Uvira : quand l’ethno-tribalisme de Me Moïse Nyarugabo travestit la réalité sécuritaire

Par Jonas Eugène Kota

Uvira, ce lundi sous tension. Tandis que la ville vit au rythme du deuil du colonel Gisore Patrick, officier des FARDC décédé avec son épouse dans un crash à Kisangani, une polémique vient s’inviter là où seule la douleur aurait dû avoir droit de cité. Elle porte la signature de Me Moïse Nyarugabo, ancien cacique du RCD/Goma et aujourd’hui avocat reconverti en donneur d’alerte ethnique.

Dans une publication au ton alarmiste sur son compte X, l’homme décrit une scène de siège : familles banyamulenge encerclées, armes pointées sur les fidèles rassemblés pour le culte funéraire, bus bloqués, « vie en danger » pour des dizaines de personnes. Une fresque apocalyptique qu’il enrobe d’un seul prisme : celui de l’ethnie tutsie « ciblée » par les services de sécurité congolais et les wazalendo. Terrible, tout de même, de la part d’un intellectuel de si haute facture qui ravale à l’ethnie les funérailles de cette personnalité qui a servi sous le drapeau national et non sous une bannière ethno-tribale !

Mais à y regarder de plus près, la réalité est tout autre.

Une obsession ethnique qui trahit une vieille rhétorique

Nyarugabo n’en est pas à son coup d’essai. Déjà à l’époque du RCD/Goma, rébellion téléguidée depuis Kigali à laquelle il appartenait, il s’était fait le chantre de la thèse du « péril tutsi », instrumentalisée pour justifier l’occupation militaire rwandaise d’une large portion de la RDC. Vingt ans plus tard, il ressort le même refrain : les Tutsis seraient persécutés, leur survie menacée, et seule une « protection extérieure » légitimerait une intervention.

Le drame, c’est de voir un intellectuel aguerri, à la plume fine, s’engluer volontairement dans une lecture communautaire réductrice et dangereuse. Là où l’exigence du moment est à l’unité et à la lucidité face aux menaces régionales, lui démonétise son talent dans un ravalement ethnique qui divise.

Les faits réels : une logique sécuritaire, pas un ciblage

Les faits, pourtant, sont têtus. La présence des forces de sécurité autour de l’église et sur les axes routiers d’Uvira n’avait rien d’un « encerclement ethnique ». Elle répondait à deux impératifs :

  1. Sécuriser le deuil d’un officier supérieur des FARDC dans une zone où la militarisation est la règle, et où tout mouvement suspect est scruté. Une attitude contraire ne serait qu’irresponsable.
  2. Prévenir une déflagration régionale : Uvira est un verrou stratégique, à la fois pour le Sud-Kivu partiellement sous la menace du M23 et pour le Burundi, que Kigali tente de déstabiliser via ses alliés rebelles tutsis de la rébellion RED-Tabara.

Quant au bus des funérailles stoppé par un check-point, il n’était ni le premier ni le dernier à subir ce contrôle de routine. Que Nyarugabo n’ait vu que ce bus relève moins du hasard que d’un biais idéologique. Et qu’il n’ait vu qu’un rassemblement ethnique dans ce deuil d’un officier supérieur de l’armée nationale, qui était affecté à Punia, dans le Maniema où il servait sa patrie et non sa tribu, st tout simplement désolant.

Le poids d’un passé de rebelle

Nyarugabo connaît mieux que quiconque la réalité de la guerre. Ancien rebelle, il sait combien les « attroupements » du temps de crise mettent les forces de sécurité en état d’alerte maximale. Feindre de l’ignorer pour noircir un tableau communautaire, c’est travestir volontairement la réalité.

Uvira n’est pas qu’un théâtre local de tensions : c’est un front où se joue la stabilité du Sud-Kivu et la protection du Burundi voisin contre l’expansionnisme du M23 et ses parrains rwandais dont les forces spéciales apportent également leur soutien au RED-Tabara, cette autre rébellion ethnique burundaise.

Les forces de sécurité congolaises et burundaises le savent, et leur vigilance extrême en est la conséquence logique.

L’urgence : stopper l’anarchie, pas rallumer la haine

À l’heure où la RDC lutte pour préserver son intégrité territoriale, les élites intellectuelles et politiques devraient s’élever au-dessus des réflexes tribaux. Au lieu de cela, Nyarugabo verse dans une rhétorique ethnicisée qui sape l’unité nationale et alimente les thèses d’ingérence étrangère.

Les Congolais, toutes communautés confondues, n’ont pas besoin d’un retour au scénario du RCD/Goma. Ils ont besoin d’apaisement, de vérité et de cohésion pour faire face à la guerre hybride que leur impose Kigali. Que l’on soit Lega, Shi, Nande, Luba, Havu, Hutu ou Tutsi, une certitude s’impose : le chaos et l’anarchie doivent s’arrêter. Et cela commence par refuser les discours ethnicistes, fussent-ils signés par des plumes réputées.

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