DERNIERE HEURE/RDC-Rwanda : Washington relance le pari de la paix au bord du gouffre

Alors que les armes crépitent toujours dans les collines du Sud-Kivu et que le processus de paix vacille, Washington a accueilli cette semaine une réunion cruciale entre Kinshasa et Kigali, sous le regard attentif des parrains régionaux et internationaux. Objectif : sauver un accord de paix déjà fragilisé par les réalités du terrain.

Washington a sorti le grand jeu. Ce 3 septembre, la capitale américaine a abrité la deuxième réunion du Comité conjoint de surveillance (JOC) de l’Accord de paix RDC-Rwanda signé en grande pompe le 27 juin dernier. Autour de la table : des représentants de Kinshasa, Kigali, Washington, Doha, Lomé – ce dernier en sa qualité de facilitateur de l’Union africaine – et de la Commission de l’UA elle-même.

Le communiqué final se veut rassurant : détermination commune des parties à accélérer la mise en œuvre d’un texte censé ramener la stabilité dans la région des Grands Lacs, engagement renouvelé des gouvernements congolais et rwandais à cesser tout soutien aux groupes armés, et planification d’un canal militaire et de renseignement pour apaiser les tensions frontalières.

« Les membres du Comité ont souligné leur détermination commune à assurer la mise en œuvre complète et rapide [de l’Accord] afin de faire progresser la paix, la stabilité et la prospérité dans l’est de la RDC et dans la région élargie des Grands Lacs », lit-on dans le texte. Les deux pays se sont dits prêts à « cesser immédiatement et sans condition tout soutien de l’État aux groupes armés non étatiques », tout en affirmant l’importance « de mettre en place un canal technique, militaire et de renseignement pour l’échange direct d’informations en prévision de la prochaine réunion du JSCM à Doha ».

Des promesses sous le feu des armes

Depuis juillet, les affrontements se sont intensifiés dans le Sud-Kivu, où les populations locales vivent au rythme des offensives de groupes armés. Les FDLR – rebelles hutus rwandais présents en RDC depuis près de trois décennies – restent au cœur des accusations croisées entre Kinshasa et Kigali. Dans les hauteurs de Minembwe, la peur a remplacé les espoirs suscités par la signature de l’accord de juin.

Pourtant, la précédente réunion du JOC, tenue fin juillet à Lomé, avait donné un signal fort : fusion des secrétariats techniques de la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE), de la SADC et de l’Union africaine pour créer un secrétariat conjoint chargé de suivre l’accord. Une décision saluée dans le communiqué : « Les membres du Comité se sont félicités de la fusion des secrétariats techniques… en un seul secrétariat conjoint indépendant, notant l’importance du rôle de l’UA dans le soutien à la mise en œuvre de l’Accord de paix. »

Doha, dernier espoir de dialogue

Au cœur des discussions : Doha. Le Qatar, en première ligne de la médiation, mène depuis plusieurs semaines des pourparlers discrets entre Kinshasa et l’AFC/M23, mouvement rebelle qui a repris les armes en 2022. « Les négociations en cours avec la RDC et l’AFC/M23 à Doha sont essentielles pour parvenir à une stabilisation dans l’est de la RDC », a rappelé le texte, soulignant le rôle central de ce processus.

Les deux capitales rivales ont également réaffirmé « leur engagement à faire progresser le retour des réfugiés » conformément aux décisions de la réunion ministérielle tripartite du 8 août. Kigali, sommé de lever certaines « mesures défensives », et Kinshasa, qui insiste sur son absence de politique de soutien aux FDLR, ont accepté d’aligner leurs actions. « Le Rwanda a exprimé son respect pour l’intégrité territoriale de la RDC et a reconnu l’importance de veiller à ce que ses actions soient cohérentes à cet égard », note le communiqué.

Un accord fragilisé mais stratégique

L’Accord de paix du 27 juin, inédit par son volet économique régional – qui prévoit l’ouverture de « corridors stratégiques » entre la RDC et le Rwanda – est aujourd’hui pris en otage par les dynamiques locales : luttes ethniques, enjeux miniers et rivalités géopolitiques. « Ces mesures sont essentielles pour réaliser le plein potentiel du Cadre d’intégration économique régionale, qui ouvrira des corridors économiques clés pour soutenir le développement à long terme et la stabilité dans la région », souligne le communiqué.

Reste à savoir si Washington, Doha et Lomé parviendront à maintenir ce processus sous perfusion. La prochaine réunion du Mécanisme conjoint de coordination sécuritaire (JSCM), attendue à Doha, s’annonce décisive : elle pourrait relancer les négociations ou entériner l’échec d’un accord que certains observateurs jugent déjà « caduc sur le terrain ».

Jonas Eugène Kota

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