RDC-Uvira entre nationalisme et ethno-tribalisme : Qui, de Moïse Nyarugabo et Alexis Gisaro, est vrai défenseur des Tutsis-Banyamulenge ?

Par Jonas Eugène Kota

Le débat sur la défense des intérêts des Banyamulenge, cette communauté tutsie congolaise enracinée sur les hauts plateaux du Sud-Kivu, ressurgit au détour de deux figures politiques majeures : Alexis Gisaro Muvuni et Moïse Nyarugabo. L’un, fils du terroir, élu et ministre, appelle à un règlement interne des conflits et à la cohésion nationale. L’autre, juriste chevronné et ancien stratège des rébellions pro-rwandaises, brandit sans cesse la menace d’un « péril tutsi » pour justifier une vision sécuritaire adossée aux agendas extérieurs. Mais qui, du technocrate enraciné d’Uvira ou de l’avocat enraciné au Katanga devenu rebelle, incarne réellement la défense des Banyamulenge ?

Gisaro : héritier d’un ancrage, voix de la cohabitation

Alexis Gisaro Muvunyi est, à bien des égards, un condensé de l’histoire banyamulenge : fils de feu Isaac Frédéric Gisaro, ancien député et figure respectée du territoire d’Uvira, il est issu de cette génération de notables qui ont façonné l’identité « Banyamulenge », choisissant ce nom pour affirmer leur enracinement dans le massif de l’Itombwe. Son élection comme député national d’Uvira et son ascension au poste de ministre d’État en charge des Infrastructures traduisent la confiance qu’il inspire, non seulement à sa communauté, mais aussi aux Bafuliru, Bavira, Babembe, Bashi et Balega de ce territoire multiethnique.

Au cours d’un briefing de presse le 11 mars 2025 à Kinshasa, Gisaro avait brisé le narratif rwandais d’une protection armée des Tutsis : « Nous n’avons jamais demandé au Rwanda de venir ici pour protéger notre communauté. Les invasions ne font qu’exacerber les tensions. Nos problèmes doivent se résoudre en interne, par notre État. »

Ce propos frontal, rare dans une région où Kigali s’érige en tuteur des Tutsis, montre un homme attaché à la souveraineté congolaise et soucieux de la cohabitation. Pour lui, les Banyamulenge sont une communauté congolaise à part entière, dont la sécurité doit relever des institutions nationales, non d’une armée étrangère.

Nyarugabo : intellectuel raffiné, mais rhétorique ethno-sécuritaire

À l’opposé, Moïse Nyarugabo, natif de Bukavu mais grandi au Katanga, a construit sa carrière sur un autre registre : celui d’un juriste brillant, mais également ancien stratège du RCD/Goma, la rébellion soutenue par Kigali qui a occupé le Kivu au tournant des années 2000. Sénateur élu à Kinshasa, il reste marqué par un prisme géopolitique où le « péril tutsi » sert souvent de levier à des postures alarmistes pour servir clairement les intérêts de Paul Kagame.

Dernière illustration : sa publication incendiaire sur X, décrivant Uvira comme un piège mortel tendu aux Banyamulenge lors des funérailles du colonel Gisore Patrick. La scène, selon lui, relevait d’un « ciblage ethnique » orchestré par les forces congolaises et les milices wazalendo. Pourtant, les faits révèlent une tout autre logique : sécurisation militaire d’une cérémonie sensible, contrôles de routine dans une ville verrou stratégique face au M23 et aux rebelles burundais de RED-Tabara.

L’épisode souligne une tendance inquiétante : chez Nyarugabo, le prisme ethnique l’emporte sur l’analyse nationale. Plutôt que d’appeler au calme, il ravive les fractures identitaires et conforte, volontairement ou non, le narratif de Kigali d’une minorité menacée justifiant son ingérence armée.

Deux trajectoires, deux philosophies

  • Alexis Gisaro : enraciné dans les hauts plateaux d’Uvira, issu d’une lignée de notables banyamulenge, il a bâti une carrière électorale nationale. Sa vision : les Banyamulenge font partie intégrante de la mosaïque congolaise, et leur sécurité dépend d’un État fort. Il rejette toute instrumentalisation étrangère.
  • Moïse Nyarugabo : formé au Katanga, intellectuel respecté, il reste l’héritier politique du RCD/Goma, acteur majeur de la guerre d’agression rwandaise. Son discours actuel s’aligne sur une logique sécuritaire régionale plutôt que sur un ancrage communautaire local.

Cette comparaison illustre deux mondes : Gisaro, politicien de terrain, connaît la complexité des relations intercommunautaires à Uvira et plaide pour une solution interne. Nyarugabo, davantage homme de réseaux, parle du Kivu depuis Kinshasa ou Kigali, avec une grille de lecture tournée vers les rapports de force régionaux dont les situations locales constituent son fond de commerce.

Le vrai défenseur ?

La réponse semble claire : celui qui défend une communauté est celui qui protège son enracinement dans la nation congolaise, pas celui qui justifie son isolement ethnique au service d’intérêts extérieurs. En ce sens, Alexis Gisaro se positionne en véritable porte-voix des Banyamulenge : il incarne une volonté de vivre-ensemble et s’oppose ouvertement à la manipulation de sa communauté.

Moïse Nyarugabo, malgré son bagage intellectuel, reste prisonnier d’une rhétorique qui fragilise davantage les Tutsis congolais en les réduisant à une identité instrumentalisée par Kigali.

En pleine guerre hybride dans l’Est, la RDC a besoin de figures enracinées et patriotes, capables d’unir plutôt que de diviser. Et à ce jeu-là, Gisaro, fils du terroir, marque clairement des points.

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