La République démocratique du Congo a officiellement annoncé, vendredi 13 février, son adhésion au principe d’un cessez-le-feu dans le cadre d’une initiative portée par le président angolais João Lourenço. Dans un communiqué publié à Kinshasa, la présidence de la République a, en effet, fait savoir que le Président de la République « prend acte de l’initiative » de Luanda et « salue les efforts constants de l’Angola en faveur d’un retour durable à la paix et à la stabilité dans la région des Grands Lacs ».
Cette annonce intervient dans le contexte des initiatives de Luanda visant l’établissement d’un cadre propice aux consultations en vue d’un dialogue intercongolais inclusif, conformément au mandat ad hoc confié au président angolais par la facilitation africaine conduite par le Togo. La présence du chef de l’État togolais Faure Gnassingbé en Angola, au moment où la mesure était arrêtée, apporte ainsi une caution africaine à un processus dont la légitimité avait été contestée par certains acteurs armés.
Dans son communiqué officiel, Kinshasa précise que « Son Excellence Monsieur le Président de la République a accepté le principe d’un cessez-le-feu, dans un esprit de responsabilité, d’apaisement et de recherche d’une solution pacifique au conflit ». La trêve doit entrer en vigueur le 18 février à midi.
Le texte rappelle que ce cessez-le-feu « s’inscrit dans le cadre du mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu signé le 14 octobre 2025 à Doha », un dispositif destiné à garantir « une cessation effective, contrôlée et durable des hostilités ». Le mécanisme prévoit notamment « un gel strict et immédiat des positions », « l’arrêt de tout renforcement militaire », « la cessation de toute rotation ou approvisionnement offensif » ainsi que « l’interdiction de toute tentative de modification du statu quo sur le terrain ».
Le communiqué insiste également sur « la fin de tout appui extérieur aux groupes armés opérant sur le territoire national » et sur « la protection effective des populations civiles et le respect du droit international humanitaire ».
Kinshasa met en garde : « toute consolidation unilatérale des positions militaires ou toute action visant à altérer l’équilibre sur le terrain pendant la période de cessez-le-feu compromettrait gravement la crédibilité du processus ».
Réserves de l’AFC/M23
Face à cette acceptation officielle, l’Alliance Fleuve Congo/M23 adopte toutefois une position nettement plus prudente. Dans une déclaration de Corneille Nangaa, la rébellion dit n’avoir pas été « officiellement saisie » par la médiation angolaise et considère que toute initiative menée sans sa participation directe « ne l’engage pas ».
Le mouvement voit dans la démarche angolaise « une stratégie de fragmentation » visant à l’isoler diplomatiquement et accuse Kinshasa d’avoir violé des cessez-le-feu antérieurs.
Plutôt que la nouvelle proposition de Luanda, l’AFC/M23 affirme rester attachée au cadre de Doha signé fin 2025 et aux mécanismes de vérification associés.
Une trêve encore incertaine
Au 15 février, la situation demeure donc contrastée : Kinshasa confirme l’entrée en vigueur de la trêve le 18 février, tandis que l’AFC/M23 n’a pas donné de garantie formelle d’arrêt des hostilités. De son côté, la mission de l’ONU se prépare à déployer des observateurs, notamment vers Uvira, afin de surveiller l’application du cessez-le-feu. Sa cheffe par intérim, Vivian Van de Pierre, a atterrit jeudi dernier à l’aéroport international de Goma, fermée depuis la prise de cette ville par la coalition M23/RDF, pour préparer ce déploiement.
Cette divergence de positions fait planer une incertitude majeure sur l’effectivité de la trêve. Malgré l’appui africain apporté au processus de Luanda, la réussite du cessez-le-feu dépendra désormais de l’adhésion concrète des acteurs armés, condition préalable à l’ouverture du dialogue intercongolais inclusif recherché par la médiation régionale.
JEK

