Ève Bazaiba peint une tragédie humanitaire des Congolais réfugiés au Burundi et en Tanzanie

La ministre d’État en charge des Affaires sociales, Solidarité et Affaires humanitaires, Ève Bazaiba, a livré ce samedi un témoignage bouleversant sur la condition des Congolais réfugiés au Burundi et en Tanzanie. C’était lors du briefing hebdomadaire du gouvernement animé par le porte-parole Patrick Muyaya, quelques heures après son retour d’une mission humanitaire urgente dans ces deux pays voisins.

Une tragédie humaine à ciel ouvert

« C’est une tragédie humaine. Une situation inhumaine », a martelé Ève Bazaiba d’entrée de jeu, visiblement affectée par ce qu’elle a vu.

Selon les données qu’elle a recueillies sur place, plus de 250 000 Congolais vivent aujourd’hui dans des camps au Burundi, éparpillés sur sept sites, dont celui de Musasa qui concentre à lui seul 67 000 personnes, parmi lesquelles environ 30 000 enfants, dont 2 200 non accompagnés âgés de 3 à 14 ans.

En Tanzanie, la situation n’est pas moins dramatique : 87 000 Congolais, dont 50 000 enfants, y survivent tant bien que mal. Lors de la visite de la délégation, 28 naissances ont été enregistrées en une seule journée, signe d’une vie suspendue mais persistante, malgré les conditions difficiles.

Pour la ministre, ces populations n’ont pas fui la misère ni des catastrophes naturelles : « Ils ont fui parce qu’ils sont victimes de l’agression rwandaise et des hostilités orchestrées par le M23. »

L’aide se raréfie, le poids retombe sur les pays d’accueil

La réduction drastique des financements humanitaires internationaux — notamment de grands donateurs américains — a entraîné le départ de nombreuses ONG. Résultat : le Burundi et la Tanzanie portent désormais presque seuls le fardeau de ces dizaines de milliers de vies dépendantes.

Dans ce contexte, la RDC, en dérogation exceptionnelle au droit humanitaire international, est devenue le premier contributeur d’aide au Burundi, en réponse à l’appel lancé par les autorités burundaises et le HCR.

Une mission inédite, une présence symboliquement puissante

Accompagnée d’une délégation interministérielle et appuyée à distance par le vice-Premier ministre de l’Intérieur, Ève Bazaiba a apporté des vivres et non-vivres dans les camps des deux pays.

Elle souligne qu’en Tanzanie, c’est la première fois en plus de 30 ans qu’une autorité congolaise se rend physiquement auprès des réfugiés.

L’hymne national en plein camp : un moment de choc émotionnel

Mais au-delà des chiffres, c’est l’état d’esprit des réfugiés qui a profondément marqué la ministre.

Lors de la rencontre au Burundi, un moment d’une intensité rare s’est produit :les réfugiés ont, spontanément, entonné l’hymne national.Hommes, femmes, enfants, d’une seule voix. Un acte patriotique qui, selon elle, a révélé « la force du lien invisible entre ces populations meurtries et la mère patrie ».

À cela s’est ajoutée une autre chanson emblématique, celle qui proclamait déjà en 2002 l’espoir d’un Congo « de nouveau réuni », ravivant le souvenir des luttes pour la paix.

Leur rêve : la paix, la sécurité et le retour au pays

Deux demandes sont revenues avec insistance dans tous les camps : 1. Le rétablissement de la paix et de la sécurité dans l’Est du pays, et 2. Le retour au bercail, « à la maison », comme ils le disent eux-mêmes.

Pour le gouvernement, cela renforce l’urgence de rétablir la souveraineté dans les zones encore sous occupation du M23 soutenu par le Rwanda.

« Malgré tout, nos compatriotes font preuve d’une résistance et d’une résilience admirables », a conclu Ève Bazaiba, saluant également la bravoure des populations restées dans les zones assiégées.

Yanel Manu

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