Des charniers à Uvira et ses environs : un carnage de la coalition RDF-M23 révélé

Le silence laissé par le retrait des combattants a parlé. Et ce qu’il a révélé glace le sang.

À la suite du départ des éléments de l’AFC/M23 et de l’armée rwandaise, fin janvier 2026, les autorités congolaises revenues à Uvira après deux mois d’absence ont mis au jour ce qu’elles qualifient déjà de « scènes d’horreur ».

Deux fosses communes ont été découvertes dans la ville, ont annoncé officiellement les responsables provinciaux le 26 février 2026.

Selon des sources locales et des rapports médiatiques concordants, près de 170 corps auraient été exhumés ou identifiés dans ces charniers.

Une ville sous occupation, puis sous le choc

La stratégique cité d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu, était tombée le 10 décembre 2025 sous le contrôle de l’AFC/M23, appuyée par des éléments de l’armée rwandaise selon Kinshasa. Pendant plus d’un mois, la ville a vécu au rythme des patrouilles armées, des couvre-feux improvisés et d’une peur diffuse.

Sous pression diplomatique — notamment des États-Unis — le groupe armé avait entamé un retrait graduel en décembre, avant un désengagement total effectif le 17 janvier 2026.

Mais le départ des hommes en armes n’a pas dissipé l’ombre qu’ils ont laissée derrière eux. Lorsque les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont repris le contrôle total de la ville à la mi-janvier, l’ampleur des exactions n’était pas encore visible. Ce n’est qu’avec le retour officiel des autorités civiles et militaires, fin février, que la vérité a commencé à émerger.

Deux fosses communes, près de 170 corps

Le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi, a confirmé le 26 février la découverte de deux sites d’inhumation clandestine dans la ville d’Uvira. Le maire de la ville affirme, pour sa part, avoir été alerté par des habitants après le retour des institutions.

Les premières fouilles ont permis de localiser des restes humains dans les quartiers de Kilomoni (Kavimvira) — à proximité d’une ancienne base militaire occupée par l’AFC/M23 — et à Kiromoni, identifié comme premier site par le gouverneur.

La Agence Congolaise de Presse (ACP) a rapporté la tenue, le 25 février, d’un conseil de sécurité élargi à Uvira afin d’évaluer la situation humanitaire et sécuritaire après l’occupation. Les autorités provinciales pointent directement la responsabilité de la coalition RDF-M23 dans ces exactions.

Chasses à l’homme” et climat d’effroi

Entre le départ du M23 et l’entrée effective des forces loyalistes, des habitants décrivent une période chaotique. Des « chasses à l’homme », des actes de vandalisme et des règlements de comptes auraient marqué ces journées de vide sécuritaire.

Dans certains quartiers, des familles affirment avoir signalé des disparitions dès décembre alors que la ville se trouvait encore sous occupation. D’autres disent avoir vécu terrées chez elles, redoutant des perquisitions nocturnes et des arrestations arbitraires.

Les fosses communes découvertes fin février viennent donner un visage à ces absences.

Les autorités congolaises locales affirment vouloir accélérer la sécurisation de la zone pour protéger les civils et prévenir toute résurgence armée. Des enquêtes judiciaires sont annoncées, tandis que des organisations locales réclament l’ouverture d’investigations indépendantes.

À Uvira, cependant, la priorité reste l’identification des victimes et la dignité des sépultures. En attendant, dans les collines surplombant le lac Tanganyika, le vent continue de souffler comme si de rien n’était. Mais sous la terre retournée, la mémoire du passage de la coalition RDF-M23 demeure, brutale et indélébile.

Congo Guardian

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