RDC – Jugé par contumace à Kinshasa, Joseph Kabila brise le silence, accuse et se dit « inquiet pour l’avenir »

L’ex-président congolais Joseph Kabila sort a nouveau de son silence. Trois jours après que la Haute Cour militaire a requis la peine de mort à son encontre, Kabila s’exprime dans un texte explosif qui secoue déjà la scène politique congolaise. Jugé par contumace pour « complicité avec le groupe AFC/M23 », trahison, crimes de guerre et viols, l’ancien chef d’État rejette toutes les accusations, dénonçant un procès qu’il qualifie de « mensonger et politiquement motivé ».

« Je parle non pas par faiblesse ni par crainte pour mon destin personnel, mais par profonde inquiétude pour l’avenir de mon pays », affirme Kabila, dénonçant la levée de son immunité par le Sénat, qu’il juge illégale et inconstitutionnelle. Selon lui, l’objectif de ce procès n’est pas la justice : « Il s’agit de réduire l’opposition au silence et de tenter d’écarter un acteur politique majeur de la scène nationale, afin de permettre au régime de régner sans partage et indéfiniment. »

Purge politique et armée affaiblie

Kabila ne s’arrête pas à sa propre situation. Dans une série d’accusations sans concession, il dénonce la détention arbitraire de dizaines d’officiers supérieurs de l’armée et de la police, certains morts en prison suite à des tortures et à un refus de soins médicaux. Depuis juillet 2025, des hauts gradés, dont l’ancien Chef d’État-major général des FARDC, ont été arrêtés, accusés de complot contre le gouvernement.

« En persécutant ces commandants et officiers, le régime affaiblit les FARDC, notre armée nationale, mine le moral des troupes et menace la sécurité même de l’État », écrit Kabila, décrivant un climat de terreur au sein de l’armée et une « gouvernance téméraire » qui met en péril le pays.

Corruption et pillage du Katanga

L’ex-président ne ménage pas Félix Tshisekedi et sa famille. Selon lui, le régime en place est profondément impliqué dans le pillage des provinces minières du Katanga, siphonnant les ressources publiques tandis que la population sombre dans la misère. « Les fausses accusations de trahison à mon encontre ne servent qu’à détourner l’attention de la corruption, du népotisme et du tribalisme qui gangrènent son propre entourage », écrit-il.

Processus de paix : échec et scepticisme

Kabila reste sceptique sur les accords de paix récents avec le Rwanda : « Le sang continue de couler. La réconciliation ne viendra ni d’accords partiels, ni de procès sélectifs. Elle exige un vrai dialogue avec toutes les parties prenantes autour de la table. »

Il appelle la communauté internationale à regarder au-delà des apparences : « Soutenir cette voie ne mènera pas à la paix, elle n’apportera pas justice aux victimes. Elle ne fera qu’approfondir les divisions et affaiblir le Congo. »

Le camp présidentiel ferme la porte

Réponse immédiate du camp présidentiel : pas question de dialogue avec Kabila. Trois jours avant sa sortie, Félix Tshisekedi dénonçait encore « ces Congolais à la solde des voisins qu’il faut combattre jusqu’à la dernière énergie ». La tension est à son comble, et le pays s’enfonce dans une crise politique et sécuritaire sans précédent.

Un cri d’alarme pour le Congo

Joseph Kabila conclut sur un avertissement cinglant : « Aucune réconciliation véritable n’est possible tant que les violations des droits humains, les poursuites politiques et la persécution de la société civile et des leaders de l’opposition persistent. Si ces politiques mal avisées se poursuivent, les conséquences dramatiques pour la Nation et la région seront de la seule responsabilité du régime en place. »

Il termine par un appel à l’unité : l’histoire jugera le courage des Congolais à se rassembler et à répondre aux véritables besoins de la Nation, plutôt que de céder aux luttes intestines et aux jeux de pouvoir qui menacent de faire basculer le pays dans le chaos.

Dernière sortie médiatique et voyage à l’Est

Cette sortie intervient quelques mois seulement après son dernier message à la Nation, au cours duquel Kabila avait déjà tiré la sonnette d’alarme sur l’état de la RDC et présenté un plan en douze points pour sortir le pays de la crise. Depuis, il a entrepris un voyage à Goma et Bukavu, rencontrant responsables religieux, responsables de la rébellion M23, acteurs de la société civile et communautés locales. Il y a dénoncé leur persécution et l’abandon par le régime, plaidant pour un dialogue inclusif et une véritable réconciliation.

Mais ce voyage, relayé dans les médias nationaux et internationaux, a alimenté et ravivé à Kinshasa les accusations de collusion avec le Rwanda et le M23. Certains proches du pouvoir y voient une tentative de lobbying politique et de mobilisation populaire contre l’administration Tshisekedi, renforçant le climat de tension et exacerbant les divisions politiques.

Albert Osako

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