La tempête politique aura été plus forte que prévu pour Modeste Bahati Lukwebo. Pris dans une violente controverse autour de la question sensible de la révision constitutionnelle, le deuxième vice-président du Sénat a finalement choisi la voie de la contrition.
Acculé par une fronde parlementaire et un désaveu jusque dans ses propres rangs politiques, il a adressé un message WhatsApp à ses collègues sénateurs pour tenter d’éteindre l’incendie… et présenter ses excuses.
La semaine dernière, en effet, Modeste Bahati Lukwebo avait publiquement pris position contre l’idée d’une révision constitutionnelle qui viserait à ouvrir la voie à un éventuel troisième mandat pour le président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo.
Se réclamant « républicain », il avait expliqué que cette position valait autant pour lui que pour le chef de l’État, laissant entendre qu’une telle initiative ne serait ni opportune ni conforme à l’esprit démocratique.
Un discours qui a immédiatement fait grincer des dents dans la majorité présidentielle où l’idée d’une modification constitutionnelle est de plus en plus évoquée par certains cadres de la coalition, qui soutiennent que le président Tshisekedi n’est pas simplement porteur d’un mandat électoral mais d’une mission historique : mettre fin à la guerre qui déchire l’Est du pays.
Dans ce contexte, toute réserve sur la question constitutionnelle est vite perçue comme une dissidence politique.
Désavoué jusque dans sa propre famille politique
La réaction ne s’est pas fait attendre. Au sein même de sa plateforme politique, l’AFDC-A, le groupe parlementaire a publié une déclaration publique de désaveu et de désolidarisation, prenant clairement ses distances avec les propos de son autorité morale.
Au Sénat, la riposte a été encore plus brutale. Plusieurs sénateurs ont initié une pétition visant la déchéance de Bahati Lukwebo du bureau de la Chambre haute, signe que l’affaire dépassait désormais le simple malentendu politique.
Face à cette fronde grandissante, le deuxième vice-président du Sénat a rapidement compris que la tempête pouvait lui coûter son fauteuil.
Le message de la retraite
C’est dans ce climat électrique que Modeste Bahati Lukwebo a choisi de battre en retraite en adressant un message WhatsApp à ses collègues sénateurs. Dans ce texte, il tente de replacer ses propos dans leur contexte avant de présenter des excuses pour ce qu’il qualifie d’« incompréhension ».
Dans son message, il écrit notamment :
« Bonjour chers collègues Sénateurs,
J’ai organisé en date du 04 mars 2026 une conférence de presse qui portait sur les trois points (3) ci-après :
– Dénonciation d’une cabale montée par les officines en complicité avec le Directeur Général de la société BRALIMA et le cabinet d’avocats LIEDEKERKE concernant l’acquisition de la succursale de Bralima Bukavu auprès de la société hollandaise HEINEKEN ;
– Soutien à l’accord de Washington et autres initiatives de paix en cours en saluant la haute diplomatie du Président de la République SE Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo ;
– Cessez-le-feu et le risque de balkanisation de notre pays la RDC en insistant sur l’application de la résolution 2773 des Nations Unies. »
Il poursuit en expliquant que la polémique serait née d’une réponse donnée à une question hors sujet d’un journaliste :
« En réponse à une question hors sujet par un journaliste, ma réponse a été mal comprise lorsque je disais qu’il faut d’abord changer de mentalités avant de changer la Constitution et donc le problème des textes ne se pose pas mais c’est plutôt un problème d’application par les hommes. »
Puis vient la clarification, qui ressemble à un rétropédalage politique : « Nulle part, il est sorti de ma bouche que je m’opposais à la modification de la Constitution. J’avais plutôt suggéré qu’on en débatte dans le cadre de l’Union Sacrée de la Nation. Certains se sont accrochés à quelques passages, les sortant de leur contexte. »
Avant de conclure par des excuses et une déclaration de loyauté : « Pour cette incompréhension, je présente mes excuses et réaffirme ma loyauté au Chef de l’État SE Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo et mon engagement au sein de l’Union Sacrée de la Nation. »
Une crise révélatrice des tensions autour de la Constitution
Au-delà du cas personnel de Modeste Bahati Lukwebo, cet épisode révèle la sensibilité extrême du débat sur la révision constitutionnelle au sein de la majorité au pouvoir. Dans une coalition où la discipline politique est devenue une question de survie, la moindre dissonance peut rapidement se transformer en procès politique.
Et dans ce climat, la séquence Bahati Lukwebo ressemble à une leçon de realpolitik : à Kinshasa, il arrive que les convictions s’expriment à voix haute… mais que les excuses s’écrivent en privé, sur WhatsApp.
Dibenga Wotsho

