Uvira tombé : Thérèse Wagner pointe « l’absence d’actes » du Conseil de sécurité pour appliquer la résolution 2773

À New York, la voix de Kinshasa a résonné avec une rare fermeté. Ce vendredi devant le Conseil de sécurité réuni pour examiner le dernier rapport de l’ONU sur la situation sécuritaire en République démocratique du Congo, la ministre d’État congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a, sans détour, porté une interpellation inédite sur l’inaction atavique de l’organisation mondiale : « Pendant neuf mois, ce Conseil n’a pris aucune mesure concrète pour faire respecter sa propre résolution (Ndlr :2773) » Et d’ajouter, dans un constat glaçant : « Une nouvelle ville est tombée. Des milliers de familles ont fui. D’autres ont été tuées, violées, terrorisées. Même la MONUSCO a été prise pour cible. »

Pour Kayikwamba, cette inaction persistante équivaut à « un vide d’action » qui a permis au Rwanda « de poursuivre et d’étendre ses opérations dans un environnement où les violations ne rencontrent aucune conséquence ».

Et de claquer encore comme un fouet : « Ce Conseil ne peut se limiter à redire ses décisions. Il doit les faire appliquer ». Puis de poursuivre : « La résolution 2773 est pourtant très claire, mais ce qu’il manque, c’est une application réelle, sans quoi elle ne saurait dissuader la violence ». Avant de cogner : « Lorsque les violations ne sont pas punies, l’impunité devient la politique ».

Après Washington, le choc Uvira

La ministre congolaise rappelle que moins de 24 heures après la signature à Washington d’un accord de paix entre les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame — un texte facilité par les États-Unis et soutenu par les garants régionaux —, les bombardements reprenaient. Avancées du M23 appuyées par les Forces de défense rwandaises (RDF), attaques de drones kamikazes, chute de la ville d’Uvira : les faits, dit-elle, « contredisent les engagements pris » et révèlent une violation frontale de la dynamique diplomatique engagée.

Selon les chiffres des humanitaires, que Thérèse Kayikwamba fait claquer sur les consciences, plus de 500 000 personnes ont été nouvellement déplacées dans le Sud-Kivu, région où « un seuil de rupture » a été atteint. Des tirs ont déjà touché le Burundi voisin, soulevant la crainte d’un débordement régional, interpelle-t-elle encore

Et de poursuivre sans démordre : « Aucun pays voisin ne peut être exposé à de telles attaques sans risque d’escalade ».

« La vérité n’est pas négociable »

La cheffe de la diplomatie congolaise dénonce, par ailleurs, l’usage « systématique de narratifs inversés et de désinformation » visant, selon elle, à imputer à Kinshasa les offensives perpétrées par la coalition RDF–M23. Une stratégie « documentée » par les mécanismes internationaux et qui, dit-elle, vise à masquer « l’agression » dont la RDC affirme être victime.

Mais au-delà de la bataille du récit, la ministre reproche surtout au Conseil de sécurité de laisser la résolution 2773 « sans effet ». « Ce Conseil ne peut se limiter à redire ses décisions. Il doit les faire appliquer », a-t-elle martelé, estimant que l’absence de mesures coercitives a permis au Rwanda « de poursuivre et d’étendre ses opérations ».

Un appel à des sanctions et à un mandat plus robuste

Face à ce qu’elle qualifie d’« impunité devenue politique », Thérèse Wagner appelle le Conseil à prendre une série de mesures fortes qu’elle recommande :

  • sanctions ciblées contre les responsables de l’agression ;
  • embargo total sur les minéraux exportés via le Rwanda ;
  • révocation du statut de contributeur de troupes rwandaises aux opérations de maintien de la paix ;
  • mécanisme de notification obligatoire pour les transferts d’armes vers Kigali.

Elle plaide également pour un mandat onusien « robuste et cohérent », incluant explicitement la protection des casques bleus et du personnel civil, régulièrement pris pour cible.

Le dilemme des garants

Washington, Doha et les facilitateurs africains sont, eux aussi, implicitement mis en cause. Les accords signés en juin et décembre 2025 à Washington, tout comme ceux issus du processus de Doha ou du cadre de Luanda, « ne survivront qu’à la condition d’une fermeté collective ». Sans cela, avertit la ministre, c’est la crédibilité même de ces mécanismes qui s’effondre. « Le peuple congolais ne peut payer le prix de la mauvaise foi », prévient-elle.

En conclusion, Thérèse Kayikwamba Wagner insiste sur le choix de la RDC de privilégier la diplomatie et le droit international. « Ce choix n’est ni une concession ni un signe de fragilité », a-t-elle déclaré, rappelant que le pays « a négocié et signé la paix » et qu’il ne peut « payer le prix de la mauvaise foi de ceux qui tournent le dos à leurs engagements ».

Jonas Eugène Kota

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