Au lendemain des déclarations du ministre des Mines Louis Watum Kabamba à Mining Indaba 2026, réaffirmant la souveraineté de la RDC sur ses ressources naturelles malgré l’accord stratégique conclu avec Washington, le Vice-Premier ministre et ministre de l’Économie, Daniel Mukoko Samba, précise, dans une interview à Jeune Afrique, les contours économiques du partenariat en discussion avec les États-Unis. Au cœur du débat : l’octroi d’un « droit de première offre » aux entités américaines sur certains périmètres miniers libres en République démocratique du Congo.
« C’est un droit de première offre, pas une attribution automatique », insiste Daniel Mukoko Samba. « Toute concession suit le code minier et les règlements congolais. Aucun actif n’est retiré à une entreprise existante — chinoise ou autre. Les États-Unis ne prennent rien ; ils ont la priorité pour proposer sur des sites libres. »
Clarification sur un mécanisme sensible
Dans un contexte de forte polarisation géopolitique autour des minerais critiques, la notion de « droit de première offre » a suscité interrogations et critiques. Pour Kinshasa, il ne s’agit ni d’une cession d’actifs, ni d’un privilège dérogatoire au droit congolais.
Le mécanisme permettrait aux entreprises américaines d’être prioritaires pour formuler des propositions sur des blocs non attribués, mais dans le strict respect du code minier congolais. Les procédures d’appel d’offres, d’évaluation technique et financière ainsi que les exigences fiscales et environnementales resteraient inchangées.
En d’autres termes, il s’agit d’un outil d’incitation dans un environnement hautement concurrentiel, et non d’un transfert préférentiel de richesses.
Une rivalité sino-américaine assumée, mais instrumentalisée
Aujourd’hui, les entreprises chinoises dominent largement l’accès au cuivre et au cobalt congolais, deux minerais essentiels aux batteries électriques, aux centres de données et aux technologies de défense. Face à cette réalité, Washington a lancé début février le projet « Vault », doté de 12 milliards de dollars, destiné à constituer des stocks stratégiques de cobalt, de cuivre et de lithium.
Pékin a, de son côté, engagé une initiative similaire.
Cette course à la sécurisation des approvisionnements s’inscrit dans un contexte de tension croissante entre offre et demande mondiale de minerais critiques, alimentée par l’accélération de la transition énergétique et la montée en puissance de l’intelligence artificielle.
Placée au centre de cette rivalité, la RDC entend transformer cette pression géostratégique en levier économique.
De l’extraction au raffinage : le pari de la valeur ajoutée
« Si nous avons perdu la guerre de l’extraction, nous refusons de perdre celle du raffinage », résume Daniel Mukoko Samba.
La formule traduit un changement de paradigme. Longtemps cantonnée au rôle de fournisseur de matières premières brutes, la RDC ambitionne désormais de capter davantage de valeur dans la chaîne industrielle, en particulier dans le raffinage du cobalt et la production de précurseurs pour batteries électriques.
Dans cette optique, Kinshasa développe avec la Zambie une zone économique spéciale transfrontalière dédiée à la fabrication de composants pour batteries. L’objectif est d’ancrer localement une partie des chaînes de valeur aujourd’hui concentrées en Asie, réduire la dépendance aux exportations de concentrés et créer des emplois industriels.
Une souveraineté économique revendiquée
Les propos de Daniel Mukoko Samba s’inscrivent dans la continuité de la ligne défendue par Louis Watum à Mining Indaba : coopération ouverte, mais souveraineté préservée.En multipliant les partenariats — chinois, occidentaux ou régionaux — la RDC cherche à diversifier ses alliances tout en imposant ses règles. Le « droit de première offre » accordé aux entités américaines apparaît ainsi comme un instrument de négociation dans un jeu global où Kinshasa entend désormais fixer ses propres conditions.
Dans la nouvelle géographie mondiale des minerais critiques, la RDC ne veut plus être un simple terrain de rivalité entre grandes puissances, mais un acteur stratégique capable d’arbitrer, de sélectionner et d’orienter les investissements au service de son développement.
Jonas Eugène Kota

