RDC – Révision constitutionnelle : Funambules, les forces alliées à l’UDPS soufflent le chaud et le froid

À Kinshasa, le débat sur la révision constitutionnelle ressemble de plus en plus à un feu de brousse politique : certains tentent de l’éteindre, d’autres jurent qu’il n’existe pas… tandis que quelques acteurs bien placés soufflent discrètement sur les braises. Dernier épisode en date : la sortie remarquée des Forces politiques alliées à l’UDPS/Tshisekedi.

Dans une déclaration signée par leur coordonnateur général, Elysé Bokumwana Maposo, ces alliés du parti présidentiel appellent à recentrer les priorités nationales sur « la récupération de l’intégrité territoriale » face à l’agression rwandaise.

Un rappel qui, en apparence, sonne comme une exhortation patriotique. Mais derrière la rhétorique martiale, la lecture attentive du texte laisse entrevoir un positionnement politique plus subtil — et peut-être plus calculé.

Un message à double détente

Le document rappelle d’abord le souhait exprimé par le chef de l’État de voir mise en place une commission de Congolais « issus de plusieurs disciplines » chargée de réfléchir à une éventuelle révision de la Constitution. Une initiative évoquée en novembre 2024 à Lubumbashi.

Les forces alliées disent y avoir adhéré « dès la première heure », tout en appelant aujourd’hui à concentrer les débats sur la reconquête de l’Est du pays. Autrement dit : la révision constitutionnelle n’est pas rejetée… mais elle n’est pas non plus revendiquée frontalement.

Une posture qui rappelle étrangement la ligne brièvement adoptée par Bahati Lukwebo : afficher des réserves publiques sur la réforme constitutionnelle avant de rentrer dans le rang au moment où les équilibres politiques l’exigent.

Entre les ultras favorables à la révision et ceux qui préfèrent ne pas ouvrir la boîte de Pandore institutionnelle, les forces alliées à l’UDPS semblent ainsi choisir une troisième voie : ne pas éteindre le débat… mais éviter d’en assumer le leadership.

L’art de déplacer le débat

Dans leur déclaration, les alliés du parti présidentiel dénoncent le « silence radio » de certains sociétaires de l’Union sacrée face à plusieurs événements majeurs : chute de Goma, situation à Bukavu et Uvira, accords de Washington ou encore sanctions internationales visant le Rwanda.

Le texte appelle également à soutenir les Forces armées de la RDC ainsi que les combattants Wazalendo engagés sur le terrain.

Une rhétorique patriotique difficilement contestable, mais qui permet aussi de déplacer l’attention : parler de la guerre pour calmer la tempête constitutionnelle.

Car dans les couloirs de la majorité, la question reste explosive. La révision constitutionnelle divise, irrite et inquiète — parfois au sein même du camp présidentiel.

Une majorité qui parle avec plusieurs voix

En filigrane, la déclaration met aussi en cause certains acteurs de l’Union sacrée accusés de cultiver la polémique pour des « intérêts égoïstes et personnels ». Un tir qui semble viser ceux qui ont exprimé publiquement leurs réticences face à toute modification de la loi fondamentale.

Mais en politique congolaise, les lignes sont rarement figées. Les opposants d’hier deviennent souvent les prudents d’aujourd’hui… et les prudents d’aujourd’hui peuvent redevenir enthousiastes demain.

Dans ce jeu d’équilibrisme, les forces alliées à l’UDPS apparaissent comme des funambules : elles soutiennent l’idée d’une réflexion constitutionnelle, tout en plaidant pour d’autres priorités immédiates.

Le débat n’a pas livré tous ses secrets

Une chose est certaine : au sein de l’Union sacrée de la Nation, la question de la révision constitutionnelle continue de travailler les esprits. Entre les partisans d’une réforme assumée, les opposants prudents et ceux qui préfèrent temporiser en invoquant les urgences sécuritaires, la majorité présidentielle donne l’image d’un orchestre où chacun joue sa partition.

Reste à savoir si la symphonie finira par produire une révision constitutionnelle… ou simplement un long prélude politique.

Car à Kinshasa, lorsque les braises sont encore chaudes, il suffit parfois d’un léger souffle pour raviver l’incendie. Et dans ce dossier, visiblement, certains ne manquent pas d’air.

JEK

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