Désordre et antivaleurs dans nos aéroports : La RVA se réveille après les dénonciations de l’Ambassadeur japonais

Il aura donc fallu un diplomate étranger pour rappeler à la République une évidence : un aéroport n’est pas un marché improvisé, encore moins un labyrinthe de contrôles où les « services » se murmurent à voix basse.

Quelques jours après les critiques publiques de l’Ambassadeur du Japon sur les pratiques douteuses dans les aéroports congolais, la Régie des Voies Aériennes a finalement dégainé une note circulaire au ton ferme. Dans ce document officiel signé le 4 mars à Kinshasa par son Directeur général, Louis Blaise Londole Lokoy, l’établissement public tente de remettre un peu d’ordre dans un univers où les pratiques informelles semblent parfois aussi enracinées que les pistes d’atterrissage.

Le titre même du document donne le ton : « Interdiction formelle de toute remise ou sollicitation d’argent dans les aéroports ». Une interdiction qui ressemble à un rappel à l’évidence…

Dans sa note, la RVA rappelle d’abord aux passagers ce qui devrait normalement aller de soi :« Il est strictement interdit à tout passager de donner, remettre ou promettre de l’argent à un agent, quel que soit son service. »

La circulaire précise également qu’aucun paiement ne doit être effectué pour des services relevant du circuit normal des voyageurs : « De verser de l’argent en contrepartie d’une assistance relative au transport ou à la manutention des bagages, aux formalités d’enregistrement ou aux formalités d’embarquement. »

En clair : payer pour que son bagage avance ou que son passeport soit regardé plus vite n’est pas une formalité administrative. C’est une anomalie.

La RVA insiste d’ailleurs :« Aucun paiement en espèces ne peut être exigé ou accepté en dehors des redevances officiellement établies et perçues par les canaux autorisés. » Une phrase qui, dans certains halls d’aéroport, pourrait presque passer pour une innovation réglementaire.

Les agents également visés

La circulaire ne s’arrête pas aux voyageurs. Les agents aéroportuaires et services connexes sont eux aussi directement interpellés.

Le document stipule clairement qu’il est interdit de « solliciter, exiger ou accepter de l’argent ou tout autre avantage en nature auprès d’un passager; conditionner la prestation d’un service à un paiement non prévu par la réglementation en vigueur, exercer toute pression ou intimidation en vue d’obtenir une rémunération illicite. »

La RVA prévient que tout manquement exposera son auteur à des sanctions disciplinaires sévères, sans exclure d’éventuelles poursuites administratives ou judiciaires. Autrement dit, ce qui se murmurait jusque-là dans les couloirs pourrait désormais se régler dans les bureaux disciplinaires.

Difficile cependant de ne pas noter la chronologie des événements.

Quelques jours plus tôt, l’Ambassadeur japonais avait publiquement décrit les pratiques observées notamment à l’aéroport de Lubumbashi : multiplication des contrôles, demandes d’argent murmurées et tentatives d’extorsion liées à la fameuse « carte jaune » de vaccination. Le diplomate avait aussi dénoncé des « demandes d’argent dont on ne sait pas si ce sont des frais d’un traitement spécial pour accélérer la procédure ou des pots-de-vin ».

Un témoignage rare, car les ambassadeurs préfèrent généralement la diplomatie discrète aux critiques publiques.

Quand la diplomatie devient miroir

Lorsqu’un ambassadeur sort de sa réserve pour s’exprimer sur ce genre de situations qui touchent au management le plus élémentaire, c’est l’image même du pays qui est mise en cause. Ceci est d’autant plus interpellateur que ces critiques proviennent du représentant d’un pays qui contribue activement à la modernisation des infrastructures de transport et de la logistique en République démocratique du Congo.

Et ce ne sont pas ses propos qu’il faut blâmer. Car au fond, la circulaire de la RVA ne fait que confirmer indirectement l’existence d’un problème que des milliers de voyageurs connaissent déjà.

Mais entre circulaires et réalité, …

Reste maintenant la question la plus délicate : les circulaires ont-elles un effet au-delà du papier ? Car dans les aéroports congolais, les règlements existent souvent en abondance. Ce qui manque toujours, c’est leur application entre le hall d’arrivée et la porte d’embarquement.

La RVA affirme certes vouloir « garantir un service public aéroportuaire intègre, professionnel et respectueux des droits des usagers ». Une promesse qui, si elle est tenue, pourrait transformer l’expérience du voyageur congolais — et surtout éviter que les visiteurs étrangers découvrent la RDC d’abord par le prisme des antivaleurs.

Il va, cependant, rester que ces intentions, qui n’en sont pas à la première expression, se traduisent par des actes concrets, notamment l’installation des dispositifs appropriés pour le suivi et la surveillance, tels que les caméras de surveillance. Des équipements qui manquent à nos aéroports pourtant portes sensibles de la République.

JEK

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