Grands Lacs-Manipulations en toge noire : quand Bernard Maingain se refait le porte-voix du régime Kagame

Par Jonas Eugène O. Kota

Une nouvelle vidéo de Bernard Maingain circule sur les réseaux sociaux. Fidèle à sa réputation d’avocat des causes les plus sulfureuses, le pénaliste belge y accuse les Wazalendo, ces groupes d’autodéfense nés récemment en RDC, de nourrir des velléités d’extermination contre les populations rwandophones, plus particulièrement les Tutsis. Certes, l’opinion congolaise se plaint légitimement des équipées meurtrières du Rwanda qui, depuis trente ans, sèment mort et désolation sur le sol congolais. Mais Kigali opère une déviation identitaire, transformant cette indignation populaire en prétendue menace contre les Tutsis, dans le seul but de détourner l’attention de ses véritables visées en RDC. Voilà trente ans que ce narratif sert de paravent aux ambitions militaires et économiques du régime de Paul Kagame.

Un discours sans preuves

Depuis trois décennies, le Rwanda brandit la menace d’un prétendu danger d’extermination des Tutsis en RDC. Pourtant, aucun rapport sérieux, aucune donnée chiffrée, aucun bilan documenté n’a jamais démontré l’existence d’un tel péril. Même Bernard Maingain, prompt à plaider pour ses clients proches du régime de Paul Kagame, n’a jamais produit, devant aucun prétoire et dans aucun de ses ouvrages à polémique, la moindre statistique ou étude crédible allant dans le sens de ses affirmations.

La ficelle est encore plus grosse aujourd’hui : les Wazalendo n’ont même pas deux ans d’existence, alors que la rhétorique de Kigali sur la soi-disant menace contre les Tutsis date de trente ans. Comment accuser rétroactivement des forces qui n’existaient pas encore ?

Un timing révélateur

La sortie médiatique de Maingain ne doit rien au hasard. Elle intervient au moment où le M23, parrainé par Kigali, voit sa position de plus en plus fragilisée sur le terrain comme sur la scène diplomatique. Cette difficulté tient du fait que l’un des éléments de l’arrangement préliminaire entre le Gouvernement congolais et le M23 a levé une étape vers un accord politique : l’échange des prisonniers. Il faut donc trouver un nouveau prétexte, et Kigali n’est pas allé le chercher loin : surfer sur les discours maximalistes de certaines foules autour de la contestation d’un général affecté à Uvira, une zone sécuritaire hautement sensible aujourd’hui.

À Uvira, quelques voix extrémistes se sont récemment exprimées sur des tensions internes congolaises, sans lien aucun avec une quelconque existence communautaire menacée. Kigali tente désormais de capitaliser sur ces expressions isolées pour relancer son vieux narratif. Maingain, une fois encore, s’en fait le porte-parole complaisant.

L’avocat du régime

Depuis la fin des années 1990, Bernard Maingain s’est imposé comme la figure juridique incontournable de la défense des proches du pouvoir rwandais. De Bruxelles à Paris, il a plaidé pour des officiers, des politiques et des hommes d’affaires accusés des pires crimes liés au génocide ou aux guerres régionales.

Parmi eux, le colonel Ephrem Setako, ancien haut responsable du ministère de la Défense et intime du cercle militaire du Front Patriotique Rwandais (FPR) ; Laurent Bucyibaruta, préfet pendant le génocide et considéré comme un rouage clé du contrôle administratif de l’époque ; ou encore Wenceslas Munyeshyaka, prêtre au parcours sulfureux dont Kigali a longtemps cherché à minimiser les responsabilités, malgré son rôle central dans les zones tenues par les FAR et ses relations privilégiées avec certains réseaux proches du nouveau pouvoir.

Toutes ces figures, chacune à leur manière, entretenaient des connexions directes ou indirectes avec le régime de Paul Kagame : certaines bénéficiaient de protections discrètes ou d’accords tacites pour assurer leur silence, d’autres servaient de cartes diplomatiques utiles à Kigali dans sa stratégie de communication et de gestion de la mémoire du génocide.

Ces procès, organisés en Belgique et en France au nom de la compétence universelle, ont profondément déteint sur les relations entre Kigali et Bruxelles. Le régime de Kagame accusait alors la Belgique de paternalisme, de néocolonialisme et d’ingérence dans les affaires intérieures du Rwanda, sous prétexte que ses juridictions poursuivaient et jugeaient des responsables rwandais, alors même que les crimes reprochés relevaient du droit international.

Un profil sulfureux

À force de défendre l’indéfendable, Maingain est devenu bien plus qu’un avocat : un acteur politique masqué, un relais d’influence au service de Kigali. Ses plaidoyers dépassent le cadre du droit pour nourrir une stratégie de communication visant à diaboliser les adversaires du Rwanda et à justifier son expansion militaire sanglante dans l’Est de la RDC.

Cela est d’autant plus vrai qu’aujourd’hui, Bernard Maingain est l’un des avocats qui ont récemment déposé, au nom d’un collectif de congolais, une plainte devant la justice belge contre neuf membres de la famille présidentielle Tshisekedi (belle-sœur, fils, frères, cousins et même la première dame du pays) dans une affaire alléguée de prédation sur les minerais de la RDC.

Lors du procès contre Charles Onana en France où l’écrivain franco-camerounais était accusé de négationnisme du génocide rwandais, Bernard Maingain avait été cité par la partie des accusateurs rwandais comme témoin à charge.

La dernière vidéo de Bernard Maingain n’est donc qu’un épisode de plus dans ce long feuilleton : celui d’un avocat européen qui, depuis trente ans, recycle les mêmes accusations sans jamais en apporter la moindre preuve, participant ainsi à une guerre de propagande aux conséquences humaines désastreuses.

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