réfugiés banyamulenge tentant de regagner la RDC auraient été pris pour cible par les Forces de défense rwandaises (RDF). Le bilan avancé fait état de 21 morts et de plusieurs arrestations.
Ces affirmations viennent alimenter les tensions diplomatiques déjà vives entre Kinshasa et Kigali, régulièrement accusé par les autorités congolaises de soutenir des groupes armés opérant à l’est du pays.
Un appel à l’unité nationale
Au-delà des accusations, Muhamiriza Jean Scohier a conclu son intervention sur une note politique forte : « La crise dure depuis plus de 30 ans. Sa résolution passe par l’unité des Congolais ». Un appel qui vise à recentrer le débat sur la cohésion nationale, dans un contexte où les questions identitaires restent particulièrement sensibles.
JDW

