RDC/Transport aérien : Après quatre gestions chaotiques en 9 ans, des « fils maison » veulent refaire main basse sur Congo Airways

Un climat délétère est en train de s’installer chez Congo Airways en cette période où l’entreprise sort la tête des eaux après avoir passé une grave période qui l’avait mise carrément en état de dépôt de bilan.

À la base, une fronde d’origine encore inconnue qui tend à appeler au retour des « enfants maison » à la tête de la compagnie aérienne aujourd’hui dirigée par José Lueya Dubier. Pilote de profession,  celui-ci est un vieux routier des lignes aériennes et le secteur n’a aucun secret pour lui.

À sa gestion,  ses pourfendeurs n’articulent aucun grief particulier ni, moins encore,  au bilan de ses quelque 9 mois de gestion. Dans l’ensemble,  l’on croit avoir affaire à une fronde aux relents chauvinistes et politiciens de très mauvais goût de la part de supposés « ayants droit » qui n’ont aucune leçon à donner.

On rappelle, en effet, l’état comateux dans lequel la nouvelle direction avait pris l’entreprise en juillet 2023 était le fait de ces mêmes « fils maison » qui l’ont dirigée depuis sa création.

Le sombre tableau des fils maison à Congo Airways

En effet, créée en août 2014 avec une flotte de 4 avions en propre et en état de navigabilité, et un effectif de moins de 300 agents, Congo Airways se la coule douce à ses débuts. Pas de sous-traitance ni d’arriérés de salaire, mais avec des consultants internationaux. L’entreprise affiche alors 0 dettes et jouit des exonérations de certaines taxes aéroportuaires, mais sans disposer d’immobilier en propre. Pour son fonctionnement, elle loue deux immeubles à des prix exorbitants.

3 ans après le vol inaugural, une nouvelle direction reprend les commandes. Elle hérite de la même flotte et rajoute 2 avions en leasing. Ce qui ouvre la voie à la sous-traitance avec, cette fois-ci, un effectif dépassant 500 agents, des vols internationaux, ainsi que l’introduction de l’ audit international de sécurité (IOSA), membre de IATAT.

En 2021, une autre Direction – la troisième en 7 ans – arrive et hérite d’une compagnie avec une flotte réduite à 3 avions dont 2 en état de navigabilité et 1 en check. Le personnel accuse 3 mois d’arriérés de salaire, tandis que l’effectif explose à plus de 600 agents.

Cette direction va céder à son tour les commandes à une nouvelle gestion avec une flotte de 3 avions dont 2 en état de navigabilité et plus de 7 mois d’arriérés, une sous-traitance réduite, beaucoup de dettes, des consultants internationaux et la cessation d’ activités à l’international.

Un moribond cédé par des fils maison après quatre gestions chaotiques
Après une gestion globale de 4 fils maison successifs, le gouvernement passe la main cette fois-ci à un pionnier de l’aviation congolaise ayant une expertise nationale et internationale. C’est José Lueya Dubier.
Il hérite d’une compagnie avec 0 avion en état de navigabilité, 13 mois d arriérés de salaires, plus de 700 agents, des dettes (fiscales, aéroportuaires, mobilières, …) aussi bien au pays qu’à l’international.
Fort de son expérience, José Lueya Dubier – certes pas un fils maison mais pas étranger à l’aviation civile- commence par identifier le mal dont souffre l’entreprise et le localise essentiellement dans les finances et le commercial qui impactent la technique. Pour y faire face, une nouvelle stratégie de gouvernance est implémentée, notamment par la permutation du personnel.

La cure homéopathique de José Lueya Dubier

Aux grands maux nécessitant de grands remèdes,  il décide,  après concertation avec l’État propriétaire, de suspendre l’exploitation des Airbus,  le temps de les envoyer en révision des moteurs. Mais les coûts sont exorbitants, surtout avec la spéculation qui a gagné le secteur sur les nouvelles  difficultés de Congo Airways.

Un plan B est vite trouvé  consistant en la location de deux avions pour relancer l’exploitation dans la période fort mouvementée de la campagne électorale.  En même temps, le curseur est maintenu sur les Airbus maison qui voleront de nouveau.

Et entendant,  les réalisations engrangées en moins d’une année avec des avions de location sont plus que éloquentes. D’abord sur le plan financier qui a même permis de prendre un troisième avion en location sur fonds propres et même à éponger les dettes progressivement.

À commencer par celle du personnel dont deux mois inespérés ont été payés en décembre,  au grand bonheur des agents qui ainsi fêtaient dignement la Saint Sylvestre. Et depuis,  ils sont payés chaque mois, et l’entreprise réalise des économies pour faire face aux charges héritées des gestions antérieures tout en continuant à faire tourner la société.

« Objectif 2024 » : relancer Congo Airways dans le ciel africain, asiatique et européen d’ici le 30 juin

Un projet dit « objectif 2024 » qui annonce à court terme l’acquisition de nouveaux avions en leasing sur base d’un business plan détaillé et approuvé. Trois Airbus en location-achat sont donc dans le pipeline pour le court-terme. L’ambition,  à moyen terme,  est de retrouver le ciel africain à l’horizon du 30 juin grâce aux 57 droits de trafic dont dispose la RDC.

Des projections sont aussi faites sur l’international avec une première ligne directe sur Dubaï. Des pourparlers sont très avancés avec des partenaires pour acquérir un Boeing 777 qui a l’avantage d’une grande capacité pour les bagages sur cette ligne des affaires.

Et pour le moyen et le long terme, José Lueya Dubier et ses équipes travaillent sur la relance du trafic européen sur Bruxelles dans un premier temps. L’avantage en cela est que la RDC a réussi, ces trois dernières années, à relever sa cote d’évaluation sur les normes de l’OACI. Une cote au-dessus de 65% qui est au-delà de la moyenne africaine. Étant déjà membre de l’IATA et ayant déjà passé son audit avec succès,  Congo Airways ne devrait pas avoir de difficultés.

Autant donc de réalisations d’un fils non maison qui poussent à s’interroger sur les intentions sous-jacentes de ces fils maison qui n’ont pas su  bien garder la maison quand ils en avaient les clés.

JDW

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