Une lettre adressée à Massad Boulos, proche conseiller de l’ancien président américain Donald Trump, par une organisation se présentant comme l’Union Internationale des Banyamulenge (UIB), suscite de vives interrogations. Le document, qui n’a été corroboré par aucune autre source indépendante à ce stade, met directement en cause l’homme politique congolais Moïse Nyarugabo, le présentant comme acteur central d’une stratégie visant à instrumentaliser la question de la protection des Banyamulenge pour justifier de nouvelles offensives armées dans l’Est de la RDC.
Un plan évoquant Kigali et des hauts gradés rwandais
Selon le contenu de cette lettre, une réunion stratégique se serait tenue à Kigali, au Congo Desk, sous la présidence de Moïse Nyarugabo et en présence de James Kabarebe, figure influente du régime rwandais. Cette rencontre aurait fixé une feuille de route pour « relancer les affrontements » dans le Sud-Kivu.
Les « mesures arrêtées » évoquées dans cette lettre incluent :
- Le redéploiement du colonel M23/AFC Oscar Ndabagaza auprès des groupes armés Twirwaneho/MRDP dans les Hauts Plateaux d’Uvira, Fizi et Mwenga.
- L’envoi de trois bataillons pour prendre le contrôle de ces zones après avoir repoussé les FARDC et les FNDB, des unités étant déjà signalées en mouvement depuis le 20 août 2025.
- L’occupation des Hauts Plateaux de Minembwe pour trois ans, période correspondant au mandat de Donald Trump, avec pour objectif d’étendre les combats vers Uvira et de déstabiliser le Burundi.
La lettre accuse Kigali de vouloir se servir des Banyamulenge comme prétexte pour « une nouvelle guerre régionale » et appelle Washington à intervenir afin de prévenir ce scénario.
Nyarugabo, un acteur politique controversé
Moïse Nyarugabo, personnalité tutsi d’Uvira dans le Sud-Kivu, défend depuis plusieurs années une vision alarmiste sur la situation sécuritaire des Tutsis congolais, qu’il dit menacés d’extermination. Ces thèses, largement reprises par Kigali, ont toujours servi de justification aux incursions militaires rwandaises en RDC.
Cependant, d’autres voix issues de la même communauté rejettent cette approche. Le ministre d’État congolais Alexis Gisaro, également Banyamulenge, souligne que, même si la région est marquée par des tensions, « les solutions relèvent du gouvernement congolais, et à aucun moment nous n’avons appelé une force étrangère à venir nous protéger dans notre propre pays ».
Une situation sécuritaire complexe mais sans preuves documentées de massacres ciblés
Si les Hauts Plateaux du Sud-Kivu sont régulièrement le théâtre de violences communautaires et de tensions, aucun rapport documenté ne fait état, à ce jour, d’une campagne systématique de massacres visant spécifiquement les Banyamulenge. Les accusations portées contre Kigali et Moïse Nyarugabo dans cette lettre soulèvent cependant de nombreuses questions et appellent à une vérification approfondie.
Dans ce climat régional tendu, où les acteurs politiques et militaires utilisent souvent la question ethnique pour justifier leurs actions, ce document inédit s’inscrit dans une guerre d’influence et de narratifs qui complique davantage toute perspective de paix dans l’Est de la RDC.
Albert Osako

