Le ton était posé mais déterminé. Jeudi soir, lors du briefing du gouvernement, Guillaume Ngefa, ministre d’État en charge de la Justice et Garde des Sceaux, s’est livré à un exercice d’auto-inspection publique. Une « visite » de son propre chantier réformateur, entamé depuis sa nomination le 8 août 2025, et qu’il a déroulé point par point devant la presse.
Désengorger pour mieux respirer
Au cœur de son intervention, un enjeu majeur : désengorger les prisons. Le ministre a annoncé la libération conditionnelle de 270 détenus, décisions prises « après un examen minutieux des dossiers » et strictement conformes aux lois en vigueur. Objectif : réduire la surpopulation carcérale tout en préservant la rigueur judiciaire.
Ngefa insiste : « Tout a été fait sous contrôle, dans le respect de l’État de droit ». Une manière d’affirmer que la réforme ne sacrifie pas la justice sur l’autel de la précipitation.
De la crédibilité judiciaire
Autre axe mis en avant : la consolidation de la chaîne pénale. 100 officiers de police judiciaire ont été formés, nommés puis déployés à travers le pays. Une pierre supplémentaire dans l’édifice de la fiabilité judiciaire.
« Les documents qui sortent de notre pays doivent porter le sceau de la légalité », martèle-t-il. En filigrane, une promesse : restaurer la confiance d’une population longtemps déçue par les dérives du système.
Lutte contre la corruption : un front ouvert
Depuis son arrivée au ministère, Ngefa dit avoir déclenché une véritable offensive contre les antivaleurs. Plus de 400 dénonciations ont déjà été reçues et 13 injonctions envoyées au Procureur général près la Cour de cassation pour des dossiers sensibles.
Il évoque sans détour le phénomène « Mitshopo », ce réseau de spoliation impliquant magistrats, avocats et conservateurs des titres immobiliers. Pour contrer ce fléau, un cadre permanent de lutte contre la spoliation immobilière et foncière a été instauré, accompagné d’une volonté affichée de dépolitiser le ministère de la Justice.
Des poursuites disciplinaires sans complaisance
Les chiffres tombent comme des couperets : 324 magistrats ont été poursuivis pour des pratiques contraires à l’éthique, et plusieurs condamnations ont déjà été prononcées. Ngefa assure que le Conseil supérieur de la magistrature « est à pied d’œuvre » pour nettoyer le secteur.
Une justice plus proche du citoyen
Pour comprendre les réalités de terrain, le ministre affirme avoir effectué des descentes dans une vingtaine de localités. Une démarche de « justice de proximité », dit-il, qui vise à adapter les réformes aux attentes de la population.
Dans ses autres annonces : formation de 100 OPJ à compétence restreinte; formation de 2.500 magistrats dont le déploiement est imminent; abrogation du permis de culte, mesure jugée incompatible avec la réforme globale du secteur.
En somme, Guillaume Ngefa n’a pas seulement présenté un bilan : il s’est livré à un examen complet de son propre ministère. Une “visite” de soi, lucide et assumée, dans un secteur où chaque geste compte et chaque réforme est scrutée.
Qui est Guillaume Ngefa Atondo
Guillaume Ngefa Atondo, juriste de formation et expert reconnu des droits humains, a derrière lui un long parcours au sein des organisations internationales, après avoir co-fondé, dans les années 90, l’ASADHO, la toute première Ong zaïroise de défense des droits de l’homme.
Avant son entrée au gouvernement, il a notamment travaillé pour les Nations unies, où il a occupé des fonctions d’expert indépendant, de responsable des droits de l’homme sur plusieurs terrains sensibles et de directeur de section au sein de missions onusiennes.
Son expérience dans les mécanismes internationaux de justice, son engagement de longue date pour la protection des droits fondamentaux et sa réputation de rigueur en font une figure attendue dans un secteur miné par des décennies de corruption, de lenteurs administratives et d’ingérences politiques.
C’est précisément ce profil – indépendant, technique, exigeant – qui nourrit les attentes placées en lui : remettre la justice congolaise sur ses rails, restaurer la confiance publique et impulser des réformes structurelles durables.
Jonas Eugène Kota

