RDC : Zijin Mining lance la première production de lithium à Manono au cœur des enjeux économiques, géopolitiques et juridiques

Le groupe chinois Zijin Mining a annoncé le lancement, dès juin 2026, de la première production industrielle de lithium en République démocratique du Congo, à partir du gisement de Manono, dans la province du Tanganyika. Les exportations seraient immédiates, marquant une étape majeure pour le pays mais aussi pour la stratégie internationale de Pékin dans les minerais critiques.

Un enjeu géopolitique majeur

La RDC, qui détient certains des plus importants gisements mondiaux de cobalt et de lithium, se retrouve au centre d’une compétition internationale intense. La Chine et les États-Unis multiplient les initiatives pour sécuriser leur approvisionnement en minerais critiques essentiels aux véhicules électriques, batteries, technologies de défense et infrastructures de stockage énergétique.

Le projet Vault lancé par Washington début février, doté de 12 milliards de dollars pour constituer des stocks stratégiques de cobalt, cuivre et lithium, illustre cette course effrénée.

De son côté, Pékin continue de consolider son emprise sur les chaînes de valeur des batteries, depuis l’extraction jusqu’au raffinage et à la production de cellules.

Le lancement de Manono inscrit la RDC au cœur de cette rivalité stratégique.

Des retombées économiques pour la RDC

Le lithium de Manono pourrait transformer le paysage industriel congolais. Jusqu’à présent, le pays exportait surtout du cobalt et du cuivre bruts, avec une part limitée de valeur ajoutée locale. La production de lithium ouvre la possibilité de générer de nouvelles recettes fiscales, de stimuler les investissements dans le secteur minier et de créer des emplois industriels, notamment si un développement du raffinage et de la transformation locale est prévu.

La RDC se positionne ainsi comme un acteur central dans un marché mondial dont la demande explose, portée par la transition énergétique et la mobilité électrique. L’entrée de Zijin Mining dans ce segment stratégique pourrait également encourager d’autres investisseurs internationaux à s’intéresser au lithium congolais.

Une question juridique sensible

Le gisement de Manono est toutefois contesté, avec des litiges opposant Zijin Mining à la société australienne AVZ Minerals et à des acteurs congolais historiques. Ces différends concernent la validité des permis et les parts détenues dans le projet, et font l’objet d’arbitrages internationaux.

Le lancement de la production malgré ces contentieux soulève des interrogations sur la sécurité juridique des investissements étrangers en RDC et pourrait alimenter des tensions diplomatiques avec les pays concernés. Pour les analystes, il s’agit d’un test de la capacité des autorités congolaises à concilier attractivité des investissements et respect des règles internationales.

Une stratégie industrielle et souveraine

Enfin, le projet de Manono s’inscrit dans une logique stratégique de souveraineté industrielle pour la RDC. Le pays cherche non seulement à exploiter ses ressources, mais aussi à capter davantage de valeur dans la chaîne industrielle, notamment le raffinage et la production de composants pour batteries. La RDC et la Zambie travaillent d’ores et déjà sur une zone économique spéciale transfrontalière dédiée à la production de précurseurs pour batteries électriques, renforçant l’ambition régionale de transformation locale.

Pour la RDC, le lithium de Manono ne représente pas seulement un potentiel économique, mais un levier pour rééquilibrer sa place dans un marché mondial dominé par la Chine et les États-Unis. Le lancement de la production industrielle à Manono en juin prochain sera donc scruté autant pour ses retombées économiques que pour ses implications géopolitiques et juridiques.

JDW

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