Le Conseil de sécurité suspend le retrait de la Monusco sans lui assigner un nouveau mandat plus proactif

À l’issue d’une réunion d’information dense et sous haute tension ce vendredi à New York, le Conseil de sécurité a finalement suspendu, de facto, le retrait progressif de la MONUSCO en République démocratique du Congo.

À l’unanimité, les Quinze ont voté une prolongation d’un an du mandat, opérant un virage majeur : la mission de paix reste en place, recentrée, surveillante et conditionnelle.

Un retrait conditionné… et repoussé

Alors que Kinshasa et l’ONU sont en plein processus de désengagement depuis 2023, le texte adopté ce vendredi acte une réalité stratégique : les conditions du retrait ne sont pas réunies. Le Conseil rappelle, en effet, que le départ de la mission dépend du renforcement effectif de l’État congolais, de ses capacités sécuritaires et administratives, un seuil que les 15 jugent non atteint dans la configuration actuelle.

Conséquence immédiate : la pause du retrait, notamment dans les provinces les plus exposées.

Selon son nouveau dimensionnement, la MONUSCO reste concentrée au Nord-Kivu et en Ituri, épicentres du conflit et priorités absolues en matière de protection des civils.

Sud-Kivu : retrait acté, mais surveillance réintroduite

Quant au Sud-Kivu, même si la mission s’en est officiellement retirée, le mandat ouvre la porte à des activités de surveillance, notamment dans un scénario de cessez-le-feu supervisé par les médiations de Washington et de Doha. Le Conseil attend d’ailleurs un rapport du Secrétaire général avant mars 2026 pour déterminer l’étendue future de ces prérogatives.

Condamnation du M23 et du Rwanda – mais pas d’outil coercitif

Quant à la motivation principale de la remise en piste de la mission onusienne, le texte ne s’embarrasse pas d’euphémismes. L’offensive du M23 au Sud-Kivu est fermement condamnée, avec une mention explicite du soutien de la Force de défense rwandaise (RDF).

Le Conseil exige le retrait des combattants, un rappel politique fort, mais sans mécanisme coercitif ni sanction additionnelle pour en assurer l’application—un compromis minimal qui révèle les lignes de fractures internes.

Protection des civils en priorité stratégique sous pressions technologiques et guerre hybride

Sur le terrain, rien ne change : la protection des civils demeure la raison d’être opérationnelle de la mission. Ses contributions aux opérations conjointes avec les FARDC seront strictement encadrées : respect du droit international humanitaire, et application intégrale de la politique onusienne dite de « diligence voulue » en matière de droits de l’homme.

La résolution sonne également l’alarme sur la transformation technologique des hostilités : drones armés, missiles sol-air, brouillage et manipulation du signal GPS. Autant de pratiques qui entravent les opérations et neutralisent l’avantage logistique de la mission.

Un vote unanime, mais des visions irréconciliables

Si l’unanimité naît d’un compromis, elle cache des divergences profondes qui ont précédé le vote :

La France, porte-plume du dossier RDC, a manœuvré pour arrimer le mandat aux processus de paix — sans remettre en cause l’équilibre diplomatique avec Kigali.

Les États-Unis, partisans d’un rôle renforcé de la MONUSCO dans le suivi des cessez-le-feu de Washington et de Doha, ont élevé la voix contre l’implication rwandaise, faisant de Kigali la cible principale du débat.

La Chine et la Russie ont plaidé pour une approche « technique », refusant toute subordination de la mission à des cadres politiques extérieurs et mettant en garde contre l’élargissement fonctionnel du mandat.

Le bloc A3+ (Algérie, Sierra Leone, Somalie, Guyane) a défendu le leadership africain, soutenant les médiations du Togo, de l’UA, de l’EAC et de la SADC.

La RDC, malgré la demande de retrait progressif, a appuyé la reconduction du mandat au regard de la dégradation sécuritaire accélérée.

Regard vers les médiateurs

Sur le volet diplomatique, le texte consacre l’importance des itinéraires de Washington et de Doha, pilotés par le Qatar et les États-Unis, sans toutefois transformer la MONUSCO en bras exécutif de ces processus, ni lui faire jouer le rôle de service après vente.

Le Secrétariat général se voit confier le rôle d’arbitre technique : évaluer, rapporter, ajuster… et dire aux membres si un véritable cessez-le-feu est matérialisable.

Au final, le nouveau mandat, sous statu quo armé, ressemble à une stabilisation sous pression : la mission ne part pas, elle n’est pas élargie, elle surveille les cessez-le-feu, elle protège, elle condamne, mais elle ne sanctionne pas.

C’est une décision d’attente stratégique, un gel diplomatique dans un conflit en mouvement.

Et une confirmation : en 2025, la RDC reste l’un des nœuds les plus explosifs de la sécurité internationale — et la MONUSCO, son dernier pare-feu multilatéral.

Jonas Eugène Kota

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