Un vent de fronde souffle sur l’Assemblée nationale congolaise, et ce n’est plus une rumeur des réseaux sociaux. La nouvelle d’une pétition visant Vital Kamerhe est bien avérée.
Selon plusieurs sources internes à la majorité présidentielle, au moins 125 députés auraient déjà signé cette pétition basée officiellement sur des accusations de mauvaise gestion et d’incapacité à diriger le Bureau.
La contestation ne s’arrête pas là : quatre autres membres du Bureau – la questeure, sa vice-questeure, le rapporteur et son adjoint – sont également dans le viseur. La collecte de signatures contre ces derniers aurait débuté le 29 août et se poursuit à un rythme soutenu, laissant présager une session parlementaire électrique dès ce 15 septembre.
Des accusations lourdes
Les griefs formulés par les initiateurs des pétitions sont nombreux et particulièrement virulents, même si leurs auteurs n’ont encore apporté aucune élément à leur étai :
- Gestion opaque des fonds, malgré le versement régulier des dotations gouvernementales ;
- Émoluments de 15 millions de FC versés en « miettes », assimilés à une forme d’humiliation des élus ;
- Suppression des soins de santé pour les députés et leurs familles, qualifiée de « mépris total » ;
- Absence de dotation en mobilité pour l’accomplissement des missions parlementaires ;
- Un Bureau jugé « léger, incompétent et disqualifié » dans ses prises de décision.
Les porteurs de la pétition annoncent leur intention de passer à l’offensive dès l’ouverture de la prochaine session qui s’annonce électrique.
Une opération de « déboulonnage » inspirée du passé
Selon des sources proches du dossier, cette démarche ne vise pas que Vital Kamerhe, mais l’enszemvble de son bureau dans une logique rappelant celle qui avait abouti à la chute du bureau FCC de Jeanine Mabunda. Ces sources avancent pour preuve le fait que les griefs portées à charge de Kamerhe et la démarche empruntée sont presque identiques à ceux qui avaient fait déboulonner Mabunda.
Cette offensive serait orchestrée par les faucons de l’Union sacrée de la nation (USN). Les salons capitonnés de l’UDPS, parti présidentiel, sont évoqués avec insistance comme lieu stratégique où se coordonnerait la fronde, tandis que certaines gorges profondes mentionnent, sans preuve, Guy Loando comme financier de l’opération.
Les analystes notent, en effet, que ce dernier n’a pas la stature politique nécessaire pour affronter seul Vital Kamerhe, considéré comme un poids lourd incontournable de la majorité. Il ne serait donc qu’un commissionnaire.
Des divergences politiques et diplomatiques qui fragilisent la majorité
Au-delà des accusations, la fronde contre Vital Kamerhe révèle une tension profonde sur la ligne politique et diplomatique à adopter. Les divergences se cristallisent autour de plusieurs thématiques clés, opposant les positions officielles du Gouvernement et du président Tshisekedi à celles exprimées par le président de l’Assemblée nationale depuis la tribune parlementaire.
Sur le plan du dialogue politique national, le chef de l’État a plaidé au congrès de l’USN pour un processus limité aux forces politiques majeures et aux acteurs de la majorité, privilégiant un consensus rapide pour consolider la gouvernance. Vital Kamerhe, lui, appelle à un dialogue ouvert et inclusif, intégrant toutes les forces politiques, y compris l’opposition et les mouvements rebelles, dans une logique de paix durable.
S’agissant de la gestion de la sécurité à l’Est, le Gouvernement privilégie une approche militaire ciblée contre les groupes armés, tandis que Kamerhe préconise un mélange de dialogue et de mesures sécuritaires, estimant que seule la force ne suffira pas à pacifier le territoire.
Dans le domaine de la diplomatie et des relations régionales, le président Tshisekedi mise sur un alignement stratégique avec certains partenaires bilatéraux, alors que Kamerhe plaide pour une diplomatie plus consensuelle, impliquant toutes les forces politiques et acteurs locaux dans les choix stratégiques.
Enfin, sur le rôle du Parlement et de la gouvernance des ressources, le président de la République soutient un Bureau stable et un Parlement principalement législatif et consultatif. Vital Kamerhe, à l’inverse, revendique une Assemblée plus proactive et indépendante, capable de critiquer et d’ajuster les décisions gouvernementales, notamment en matière de sécurité et de finances publiques.
Ces différences traduisent une opposition de visions entre deux poids lourds de la majorité, l’un privilégiant la consolidation du pouvoir et la cohésion, l’autre défendant un rôle parlementaire indépendant et inclusif. Les analystes avertissent : sans clarification rapide, ces divergences pourraient alimenter un nouveau front politique interne, fragilisant la majorité présidentielle et augmentant le risque de confrontations ouvertes dans les mois à venir.
Vers une clarification nécessaire
Bref, la situation traduit une sorte de confrontation à fleurets mouchetés entre Vital Kamerhe et le président Tshisekedi, par personne interposée. Selon plusieurs analystes politiques, il y aurait pourtant lieu de rapprocher les vues par une démarche dialectique plutôt que d’opter pour un choix de rupture. Ces experts estiment que la logique d’affrontement en cours serait une volonté délibérée des faucons, motivée par le sentiment que Vital Kamerhe, par ses prises de position et ses punchlines publiques, est en train de faire ombrage au chef de l’État.
Ils soulignent que si les deux poids lourds de la majorité ne clarifient pas rapidement leur position et ne rétablissent un dialogue constructif, un nouveau front politique intérieur pourrait se cristalliser, déstabilisant l’équilibre du pouvoir en place. Dans tous les cas, cette nouvelle confrontation au sein de la famille politique au pouvoir n’arrange les affaires de personne, en ce moment où elle devrait être plutôt plus que soudée pour affronter les enjeux sécuritaires et politiques du pays.
Les analystes rappellent qu’une approche dialectique sur les points de divergence serait d’un apport enrichissant pour la majorité, tandis que la posture actuelle ressemble davantage à une voie de rupture qui ne rapporterait rien à l’Union sacrée en cette période cruciale où unité et cohésion nationale devraient primer. Il s’agit, selon eux, de choisir entre un nouvel affaiblissement interne, ouvrant un front politique face à un Vital Kamerhe qui ne partirait pas seul, et une conciliation des vues susceptible de renforcer la famille politique de Félix Tshisekedi.
JDW

