Simulacre de retrait du M23 d’Uvira : Les Banyamulenge de BGA alertent sur de possibles massacres à imputer aux FARDC

Le Banyamulenge Global Advocacy (BGA), une association de Banyamulenge d’origine congolaise, naturalisés américains et vivant aux États-Unis, affirme que le retrait annoncé des combattants M23/AFC et des militaires rwandais (RDF) d’Uvira n’aurait été qu’un trompe-l’œil. C’est l’alerte lancée par BGA, qui dénonce « un retrait unilatéral » décrété sous pression américaine mais destiné à transformer Uvira en « zone tampon qui devrait être sous la supervision d’une force neutre ».

L’alerte est donnée dans une nouvelle lettre ouverte datée du 18 décembre et adressée au Président américain Donald Trump. Les Présidents congolais et burundais, ainsi que le Secrétaire général de l’ONU et le Secrétaire d’État américain sont mis en copie.

Selon l’organisation, le geste n’est qu’une manœuvre politique dictée par Kigali après la violation des accords de Washington du 4 décembre. Dans sa lettre, BGA affirme que des sources locales décrivent « une comédie », et non un vrai désengagement, ajoutant que les combattants sont plutôt « montés vers les hauts-plateaux d’Uvira vers Minembwe pour renforcer leurs alliés de MRDP-Twirwaneho ».

Pas de retrait, mais un repositionnement stratégique

BGA soutient que, même à Uvira, « le retrait n’a pas été total » et que certains éléments M23/RDF « y seraient restés », désormais engagés avec des milices Maï-Maï ayant rejoint leurs positions après la chute de la ville. L’organisation évoque un schéma où ces combattants chercheraient « à y perpétrer des massacres qu’ils imputeraient aux milices Mai-Mai pro-gouvernementales ».

La crainte d’un narratif accusatoire contre les FARDC

La lettre va plus loin : elle estime que, sur les hauts-plateaux autrefois contrôlés par les troupes burundaises, les forces pro-Rwanda pourraient « y perpétrer des massacres de grande envergure contre les civils Banyamulenge qu’ils imputeraient aux FARDC et les milices Mai-Mai ». Objectif présumé : justifier une intervention rwandaise sous couvert de protection humanitaire.

BGA accuse ouvertement Kigali de vouloir faire du thème génocidaire un instrument d’ingérence militaire, parlant de « l’ambition du régime rwandais de faire du génocide des Banyamulenge son cheval de bataille lui permettant de justifier sa guerre d’occupation ».

Une instrumentalisation anticipée des massacres

L’organisation évoque aussi le risque d’une stratégie propagandiste visant à inverser les responsabilités : « Ils risquent d’y perpétrer des massacres contre les civils Banyamulenge pour justifier les différentes revendications qui réclamaient le retrait des forces burundaises » en les accusant de collaboration avec les FARDC, les Maï-Maï et les présumés FDLR.

Ainsi, les futurs crimes pourraient devenir des armes narratives destinées à délégitimer Kinshasa et Bujumbura.

Pressions internationales exigées

Face à cette situation, BGA appelle à un sursaut immédiat. Dans sa lettre aux présidents du Burundi, de la RDC, des États-Unis ainsi qu’au secrétaire général de l’ONU, elle réclame le « redéploiement des forces militaires de dissuasion » pour contrer cette stratégie de déstabilisation, mais aussi une pression diplomatique soutenue sur Kigali pour « le retrait total de ses forces en RDC, lequel retrait devrait se faire concomitamment avec celui des combattants de l’AFC-M23-Twirwaneho ».

Un dossier désormais globalisé

Ce courrier, signé par Charles Nteze, est envoyé à six chefs d’État ou dirigeants mondiaux, un fait rare dans la communication d’un lobby communautaire. Il positionne Uvira au centre d’un bras de fer géostratégique où chaque massacre potentiel serait un message géopolitique.

À Uvira, la bataille ne concerne plus uniquement le terrain : elle se joue désormais dans l’opinion internationale — avec comme enjeu ultime, le récit du sang.

Jonas Eugène Kota

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