Infrastructures : John Banza Lunda expose à Bruxelles un programme de 22 800 km de routes et de grands projets structurants

La République démocratique du Congo veut accélérer la mobilisation des capitaux privés autour de son vaste programme d’infrastructures. En mission officielle en Belgique depuis le 23 septembre, le ministre des Infrastructures et Travaux publics (ITP), John Banza Lunda, a présenté jeudi à Bruxelles les principaux projets destinés à transformer le réseau de transport congolais et les opportunités d’investissement qui en découlent.

Organisée à l’ambassade de la RDC en Belgique, la rencontre a réuni une cinquantaine d’opérateurs économiques belges ainsi que plusieurs membres de la diaspora congolaise du Royaume.

Dans la salle, la présence d’André Flahaut, ancien ministre et figure de la vie politique belge, a également marqué cette séquence consacrée au renforcement des relations économiques entre Kinshasa et Bruxelles.

Face aux investisseurs, John Banza Lunda a défendu l’idée d’une « prospérité commune », appelant les entreprises belges à prendre une part active au vaste chantier de modernisation engagé en RDC. Le ministre a particulièrement insisté sur deux leviers : l’apport de capitaux et le transfert de technologies et de savoir-faire, considérés comme essentiels à la montée en puissance des infrastructures congolaises.

Un réseau routier appelé à changer d’échelle

Au cœur de la présentation, le réseau routier occupe une place stratégique. Selon les données communiquées par le ministre, le linéaire de routes revêtues serait passé de 3 000 à 8 000 kilomètres sous la présidence de Félix Tshisekedi.

La Route nationale numéro 1, longue d’environ 3 300 kilomètres et considérée comme l’un des principaux axes structurants du pays, figure parmi les priorités. Sur cet itinéraire reliant Moanda, sur la façade atlantique, à Sakania, dans le Haut-Katanga, environ 400 kilomètres resteraient à bitumer.

À cette infrastructure s’ajoutent plusieurs projets autoroutiers destinés à renforcer les connexions entre les grands pôles économiques du pays. Le ministre a notamment annoncé le lancement de l’autoroute Mbuji-Mayi–Bukavu, longue de 1 080 kilomètres, avec l’objectif d’établir cette connexion dans un délai de deux ans.

Autre projet présenté aux opérateurs belges : l’autoroute Moanda–Kinshasa, appelée à accompagner le développement du futur port en eau profonde de Banana et à créer un axe logistique plus intégré entre la façade maritime et la capitale.

Dans le même temps, les travaux se poursuivent ou se préparent sur plusieurs routes nationales. Dans le Kongo-Central, les RN12 et RN16 sont concernées par des travaux.

Le lancement de la RN7 Kananga–Kisangani, longue de 1 200 kilomètres, est annoncé pour le mois prochain. Le programme prévoit également la RN4 entre Kisangani et Beni ainsi que le déploiement de la RN6 dans le Grand Équateur.

L’ambition affichée est de rendre praticable l’ensemble du réseau national, à travers un programme global estimé à 22 800 kilomètres, tout en connectant davantage la RDC aux grands corridors commerciaux régionaux, notamment celui de Lobito et le Corridor central.

De la route aux voies navigables : une stratégie multimodale

Le plan présenté à Bruxelles ne se limite cependant pas au transport routier. Il s’inscrit dans une approche multimodale destinée à améliorer la circulation des personnes et des marchandises sur l’ensemble du territoire.

Sur le réseau fluvial, le gouvernement prévoit le dragage et le balisage de 28 000 kilomètres de voies navigables. Pour un pays dont une grande partie du territoire est structurée par le bassin du Congo et ses affluents, cette infrastructure est présentée comme un instrument de continuité territoriale et de désenclavement.

Le secteur portuaire constitue un autre axe majeur de cette stratégie. Au port en eau profonde de Banana, sur la façade atlantique, la mise en service du premier quai, d’une longueur annoncée de 600 mètres, est visée pour mars 2027.

À Kinshasa, le projet de pont route-rail reliant les deux capitales du Congo doit, lui, entrer dans une nouvelle phase avec un lancement annoncé au début de 2027.

L’ensemble de ces projets doit contribuer à fluidifier les échanges et à renforcer l’intégration économique de la RDC avec son environnement régional.

Les aéroports et la mobilité urbaine dans le même agenda

Le secteur aéroportuaire figure également parmi les chantiers présentés aux investisseurs. La modernisation de l’aéroport international de Ndjili, à Kinshasa, est inscrite au programme, parallèlement à la livraison annoncée de l’aéroport de Lubumbashi au début de 2027.

Des travaux sont également prévus à Bunia et Kananga, tandis que le gouvernement annonce le lancement prochain de 15 nouveaux aéroports à travers le pays.

Dans les grandes agglomérations, l’enjeu est désormais celui de la mobilité quotidienne. À Kinshasa, les travaux des rocades doivent permettre de constituer un réseau d’environ 150 kilomètres, avec la livraison annoncée de la section Sud-Est–Sud-Ouest à la mi-2027.

Le gouvernement entend parallèlement développer des solutions de transport collectif de masse, notamment à travers des lignes de tramway à Kinshasa et Lubumbashi.

Le projet prévu dans la capitale du Haut-Katanga bénéficie directement du partenariat avec la Belgique, donnant à la coopération bilatérale une traduction concrète dans le domaine de la mobilité urbaine.

Transformer les infrastructures en opportunités d’affairesÀ Bruxelles, le message de John Banza Lunda se voulait donc autant économique qu’institutionnel : la RDC ne cherche pas uniquement des entreprises capables d’exécuter des marchés, mais des partenaires susceptibles d’accompagner durablement la transformation de ses infrastructures.

Routes, autoroutes, ports, voies navigables, aéroports, rocades et transports urbains dessinent un marché potentiel considérable pour les entreprises spécialisées dans l’ingénierie, les travaux publics, la logistique, les équipements et les technologies de transport.

En mettant l’accent sur le transfert de technologies et de compétences, le ministre a également placé la question du savoir-faire au centre de cette démarche de mobilisation des investisseurs.

Pour Kinshasa, l’enjeu est désormais de convertir cette longue liste de projets en partenariats financiers, industriels et technologiques concrets. Pour les entreprises belges réunies à l’ambassade de RDC, le rendez-vous de Bruxelles aura ainsi servi de vitrine à un pays qui cherche à faire de ses infrastructures l’un des moteurs de son intégration territoriale et de son ouverture aux échanges régionaux.

Jonas Eugène Kota

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