RDC : Le dialogue politique inclusif se met en place à Luanda

Luanda devient, une fois de plus, le théâtre où se joue une partie essentielle de l’avenir politique de la République démocratique du Congo. En l’espace d’une semaine, Félix Tshisekedi s’y est rendu à deux reprises, comme poussé par l’urgence d’un pays au bord de la rupture. Et cette seconde visite n’a rien d’anodin : elle scelle l’accélération d’un vaste dialogue politique global et inclusif, désormais en gestation sous l’arbitrage du président angolais João Lourenço, actuel patron de l’Union africaine.

À l’issue de la rencontre, Lourenço a publié une déclaration à la tonalité grave : la situation sécuritaire et humanitaire dans l’est de la RDC se dégrade dangereusement. Le leader angolais, et Président en exercice de l’UA – la précision est de taille -, appelle à un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel, exige la fin des hostilités et exhorte Kinshasa, Kigali ainsi que les groupes de l’AFC/M23 à respecter les accords antérieurs.

Dans son appel, une conviction : la paix reste possible, mais elle nécessite un engagement sincère et coordonné — y compris de la communauté internationale, priée de se mobiliser derrière les initiatives existantes.

La médiation africaine reprend la main

L’entrée en piste de Lourenço n’est pas un fait de hasard lorsque l’on sait que Doha a légué à l’Afrique – à travers le Président togolais – le processus politico-sécuritaire entre Kinshasa et le M23. Si Washington et Doha ont tenté de baliser la voie ces derniers mois, l’impasse est devenue flagrante : les discussions piétinent, l’AFC/M23 continue de gagner du terrain, Kinshasa rejette catégoriquement tout projet de partage du pouvoir assimilé à une tentative d’annexion par le Rwanda.

Les analystes soutiennent qu’en cédant cette médiation aux Africains en donnant pleins pouvoirs à Lourenço qui avait manqué de peu de conclure un accord de paix entre Kinshasa et Kigali en décembre 2024, Washington voudrait d’aménager une marge de manœuvre en se donnant des coudées plus franches que celles d’un médiateur pour pouvoir user désormais du fouet…

Dans ce climat saturé de méfiance actuellement, la médiation africaine proposée par Lourenço apparaît comme l’une des dernières cartes encore crédibles. Les propos de Christophe Rigaud, publiés sur X, en disent long : « Félix Tshisekedi réactive la solution d’une médiation africaine… faute de mieux, avec une des dernières cartes politiques qu’il lui reste : le dialogue. »

Sur le terrain, la dynamique est tout aussi préoccupante. Le Baromètre des accords de paix en Afrique, cité par RFI, souligne le recul de la mise en œuvre des engagements, notamment du cessez-le-feu. Les rebelles, eux, restent campés sur des positions stratégiques qui compliquent toute avancée diplomatique.

Luanda, la plateforme d’un nouveau départ

Dans les couloirs diplomatiques, un consensus se dessine : Luanda pourrait devenir le pivot d’un dialogue politique global, inclusif et résolument africain.

Les propositions jadis portées par la SADC reviennent dans la conversation. Les documents produits dans le cadre du “processus de Washington” et du processus de Doha évoquent aussi, à demi-mot, la nécessité d’un cadre global réunissant tous les courants politiques — Opposition, majorité, société civile et acteurs armés.

Des voix au sein de l’Opposition congolaise, interrogées jeudi, y voient d’ailleurs « la première fenêtre réelle vers une solution concertée ».

L’heure des ultimes tractations

Si l’option d’un grand dialogue national gagne du terrain, le chemin reste semé d’embûches : tensions persistantes entre la RDC et le Rwanda; batailles narratives; suspicions réciproques sur les intentions de chaque acteur; revendications explosives autour du territoire et du pouvoir.

Mais un cap semble fixé. Pour Lourenço comme pour Tshisekedi, il n’est plus possible de laisser la situation dériver davantage.

Un cadre de dialogue inclusif, structuré et ancré dans une médiation africaine solide pourrait — enfin — offrir une voie d’atterrissage durable.

Les heures qui viennent seront donc décisives. Les dernières cartes sont sur la table. Luanda retient son souffle. Et la RDC, tout entière, attend enfin le début d’un processus que beaucoup espèrent historique.

JDW

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