La République démocratique du Congo est décidée de passer à une nouvelle phase dans la valorisation de son potentiel pétrolier du Graben Albertine. La ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, Acacia Bandubola Mbongo, a réuni mardi à Kinshasa plusieurs responsables du secteur autour du développement des blocs pétroliers 1 et 2, situés dans cette zone géologique transfrontalière avec l’Ouganda.
La réunion avait un objectif précis : tirer parti de l’expérience acquise sur la rive ougandaise du lac Albert pour définir une méthode de développement adaptée à la partie congolaise du bassin.

Autour de la table se trouvaient notamment l’ambassadeur itinérant du chef de l’État Antoine Ghonda, le président du conseil d’administration de la SEP Congo, Alain Ilunga; le directeur général de la SOCIR, Franck Beausaert, ainsi que le directeur général adjoint de Cobil, Olivier Okunda.

La séance a surtout été marquée par l’intervention de Tim O’Hanlon, spécialiste du secteur pétrolier africain, fort de 35 années d’expérience. Son intervention a porté sur les méthodes utilisées pour développer les ressources du Graben Albertine et sur les enseignements pouvant être transposés au contexte congolais.
Tirer les leçons de l’expérience ougandaise
Pour Franck Beausaert, l’enjeu de la rencontre était moins de proclamer le potentiel du bassin que d’en comprendre concrètement les conditions de mise en valeur.
Le directeur général de la SOCIR a expliqué que l’expertise de Tim O’Hanlon, notamment son expérience en Ouganda, devait permettre aux autorités congolaises de mieux appréhender « la méthodologie appliquée pour développer ces blocs » et d’en tirer des enseignements pour la RDC.

Cette approche intervient dans un contexte où Kinshasa cherche à mieux structurer la connaissance de ses ressources pétrolières et à transformer progressivement ses données géologiques en projets susceptibles d’attirer des investissements.
Le cas ougandais constitue, à cet égard, un point de comparaison particulièrement important. Selon Tim O’Hanlon, jusqu’à 1,5 milliard de barils récupérables ont été identifiés du côté ougandais du Graben Albertine. L’expert estime que les structures géologiques situées en face, sur le territoire congolais, justifient à leur tour des efforts d’exploration.
Mais le passage du potentiel géologique à une production commerciale reste soumis à une condition préalable : démontrer l’existence et l’importance des ressources.
Le défi d’un bassin sans frontières économiques
C’est précisément là que se situe l’un des principaux enjeux du projet. Le Graben Albertine ne constitue pas seulement un espace géologique partagé entre deux États ; son exploitation pose également des questions d’infrastructures, de transport et d’évacuation des hydrocarbures.
« Avant d’exploiter, il faut prouver la présence des ressources », a rappelé Tim O’Hanlon, soulignant que l’isolement géographique de cette partie de la RDC rendrait difficile une mise en valeur reposant uniquement sur des infrastructures nationales.
L’expert plaide ainsi pour une approche régionale permettant de mutualiser certaines infrastructures et de réduire les coûts.
Les capacités d’évacuation existantes ou projetées dans la région, notamment les oléoducs destinés à l’exportation, pourraient à terme constituer un élément déterminant de l’équation économique.
Cette dimension transfrontalière donne au développement des blocs 1 et 2 une portée qui dépasse la seule exploration pétrolière. Elle implique de réfléchir simultanément à la géologie, au financement, aux infrastructures, à l’évacuation de la production et aux partenariats régionaux.
Pour la RDC, l’enjeu est donc désormais de transformer un potentiel encore largement à confirmer en une chaîne de valeur économiquement viable.
De l’exploration à la souveraineté énergétique

La démarche engagée par Acacia Bandubola s’inscrit dans la politique gouvernementale visant à mieux connaître et valoriser les ressources en hydrocarbures du pays. Elle intervient alors que le ministère multiplie les initiatives autour des données géologiques, de la promotion des blocs pétroliers et de la coopération avec des partenaires disposant d’une expérience dans l’industrie.
Le Graben Albertine occupe une place particulière dans cette stratégie en raison de sa proximité immédiate avec des opérations pétrolières développées du côté ougandais. L’expérience acquise chez le voisin peut ainsi fournir à Kinshasa un retour d’expérience précieux, sans pour autant dispenser la RDC des travaux d’exploration et d’évaluation propres à son territoire.
Le message porté par la réunion est donc moins celui d’une exploitation imminente que celui d’une accélération de la préparation du projet : mieux connaître les ressources, définir une méthode de développement, anticiper les infrastructures nécessaires et identifier les synergies régionales.
Pour la RDC, la question est désormais de savoir si cette dynamique permettra de franchir les différentes étapes séparant une ressource potentielle d’une production effective. Dans un secteur où les investissements sont lourds et les délais longs, la crédibilité de la feuille de route dépendra autant de la qualité des données géologiques que de la capacité à construire l’environnement technique, financier et régional nécessaire à leur valorisation.
La RDC entend ainsi faire du Graben Albertine l’un des laboratoires de sa politique de développement pétrolier. Mais avant que le pétrole ne devienne une source de revenus ou d’approvisionnement énergétique, il reste à démontrer qu’il est exploitable, à quel coût et avec quelles infrastructures.
C’est sur cette séquence, plus technique que politique, que se jouera désormais la prochaine étape.
JEK

