À Bruxelles, le projet de tramway de Kinshasa est entré dans une séquence où le calendrier technique prend le pas sur les annonces. Jeudi, le ministre des Infrastructures et Travaux publics, John Banza Lunda, a réuni les responsables des entreprises du consortium belgo-international associé au projet afin de passer en revue les derniers paramètres techniques, administratifs et opérationnels avant l’entrée dans sa phase d’exécution.

La réunion, organisée dans le cadre de la mission officielle du ministre en Belgique, s’inscrit dans une coopération que Kinshasa et Bruxelles cherchent à approfondir dans le domaine des infrastructures. Une rencontre avec les entreprises belges avait d’ailleurs été programmée autour des projets prioritaires de la RDC, dont les transports urbains et les infrastructures ferroviaires.
Le projet de tramway de Kinshasa et Lubumbashi est présenté comme l’un des dossiers structurants de cette coopération. Son enveloppe annoncée atteint 9 milliards de dollars, avec une architecture conçue pour faire du transport collectif guidé un élément majeur de la mobilité métropolitaine.
Sept lignes pour changer l’échelle de la mobilité
À Kinshasa, le tramway est appelé à répondre à un problème qui dépasse la simple congestion routière : celui de la capacité du réseau de transport à absorber les déplacements d’une métropole en expansion.
Le projet prévoit sept lignes interconnectées, destinées à relier plusieurs pôles stratégiques de la capitale, notamment la Gombe, l’aéroport international de N’djili, Kintambo, Matete, l’Université de Kinshasa, Selembao, la Cité Verte et Mont-Ngafula.
L’objectif affiché est de mettre en place un système de transport de masse capable d’acheminer d’importants flux de voyageurs sur des corridors dédiés.
La première liaison annoncée doit relier la Gombe à l’aéroport international de N’djili, avec une partie souterraine et un caractère express.
Selon les éléments présentés à Bruxelles, sa mise en service est envisagée dans les prochains mois.
L’Agence congolaise des grands travaux (ACGT), qui dispose d’une expérience dans les études techniques, le contrôle des ouvrages et la structuration de partenariats public-privé, intervient dans la coordination technique du projet.
Le défi sera aussi celui de l’intégration. John Banza Lunda a insisté sur la nécessité de connecter le futur réseau aux modes de transport déjà utilisés à Kinshasa — taxis-bus, motos et réseau routier — afin d’éviter que le tramway ne fonctionne comme un système isolé.
Tunneliers, gestion des eaux et autonomie électrique
Le projet doit également composer avec les caractéristiques physiques de Kinshasa. Les entreprises réunies à Bruxelles ont ainsi présenté plusieurs solutions technologiques destinées à répondre aux contraintes du terrain.
Dans les secteurs nécessitant des ouvrages souterrains, le recours à des tunneliers est envisagé pour traverser les zones rocheuses et certaines portions accidentées. La question de l’eau occupe également une place importante dans la conception du projet.
La société Hydroscan doit notamment intervenir dans la cartographie et la modélisation des risques d’inondation, avec des dispositifs destinés à améliorer la gestion des eaux pluviales et à permettre une alerte en temps réel en cas de risque de crue.
Cette dimension prend une importance particulière dans une capitale régulièrement confrontée aux effets des fortes pluies.
Le réseau doit par ailleurs disposer de son propre système d’alimentation électrique, afin de sécuriser la continuité du service et de limiter sa dépendance aux aléas du système général d’approvisionnement.
Ces choix techniques illustrent l’enjeu central du projet : adapter une infrastructure de transport moderne aux réalités particulières du site kinois plutôt que simplement transposer un modèle conçu pour d’autres environnements.
La Belgique appelée à jouer un rôle industriel
Aux côtés de l’ambassadeur de la RDC en Belgique, Christian Ndongala, John Banza Lunda a également voulu donner une dimension économique à cette réunion de travail.
Le ministre a appelé les entreprises et l’écosystème financier belges à s’impliquer davantage dans les grands projets d’infrastructures congolais. Il a notamment insisté sur la place du partenariat, de l’expertise et du transfert de technologies.
« Plus que amis, plus que frères, Belges et Congolais, nous avons tous une très grande responsabilité de bâtir la prospérité commune. La Belgique a toute sa place dans ce défi », a déclaré le ministre, selon les éléments rapportés à l’issue de la rencontre. Il a également assuré les investisseurs de l’accompagnement institutionnel du gouvernement congolais.
Cette démarche s’inscrit dans une dynamique engagée avant même la mission bruxelloise. Le ministère congolais des ITP avait déjà rencontré, le 11 septembre à Kinshasa, plusieurs entreprises belges autour de la structuration de partenariats économiques et techniques.
La Belgique y était présentée comme un partenaire appelé à intervenir notamment dans le projet de tramway.
André Flahaut plaide pour un réseau qui dépasse les grands axes
Présent aux échanges, l’ancien ministre belge de la Défense André Flahaut a, pour sa part, défendu une conception plus large de la politique des infrastructures.
Le développement des grands corridors de transport, a-t-il fait valoir, doit être accompagné par des infrastructures de proximité : routes secondaires, voies d’accès et connexions permettant aux territoires moins directement desservis par les grands ouvrages de bénéficier eux aussi de leur effet économique.
Cette approche vise notamment à faciliter l’acheminement des productions agricoles vers les centres urbains et à améliorer les connexions entre les zones de production et les marchés. Une logique qui élargit la question du tramway à celle, plus vaste, de l’organisation des réseaux de transport.
Le tramway dans une architecture nationale
Pour John Banza Lunda, le tramway de Kinshasa ne constitue en effet qu’un élément d’un programme plus large d’aménagement et de désenclavement du territoire national, inscrit par le gouvernement dans les orientations du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.
À l’échelle nationale, deux autres réseaux doivent compléter les infrastructures terrestres : les 28 000 kilomètres de voies navigables, dont le gouvernement prévoit le dragage et le balisage, et un programme routier portant sur 22 800 kilomètres de routes nationales et de corridors stratégiques.
Ces données ont également été présentées aux investisseurs belges lors de la rencontre de Bruxelles. Le ministre a parallèlement évoqué les infrastructures portuaires et aéroportuaires, notamment le port en eau profonde de Banana, ainsi que plusieurs projets aéroportuaires et routiers.
L’idée défendue est celle d’une complémentarité entre les différents modes de transport : route, rail, voie fluviale, transport aérien et infrastructures portuaires.
À Bruxelles, le tramway apparaît ainsi comme l’un des projets les plus visibles de cette stratégie. Mais derrière les rails, les tunneliers et les futures stations se joue une question plus vaste : celle de la capacité de Kinshasa à construire un système de mobilité articulé autour de plusieurs réseaux plutôt qu’autour de la seule circulation automobile.
Le prochain test sera désormais celui de l’exécution : transformer les études, les accords et les réglages techniques examinés à Bruxelles en travaux visibles sur le terrain.
JDW

