La République Démocratique du Congo franchit un pas décisif vers la reconnaissance des compétences issues du secteur informel. La Première Ministre, Judith Suminwa Tuluka, a lancé ce samedi la campagne nationale sur la Valorisation des Acquis de l’Expérience (VAE), un dispositif permettant de transformer des années de pratique professionnelle en certification officielle. La cérémonie s’est déroulée au Pullman Hôtel de Kinshasa, en présence des membres du gouvernement, de l’ONEM, de Pay Network et de nombreux acteurs de la formation professionnelle.
Une passerelle entre l’informel et le formel
Ce programme, voulu par le Président Félix-Antoine Tshisekedi lors de la 51ᵉ réunion du Conseil des ministres, ambitionne de donner une identité professionnelle aux millions de Congolais exerçant sans diplôme officiel. « Trop de compétences restent invisibles, trop de talents ne sont pas certifiés », a déclaré Judith Suminwa, insistant sur la nécessité de « formaliser l’informel » et de transformer l’expérience en diplôme reconnu.
La VAE, un outil d’inclusion sociale et économique
Concrètement, toute personne justifiant d’au moins trois ans d’expérience dans un métier pourra obtenir une certification professionnelle reconnue par l’État, indépendamment de son âge ou de son parcours académique. Objectif : offrir aux travailleurs du secteur informel une porte d’entrée vers le marché formel, réduire le chômage et répondre aux besoins pressants en main-d’œuvre qualifiée.
Le ministre de la Formation professionnelle, Marc Ekila Likombo, a rappelé l’importance des métiers techniques dans la vie quotidienne : « Tous les jours, nous avons besoin d’un mécanicien, d’un coiffeur, d’un électricien, d’un tailleur… C’est cela qui fait battre le cœur de notre société. »
Des résultats déjà visibles
Le ministre a cité l’exemple de 22 dépendants de militaires, formés gratuitement dans le cadre du programme gouvernemental, qui viennent de signer des contrats de travail avec la société SOGEREF. « Cette intégration dans la vie active illustre parfaitement la réussite du dispositif », a-t-il souligné.
Kinshasa servira de ville pilote pour la mise en œuvre de la VAE. Le ministre provincial du Plan, Jesus-Noël Sheke, y voit une parfaite synergie avec le programme « Kin Ezo Bonga », axé sur la valorisation du capital humain. Un Programme Provincial de la Professionnalisation et de la Formalisation des Métiers (PPPFM) doit suivre, afin d’ancrer la réforme dans les territoires.
Un levier pour la croissance et l’avenir
Au-delà de l’inclusion sociale, le gouvernement mise sur la VAE comme levier de croissance économique, en alignant les compétences locales sur les besoins des investisseurs. « En valorisant les acquis de nos concitoyens, nous préparons la RDC à relever les défis de demain », a conclu Judith Suminwa, plaçant cette initiative au cœur du Programme d’Actions du Gouvernement 2024-2028.
Avec ce chantier, la RDC tente de transformer son immense secteur informel – qui concentre plus de 80 % des emplois – en un vivier reconnu, productif et compétitif.
JDW

