Poursuite des tueries en RDC : l’Ambassadeur Zénon Mukongo dézingue le Rwanda au Conseil de sécurité

Dans une atmosphère tendue au siège des Nations Unies, le Conseil de sécurité s’est réuni le 22 août 2025 à la demande des États-Unis, avec le soutien appuyé de la France, pour examiner les nouvelles violences qui ensanglantent l’Est de la RDC. Une réunion d’urgence passée presque inaperçue à Kinshasa, mais qui pourrait marquer un tournant diplomatique majeur : pour la première fois, Washington et Paris ont publiquement et fermement désigné le Rwanda comme acteur central du conflit, en écho aux révélations du dernier rapport des experts onusiens.

Au cœur de cette session, l’intervention du représentant permanent de la RDC à l’ONU, Zénon Mukongo Nkay, a fait sensation. Dans un discours incisif, le diplomate congolais a fustigé Kigali, accusé d’orchestrer les violences à l’Est à travers son soutien militaire au mouvement rebelle AFC/M23. « Les faits sont clairs, les preuves irréfutables. Des images satellites documentent le déploiement des forces spéciales rwandaises entrant à Goma et au Nord-Kivu via Bunagana », a martelé Mukongo devant le Conseil.

Le représentant congolais a dénoncé les manœuvres du Rwanda visant à discréditer les rapports accablants de l’ONU et de plusieurs ONG, tout en rejetant les accusations infondées portées contre Kinshasa. Il a rappelé que l’exploitation illégale des ressources congolaises constitue la véritable motivation derrière ces ingérences étrangères.

« Assez de manipulations et de contre-vérités »

Pour Zénon Mukongo, il est temps que la communauté internationale prenne ses responsabilités : « La RDC réaffirme son attachement à la vérité, à la souveraineté nationale et à une paix durable. Le Conseil de sécurité ne peut plus tolérer les manipulations et les contre-vérités de Kigali. »

Cette réunion, tenue sous forte pression diplomatique, témoigne d’une évolution notable du rapport de force : Kinshasa gagne des alliés de poids, tandis que le Rwanda voit s’effriter le vernis diplomatique qui l’a longtemps protégé.

Washington hausse le ton, Paris appelle à l’action

En effet, cette session marque un net durcissement de la position américaine. Dorothy Shea, ambassadrice des États-Unis à l’ONU, a condamné « les massacres perpétrés par le M23, soutenu par le Rwanda », qualifiant Kigali et ses alliés de « fossoyeurs de la paix ». Elle a exhorté le Conseil à tenir pour responsables tous les acteurs impliqués dans ces exactions.

La France a abondé dans le même sens : retrait immédiat des troupes rwandaises, cessation de tout soutien étranger aux groupes armés, neutralisation des FDLR, et mise en œuvre de la résolution 2773 adoptée à l’unanimité par le Conseil. « Les Nations Unies doivent jouer tout leur rôle dans la résolution de cette crise », a insisté Jay Dharmadhikari, représentant permanent adjoint de Paris.

Kigali sur la défensive

Face à ces accusations, le Rwanda a nié toute implication, appelant à une « enquête indépendante » et accusant Kinshasa de ne pas s’attaquer sérieusement aux FDLR. Quant au M23, il a rejeté les rapports d’Amnesty International, Human Rights Watch et du Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme sur les massacres de civils à Rutshuru, dénonçant une tentative de « torpiller le processus de Doha ».

L’Est de la RDC toujours en flammes

Pendant que les diplomates s’affrontaient verbalement à New York, la situation au sol restait dramatique. Des combats violents ont été signalés le 22 août dans le Sud-Kivu, notamment à Kakanga et Matundu, ainsi qu’à Nzibira où l’armée congolaise affirme avoir abattu un drone kamikaze du M23. Les forces congolaises, appuyées par des milices locales, disent avoir contenu les assauts rebelles, mais les affrontements se poursuivent.

JEK

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