La CENCO-ECC et les autres confessions religieuses trouvent un compromis pour le dialogue politique inclusif

La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), l’Église du Christ au Congo (ECC) et d’autres confessions religieuses ont annoncé, ce lundi à Kinshasa, avoir harmonisé leur feuille de route pour un dialogue politique inclusif en République démocratique du Congo (RDC). Cette initiative, qui vise à réunir autour d’une même table le pouvoir en place, l’opposition politique, l’opposition armée et la société civile, sera soumise au président Félix-Antoine Tshisekedi, auquel il est demandé de lancer officiellement le processus.

Cette annonce intervient dans un contexte politique et sécuritaire tendu, marqué par le blocage des initiatives de paix de Doha (entre Kinshasa et la rébellion pro-rwandaise du M23) et de Washington (entre Kinshasa et Kigali), ainsi que par le procès retentissant de l’ancien président Joseph Kabila, poursuivi pour espionnage après une requalification controversée de son statut en « étranger ». Une procédure qui, selon de nombreux observateurs, ne favorise pas le climat d’apaisement nécessaire pour mener ce dialogue.

Une initiative religieuse en gestation depuis février

Lancée en février 2025, l’initiative conjointe de la CENCO et de l’ECC s’est présentée comme une alternative crédible aux discussions régionales jusque-là infructueuses. Son objectif : bâtir un pacte social national afin de traiter les causes profondes des conflits, rétablir la confiance entre institutions et population, et ramener la paix dans les zones de crise, notamment à l’Est.

Le 3 février 2025, une délégation religieuse conduite par le cardinal Fridolin Ambongo avait été reçue par le chef de l’État pour lui soumettre les grandes lignes de ce projet.

Soutien de l’opposition et appel à l’inclusion

Le 30 avril 2025, les leaders de l’opposition – Joseph Kabila, Moïse Katumbi, Martin Fayulu et Delly Sesanga – ont signé une déclaration commune soutenant ce processus. Ils ont rejeté les consultations politiques jusque-là menées par l’État, préférant un cadre indépendant piloté par les confessions religieuses, jugé plus à même de créer le consensus.

Quelques jours plus tard, le 2 mai, des organisations sociales et politiques ont, elles aussi, plaidé pour un dialogue inclusif intégrant toutes les forces vives, estimant nécessaire de fusionner les processus de paix de Nairobi, Luanda, Doha et Washington autour de cette initiative nationale.

Un soutien affiché du chef de l’État

Le président Tshisekedi a multiplié les rencontres avec les confessions religieuses. Le 21 juin, il a reçu les évêques porteurs d’un rapport détaillé des consultations menées à travers le pays. Puis, le 26 juin, il a accueilli une plateforme élargie des confessions religieuses, incluant musulmans, anglicans, orthodoxes et Kimbanguistes.
À cette occasion, il a donné son accord pour unifier et coordonner les démarches sous l’égide de la présidence, donnant ainsi un feu vert politique à cette feuille de route.

Des tensions qui pèsent sur le processus

Cette annonce survient alors que les efforts diplomatiques internationaux patinent : les pourparlers de Doha avec le M23 et ceux de Washington entre Kinshasa et Kigali sont au point mort, tandis que la situation sécuritaire reste volatile dans l’Est du pays.

À Kinshasa, le climat politique est également tendu, en raison du procès inédit visant l’ex-président Joseph Kabila. La requalification controversée de son statut en étranger, dénoncée par ses partisans comme une manœuvre politique, suscite de vives critiques. De nombreux analystes estiment que cette procédure « radicalise les clivages » au lieu de favoriser la décrispation nécessaire à l’ouverture du dialogue.

Vers une relance nationale du consensus

Malgré ce contexte explosif, les confessions religieuses veulent croire en la possibilité d’un dialogue historique, capable de rétablir la confiance entre les acteurs politiques et sociaux, et de débloquer le processus de paix.
La balle est désormais dans le camp du président Tshisekedi, à qui revient la responsabilité de lancer officiellement ce dialogue inclusif, présenté comme la dernière chance d’unir les Congolais autour d’une vision commune.

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