Sous les lustres feutrés du Bureau ovale, les États-Unis ont parrainé ce jeudi une avancée diplomatique majeure en Afrique centrale. Le président américain Donald Trump a supervisé la cérémonie au cours de laquelle les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame ont officiellement entériné l’accord de paix conclu en juin dernier entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda, signé par les ministres des Affaires étrangères des deux pays après des mois de tractations discrètes.
L’événement marque une rupture nette avec trois décennies de méfiance, de violences par procuration et d’échecs diplomatiques dans les relations entre Kinshasa et Kigali.
Un dossier longtemps enlisé
Depuis plus de vingt ans, les tentatives de rapprochement entre les deux voisins se limitaient à des arrangements techniques—principalement la traque conjointe des FDLR et quelques opérations de DDRRR menées sous l’égide de la MONUSCO. Jamais, cependant, les deux États n’avaient réussi à formaliser une paix durable dans un accord politique global.
Le dernier épisode marquant fut l’échec du 15 décembre 2024 à Luanda, lorsque le président Paul Kagame s’était absenté in extremis, torpillant une rencontre censée sceller un accord sous la médiation de son homologue angolais João Lourenço.
Le contraste avec l’atmosphère de Washington est frappant.
Un cérémonial calibré par la Maison Blanche
Autour de Donald Trump, le panel des personnalités présentes soulignait la portée géopolitique de l’événement :João Lourenço, président de l’Angola et président en exercice de l’UA; William Ruto, président du Kenya; Évariste Ndayishimiye, président du Burundi; Représentants spéciaux du Togo, de l’Ouganda et de l’Union africaine; Ministre des Affaires étrangères du Qatar; Délégation des Émirats arabes unis; Marco Rubio, conseiller spécial pour l’Afrique; Massad Boulos, conseiller stratégique de la Maison Blanche; Plusieurs responsables diplomatiques américains, dont Chris Kelly.
La présence de ce groupe hétéroclite d’acteurs africains, américains et moyen-orientaux témoigne de la volonté affirmée de Washington de reprendre la main sur un dossier longtemps laissé aux seules initiatives africaines.
Un entérinement sans poignée de main
Face à Trump, les présidents Félix Tshisekedi (RDC) et Paul Kagame (Rwanda) ont formellement entériné l’accord signé le 27 juin 2025. Aucun geste symbolique ne viendra toutefois marquer la scène.
Les deux hommes n’échangent aucune poignée de main, une abstention lourde de sens. Malgré leur présence côte à côte pour la photo officielle, le climat de méfiance persiste.
Ce détail n’a échappé ni aux caméras ni aux chancelleries.
Mais pour Washington, l’essentiel était ailleurs : matérialiser la fin d’un conflit « qui dure depuis plus de 30 ans », selon les mots de Trump.—Trump : “Nous lançons l’accord de Washington”.
Dans un discours improvisé, le président américain a multiplié les formules emphatiques : « Nous nous engageons à mettre fin à une guerre depuis des décennies. »
« Des millions de personnes sont mortes, des familles déplacées. Aujourd’hui, nous lançons ce que l’on appelle l’accord de Washington. »
Évoquant tour à tour les souffrances accumulées, la responsabilité des dirigeants africains et le rôle des États-Unis, Trump a salué l’implication de ses conseillers Marco Rubio et Massad Boulos : « Grâce à ces deux hommes, nous réussissons aujourd’hui. »
Que prévoit l’Accord ?
Selon le président américain, l’accord prévoit entre autres le retour des réfugiés dans leurs foyers, la justice pour les victimes des atrocités, la mise en place de nouveaux partenariats économiques, la distribution encadrée des ressources transfrontalières, une coopération renforcée entre Kinshasa et Kigali sous supervision américaine.
Avec emphase, Trump a déclaré : « Les États-Unis signent un accord avec la RDC et le Rwanda. » Une manière, selon plusieurs analystes, de souligner que Washington devient désormais caution politique directe de la mise en œuvre.
Une paix encore fragile mais symboliquement lourde
Si l’entérinement constitue une percée diplomatique majeure, les observateurs restent prudents. L’absence de contact direct entre Tshisekedi et Kagame traduit une relation toujours sous haute tension.
La situation sur le terrain—marquée par la persistance des groupes armés, les enjeux miniers et les réalités géopolitiques régionales— demeure explosive.
Néanmoins, l’implication personnelle du président américain, le poids des témoins internationaux et la centralité stratégique de l’Afrique des Grands Lacs laissent espérer une dynamique nouvelle. Le pari de Washington est clair : faire de l’accord de Washington non seulement un texte, mais un tournant.
Jonas Eugène Kota

